Coronavirus : Pourquoi il vaut mieux éviter de porter un masque... avec une fermeture éclair

FAKE OFF Des photos de musiciens jouant d'instruments à vent avec un masque à zip ont été partagées sur les réseaux sociaux. Un médecin explique pourquoi ce type de masque ne permet pas limiter la propagation des postillons

Mathilde Cousin

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Un musicien joue du tuba en portant un masque avec un zip, à Lima, au Pérou, le 17 juillet
Un musicien joue du tuba en portant un masque avec un zip, à Lima, au Pérou, le 17 juillet — Rodrigo Abd/AP/SIPA
  • Des musiciens de l’Orchestre philharmonique tchèque ont donné un concert caritatif en avril en portant, pour certains, un masque équipé d’un zip.
  • Des photos de leur prestation resurgissent sur les réseaux sociaux.
  • 20 Minutes revient sur l’efficacité d’un tel masque.

Porter un masque avec une fermeture éclair offre-t-il une protection suffisante contre le coronavirus ? Depuis lundi, des images de musiciens jouant de la flûte ou du cor, le visage recouvert d’un masque équipé d’un zip, sont partagées sur les réseaux sociaux.

Ces images du concert d'avril circulent à nouveau cette semaine.
Ces images du concert d'avril circulent à nouveau cette semaine. - Capture d'écran Facebook

Les images sont authentiques : elles ont été prise lors d’un concert caritatif qui a été donné le 25 avril par la Philharmonie tchèque, un prestigieux orchestre. Le concert, qui a été diffusé en direct sur Facebook et à la télévision, avait pour objectif de lever des fonds pour les personnes âgées menacées par le Covid-19. Il n’y avait pas de public dans la salle.

« Le port du masque était obligatoire à l’époque en République tchèque », rappelle un représentant de l’orchestre à 20 Minutes, avant de préciser : « Radek Baborák, joueur de cor de renommée mondiale, a lancé la fabrication de ce masque ».

Les masques avec une couture au niveau de la bouche pas validés par l’AFNOR

Les musiciens ne sont pas les seuls à avoir porté un tel masque : un Normand vient de développer un modèle similaire pour faciliter la consommation dans les bars ou restaurants. Toutefois, un tel objet, avec une ouverture zippée, limite-t-il la propagation des postillons ? « Les masques zip avec une fente ne permettent pas de stopper les postillons », explique Jonathan Favre, médecin généraliste et membre du collectif Stop postillons.

Il rappelle que les modèles de masques maison qui ont une couture au niveau de la bouche n’ont pas été retenus par l’Afnor. La raison ? « Celle-ci risque de laisser passer des postillons, sauf si le masque intègre d’autres couches de tissu imperméable », rappelle-t-il.

La pratique instrumentale est « une activité à risque faible ou modéré », souligne le médecin. Le professionnel de santé recommande, à l’instar des équipes de sport qui ne peuvent pas porter de masque, de faire tester régulièrement les membres d’un orchestre. L’installation d’un écran en plexiglass en sortie d’instrument pourrait également contribuer à réduire les émissions de gouttelettes, développe-t-il.

« Retenir son air »

Arnaud Delépine, corniste professionnel et artiste Hans Hoyer, rappelle que la technique d’un instrumentiste consiste à « retenir son air et à faire vibrer [son instrument] avec la bonne quantité. » Il ne s’agit donc pas de propulser air et postillons dans tous les sens !

« Quand on souffle, on envoie de l’air, mais un air en pression », souligne-t-il. Envoyer une trop grande quantité d’air, c’est le couac assuré pour tout instrumentiste. Arnaud Delépine prend également une métaphore sportive : « Tout sportif de haut niveau maîtrise tous ses gestes, il ne fait pas de lâcher prise, comme un instrumentiste. » Le musicien professionnel a d’ailleurs constaté ne pas sentir d’air lorsqu’il met la main devant son cor.

Des études sur la propagation des gouttelettes

Une étude menée par l’Orchestre philharmonique de Vienne a conclu en mai qu’il n’existe pas de risque de propagation plus élevée du virus chez les instrumentistes si ces derniers sont placés à plus d’un mètre les uns des autres. Toutefois, cette étude n’a pas fait l’objet d’une révision par des pairs.

Une seconde étude, mise à jour par l’université de Fribourg en juillet, avance qu’une distance de deux mètres entre les musiciens « devrait être suffisante » pour avoir un risque d’infection par les gouttelettes « très faible ». Il reste toutefois quelques inconnues, comme la concentration du virus dans l’air soufflé dans les instruments, précisent les scientifiques.

En attendant, les grands ensembles philharmoniques ont mis en place des mesures pour retrouver la scène : suppression des entractes, port du masque par le public ou encore réduction du nombre de spectateurs. Quant aux instrumentistes tchèques, il est peu probable qu’ils portent à nouveau ce masque doté d’un zip.