Oui, des produits d’anesthésie en langue étrangère ont bien été distribués dans les blocs opératoires français

FAKE OFF Plusieurs tweets dénoncent, photos à l’appui, la présence de produits anesthésiques en langue étrangère – et sans traduction française – dans les blocs opératoires de l’Hexagone

Alexis Orsini

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Du midazolam, illustration
Du midazolam, illustration — AP/SIPA
  • Des chirurgiens et infirmiers de bloc opératoire doivent-ils travailler avec des produits anesthésiques illisibles car leurs étiquettes sont rédigées en langue étrangère, sans traduction à portée de main ?
  • C’est ce qu’affirme un collectif sur Twitter, photos de ces produits porteurs d’idéogrammes à l’appui.
  • Le ministère de la Santé confirme à 20 Minutes qu’une commande de produits étrangers a été réalisée pour pallier un risque de pénurie lié à la crise du Covid-19, mais affirme que des fiches explicatives ont été fournies aux établissements concernés.

S’agit-il de gels hydroalcooliques ? Ou de médicaments ? Sur Twitter, les photos de deux flacons différents aux étiquettes illisibles pour le grand public, non familier des idéogrammes, ont de quoi interroger les internautes. 

Les notices les accompagnant ne sont pas plus utiles puisqu’elles ne contiennent aucune traduction : seule la discrète mention, en anglais, du nom de ces produits permet de savoir qu’il s’agit de Propofol et de Midazolam, deux injections anesthésiantes utilisées en bloc opératoire.

Et c’est bien parce que ces deux produits restent indéchiffrables pour les professionnels français que le Collectif inter-blocs en a partagé les photos sur Twitter.

« Notice exclusivement en chinois de produits pour l'anesthésie dans des blocs opératoires en France ! Où est la sécurité et le contrôle qualité de ces médicaments ??!! Autorisation de mise sur le marché ?? », « Les médicaments chinois envahissent les blocs opératoires de ! Danger ! Notice en mandarin ! Elle doit être en français ! AMM ?? » s’indigne ainsi ce groupe de défense des professionnels de bloc opératoire dans deux tweets, datés du 22 et du 25 août.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes, Grégory, porte-parole du Collectif Inter-blocs, précise que les deux produits ont été livrés à des hôpitaux publics différents, à deux périodes distinctes : « Le Midazolam a été pris dans un hôpital d’Annecy en juin, et le Profopol en Occitanie il y a quelques jours. »

« C’est la première fois qu’on voit des produits chinois dans les blocs opératoires. Il y a eu une phase de grande pénurie de produits d’anesthésie après le vague d’hospitalisations post-confinement, c’est notamment pour ça que la reprise chirurgicale a été compliquée. Ces produits apparaissent de plus en plus dans les blocs et se substituent au stock habituel. Au début, il s’agissait de quelques établissements sporadiques mais on a des remontées de plus en plus d’établissements, à Limoges, Toulouse, Sens... », poursuit-il.

S’il reconnaît que les produits en question ont malgré tout été utilisés par le personnel soignant concerné car « aucune chirurgie n’aurait été possible sinon », il pointe du doigt les questionnements et inquiétudes associés à ces stocks : « Comme les instructions ne sont pas en français, on ne peut vérifier les éventuels effets indésirables ni s’ils ont été autorisés sur le marché européen. »

Des médicaments autorisés par l'Agence nationale de sécurité du médicament 

Contacté par 20 Minutes, le ministère de la Santé confirme la présence exceptionnelle de tels produits dans les hôpitaux français : « Dans le contexte de pandémie due au virus SARS-CoV-2, les besoins en médicaments destinés à l’anesthésie-réanimation ont été démultipliés – parfois par 20 – dès le mois de mars, entrainant un risque accru de pénurie dans les hôpitaux. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a donc autorisé les laboratoires (ou Santé publique France) commercialisant ces médicaments en France à importer des produits destinés initialement à des marchés étrangers. » 

« Certains de ces produits étaient donc étiquetés en langue étrangère utilisant parfois des alphabets non latins. Afin de permettre la mise à disposition de ces médicaments le plus rapidement possible au sein des services hospitaliers, et ainsi garantir la couverture des besoins sanitaires des patients, il n’a pas été possible de procéder à leur ré-étiquetage, ni à la réalisation de notices en français, le délai de ré-étiquetage étant de plusieurs semaines », précise le ministère. 

Il souligne en outre que des fiches explicatives ont été fournies aux hôpitaux concernés comme sur le site de l'ANSM pour éviter les « principaux risques d'erreur médicamenteuse ».

Des étiquettes en français également distribuées

Si le Collectif Inter-blocs affirme ne pas avoir eu de remontée d'information sur la mise à disposition de ces fiches et que « les produits ont été fournis tels quels sur le terrain », le ministère ajoute qu'il « a été demandé aux pharmaciens hospitaliers de diffuser aux équipes soignantes et particulièrement celles de réanimation, ces fiches et les conditions et précautions particulières d’utilisation de ces médicaments ».

Le ministère de la Santé nous indique enfin que les hôpitaux ayant reçu ces stocks spécifiques de Midazolam et de Propofol ont en revanche disposé d'étiquettes en français à apposer dessus – une information là encore non remontée du terrain au Collectif Inter-Blocs.