Gironde : A Sablons, un village pour enfants comme nouvel horizon pour des frères et sœurs placés par la justice

MALTRAITANCE La Fondation Action Enfance et le département de la Gironde viennent d’ouvrir le premier village d’enfants, exclusivement réservé aux fratries placées par l’aide sociale à l’enfance sur décision de justice

Mickaël Bosredon

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La Fondation Action Enfance, vient d'ouvrir un village à Sablons (Gironde) qui accueille des enfants placés, généralement en situation de maltraitance
La Fondation Action Enfance, vient d'ouvrir un village à Sablons (Gironde) qui accueille des enfants placés, généralement en situation de maltraitance — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • Ce village composé de neuf modules préfabriqués, fera place d’ici 2021 à neuf véritables maisons construites à Sablons, près de Libourne.
  • En attendant la version finale du projet, cette nouvelle structure permet au département de compter sur 54 places supplémentaires en cette rentrée scolaire.
  • Les enfants placés ici, âgés de 0 à 18 ans, sont victimes de négligence ou de maltraitance de la part de leurs parents.

Des containers empilés sur des cabanes préfabriquées, le tout posé sur un terrain en friche. On est encore loin du projet final de « village », mais peu importe. « L’important pour nous était de pouvoir ouvrir notre structure pour la rentrée scolaire, et cela n’a pas été évident avec l’épidémie de coronavirus » insiste Nathalie Agamis, la directrice du village modulaire de Sablons, près de Libourne (Gironde).

Les neuf modules assemblés à Sablons feront place d'ici à fin 2021 à un village en dur.
Les neuf modules assemblés à Sablons feront place d'ici à fin 2021 à un village en dur. - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Ce nouvel équipement accueille depuis quelques jours les prémices du futur village d’enfants de la Fondation Action Enfance. Les neuf modules préfabriqués, assemblés sur place depuis le mois de juin, feront place d’ici à fin 2021 à neuf véritables maisons, mais en attendant ils offrent tout le confort nécessaire aux 43 enfants placés ici par le service de l’aide sociale à l’enfance du département de la Gironde, après décision d’un juge. Une petite bouée d’oxygène pour le département, dont la capacité d’accueil est très en dessous de la demande : il pourra compter sur 54 places – la capacité maximale du village – supplémentaires en cette rentrée.

« Des enfants victimes, pas des enfants qui ont commis des actes de délinquance »

La particularité de ce village, et de la Fondation Action Enfance, est de proposer des sites exclusivement réservés à l’accueil des fratries. « En Gironde, nous n’avions aucune structure dévolue à faire grandir une fratrie ensemble, explique Emmanuelle Ajon, vice-présidente du département en charge de la protection de l’enfance. Quand ils sont placés dans le département, les frères et sœurs peuvent se voir, mais ils ne vivent pas ensemble au quotidien. Ce n’est pas toujours dans l’intérêt de l’enfant, mais c’est souvent ce qui permet de conserver des liens familiaux. » Le département avait lancé un appel d'offres en 2017, auprès des rares associations proposant ce type d'accueil. Il avait été remporté par Action Enfance.

Certaines fratries, éparpillées dans d’autres centres ou familles d’accueil aux quatre coins de la Gironde, se sont ainsi retrouvées à Sablons il y a quelques jours. « C’était juste magique » assure Nathalie Agamis.

Un second établissement de ce type « sera sûrement dans le prochain plan départemental », anticipe Emmanuelle Ajon, « sachant qu’il faut compter cinq ans pour faire sortir de terre un tel projet. » « Ce n’est pas forcément évident de trouver un territoire qui veut bien l’accueillir, reconnaît-elle, parce que 50 enfants de la protection de l’enfance qui débarquent comme ça, cela peut faire peur. Pourtant ce sont des enfants victimes, ils n’ont commis aucun acte de délinquance. »

La maison est le cœur du projet pour recomposer une cellule familiale

Ils sont victimes de parents « qui ne sont pas en capacité de s’occuper de leurs enfants – on parle de négligence éducative » ou plus grave qui ont commis « des actes de violence, de maltraitance physique ou à caractère sexuel » explique Marc Chabant, directeur du développement de la Fondation. « Notre but ici est de refabriquer une vie ordinaire, avec de l’affection, de l’attention. »

La maison représente le cœur du projet d’Action Enfance. C’est ici que la structure familiale va être recomposée, sachant que chaque module propose sur 200 m2 des chambres individuelles pour une, deux ou trois fratries.

Tous les enfants scolarisés dans les établissements aux alentours

« Chaque maison peut accueillir six frères et sœurs, accompagnés au quotidien par quatre éducateurs familiaux, qui se relaient par deux chaque semaine », détaille Nathalie Agamis. « Ces éducateurs habitent la maison pendant une semaine complète, insiste-t-elle, ils essayent ainsi de suppléer aux parents en recréant un environnement du quotidien, qui se rapproche le plus possible de ce qu’on pourrait vivre dans une famille. »

Chaque module propose sur 200 m2 tout le confort nécessaire aux six enfants
Chaque module propose sur 200 m2 tout le confort nécessaire aux six enfants - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Chaque « groupe enfants-maison » vit en autonomie complète, avec un budget qui lui est alloué pour faire ses courses, organiser des sorties et même partir en vacances. Les éducateurs s’assurent de leur côté du suivi scolaire des enfants, chacun d’entre eux étant scolarisé dans les écoles, collèges et lycées alentour.

Créer un lien avec les parents

Le village d’enfants de Sablons compte en tout 36 éducateurs, ainsi que deux professionnels en relation avec la famille de l'enfant. « Car nous avons aussi à construire un lien avec les parents » insiste Nathalie Agamis. « Même si un juge a décidé de retirer à un moment donné ces enfants de la cellule familiale, les parents gardent dans la grande majorité l’autorité parentale, et nous travaillons avec eux, car il peut y avoir des droits de visite. »

Recréer ce lien n’est cependant pas toujours facile. « Pour certains parents, c’est un électrochoc positif quand la décision de placement tombe, mais d’autres ne comprennent pas, ou ne veulent pas comprendre, et c’est là où on a énormément de travail, pour leur expliquer. On a vraiment tous les cas de figure et dans certaines situations, nous savons dès le départ que les enfants ne retourneront pas à leur domicile. »

Plus de 5.000 enfants placés en Gironde

En moyenne, les enfants placés dans les villages d’Action Enfance, y restent entre trois et quatre ans. « Mais cela ne veut pas dire grand-chose, nuance Marc Chabant, car en réalité nous avons deux populations : ceux qui resteront deux-trois ans, et ceux qui resteront plus de cinq ans. »

Quelque 150.000 enfants sont placés en France, dont 5.259 en Gironde, selon le dernier comptage du département de la Gironde, qui remonte au 31 décembre 2019. Un chiffre en augmentation de 15 % en quatre ans.