Rentrée scolaire : Renforcer les évaluations des élèves en début d’année, une bonne idée ou pas ?

EDUCATION Le ministère de l’Education souhaite avoir davantage d’indicateurs en ce début d’année scolaire, pour jauger les compétences des élèves après leur scolarité en dents de scie ces derniers mois

Delphine Bancaud
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Les évaluations nationales des élèves ne font toujours pas l'unanimité.
Les évaluations nationales des élèves ne font toujours pas l'unanimité. — pixabay
  • Les évaluations nationales obligatoires, qui existaient déjà pour les élèves de CP, CE1, 6e et seconde, seront reconduites cette année. Elles auront lieu plus tôt, dès le 14 septembre.
  • Pour les élèves des autres niveaux jusqu’à la 3e, il n’y aura pas d’évaluations systématiques, mais les enseignants pourront faire des tests de positionnement, s’ils le souhaitent, pour savoir où en sont les élèves après des mois très particuliers.
  • Des outils diversement accueillis par les enseignants. L’efficacité des évaluations nationales est toujours contestée par une partie des enseignants et leur finalité pose question.

Où en sont les élèves scolairement ? Cette question sera posée avec d’autant plus d’acuité à cette rentrée. Car l’école à la maison n’a pas été profitable à tous, et la reprise des cours à la fin de l’année scolaire a été très variable selon les établissements et les territoires. Du coup, Jean-Michel Blanquer a prévu l’artillerie lourde pour diagnostiquer le niveau des élèves. Les évaluations nationales en français et en maths, qui existaient déjà pour les élèves de CP, CE1, 6e et seconde et qui sont obligatoires, seront reconduites. Mais à la rentrée prochaine, elles auront lieu dès le 14 septembre « pour apporter des réponses rapides et ne pas laisser s’installer les difficultés scolaires » explique la circulaire de rentrée. Nouveauté : en 6e, un test de fluence en lecture sera ajouté et sera réalisé « dans les premiers jours de l’année de 6e ».

Mais ce n’est pas tout. Pour les élèves des autres niveaux jusqu’à la 3e, il n’y aura pas d’évaluations systématiques, mais les enseignants pourront faire des tests de positionnement, s’ils le souhaitent. « Courts et ponctuels, ils permettent de mesurer instantanément la maîtrise des compétences fondamentales et d’identifier les priorités pour chaque élève », précise la circulaire.

Les évaluations nationales crispent encore plus cette année

Des outils diversement accueillis par les enseignants. Ils perçoivent les tests de positionnement plutôt positivement, comme le constate Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-Unsa. « Le fait qu’ils ne soient pas obligatoires est une bonne chose, car ils apparaissent comme un outil parmi d’autres. Et les enseignants semblent se les être appropriés et estiment que cela leur sera utile ». Un avis partagé par Roland Goigoux, enseignant chercheur à l’université de Clermont-Auvergne : « Les enseignants disposent d’une batterie d’exercices simples pour observer dans quel état vont arriver les enfants. Et ce, dans une perspective de mieux ajuster leurs enseignements ».

En revanche, les évaluations nationales, qui ont toujours suscité des critiques, semblent encore plus crisper les foules cette année. D’abord parce qu’elles vont avoir lieu très tôt. « On ne peut pas assommer les élèves avec des évaluations stressantes et inadaptées », a fustigé Guislaine David, co-secrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU, ce mardi lors de sa conférence de presse de rentrée. Elle demande purement et simplement leur annulation. « On s’en serait passé cette année, car elles prennent beaucoup de temps aux enseignants », abonde Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat SE-Unsa. « Est-ce raisonnable de passer tant de temps à faire passer ces évaluations lourdes alors que l’urgence est ailleurs ? », insiste aussi Roland Goigoux.

Un stress potentiel pour les familles

Selon Guislaine David, les élèves, déjà fragilisés par leur scolarité en dent de scie ces derniers mois, pourraient éprouver des difficultés en faisant ces évaluations : « Or, c’est stigmatisant de ne pas réussir des évaluations ». Les résultats doivent théoriquement être restitués aux familles, ce qui pourrait constituer un facteur de stress supplémentaire lorsqu’ils leur présenteront les fragilités scolaires de leurs enfants. « Or, des résultats négatifs aux évaluations ne présagent pas de la suite de la scolarité de l’élève », insiste Stéphane Crochet.

Le contenu de ces évaluations, qui reste inchangé cette année, pose aussi problème, selon Regis Metzger, co-secrétaire du SNUipp-FSU : « Les items proposés ne tiendront pas compte des conditions particulières d’apprentissage liées à la pandémie. Ça revient à évaluer l’aide scolaire​ qu’a pu apporter chaque famille à ses enfants pendant le confinement », estime Guislaine David. Dans une note de la Depp publiée en avril 2020, 75 % des enseignants estimaient d’ailleurs que les évaluations nationales ne faisaient que confirmer des difficultés déjà repérées par les profs.

Une interprétation qui pose question

Et deux ans après leur mise en œuvre, l’utilité de ces évaluations est toujours remise en question : « Les enseignants n’en ont pas besoin. Ils savent très bien observer leurs élèves pour savoir où ils en sont », juge Guislaine David. Roland Goigoux, lui aussi est sceptique : « Comme l’a démontré un rapport de l’inspection générale publié en juin dernier, qui portait sur les évaluations nationales du second degré, elles n’ont pas permis de remédiation des élèves, ni de changer les pratiques des enseignants au premier trimestre ». Pour lui, ces évaluations servent surtout à la communication du ministre : « Elles sont utilisées comme des indicateurs afin de piloter l’Education nationale. Et cette année, elles vont sûrement montrer l’effet du Covid-19 sur les élèves, ce que l’on savait déjà ». « Il ne faut pas en tirer des conclusions définitives », renchérit Stéphane Crochet.