Bordeaux : Après une série d’agressions au couteau, des élus réclament des renforts policiers

VIOLENCE « Je coche les jours sans rixe avec arme blanche », déplore le nouvel adjoint à la sécurité Amine Smihi

Mickaël Bosredon

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Lancement de la police de sécurité du quotidien dans le quartier Bordeaux Maritime, ici à Bacalan, le 28 février 2018.
Lancement de la police de sécurité du quotidien dans le quartier Bordeaux Maritime, ici à Bacalan, le 28 février 2018. — M.Bosredon/20Minutes
  • La sénatrice Nathalie Delattre a écrit au ministre de l’Intérieur pour que Bordeaux soit dotée d’une « compagnie de CRS en demeure ».
  • Le nouvel adjoint à la sécurité souscrit à cette demande et demande aussi des renforts de police nationale, ainsi qu’un renforcement de la prévention de la délinquance auprès des mineurs non-accompagnés.
  • Plusieurs de ces jeunes migrants se trouveraient en effet sur le territoire de la métropole, « aux mains de réseaux mafieux », selon la vice-présidente du département en charge de la protection de l’enfance.

Que faire face à la flambée de violence qui secoue Bordeaux depuis la fin du confinement ? Réputée calme, la ville est le théâtre depuis plusieurs semaines de rixes ou d’agressions au couteau, et de règlements de compte entre bandes rivales. Cet été, il y a eu aussi des coups de feu dans le quartier Chantecrit, tandis que des policiers ont essuyé des jets d'explosifs artisanaux dans le quartier du Grand-Parc.

Il y a quelques jours, la sénatrice de la Gironde et conseillère municipale d’opposition (Mouvement radical-UDI), Nathalie Delattre, a écrit au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, pour lui réclamer une compagnie de CRS « à demeure », soit quelque 80 agents.

« Bordeaux reste l’une des dernières grandes villes à n’avoir aucune compagnie de CRS en demeure »

Dans sa lettre, la sénatrice indique que « Bordeaux reste l’une des dernières grandes villes de France à n’avoir aucune compagnie de CRS en demeure, sur place ». Elle s'inquiète que « depuis le déconfinement, la neuvième ville de France soit en proie à des incivilités grandissantes allant jusqu’à des problématiques sécuritaires récurrentes d’agressions à l’arme blanche, de vols à l’arraché, de règlements de comptes… »

Contactée par 20Minutes, l’élue ajoute qu' « il ne s’agit pas de la seule réponse à apporter, mais cela concourrait » à lutter contre ces phénomènes. « Avoir des déploiements de CRS peut aussi permettre à la police nationale et à la gendarmerie, de souffler. Je pense que cela fait partie des réponses urgentes à mettre en place. »

Contacté également par 20Minutes, Amine Smihi, l’adjoint au nouveau maire EELV de Bordeaux, chargé de la tranquillité publique, de la sécurité et de la médiation, souscrit « totalement à cette demande ». Il assure que la municipalité a également saisi le ministre de l’Intérieur pour un déploiement d’une compagnie de CRS.

« Bordeaux n’est plus une petite ville tranquille de province »

Toutefois, le nouvel adjoint à la sécurité insiste : si « l’inflation de la sécurité à Bordeaux est manifeste depuis le déconfinement, elle ne date pas non plus d’hier, mais remonte en réalité à il y a un an et demi au minimum ». « Bordeaux a grandi, ce n’est plus une petite ville tranquille de province, poursuit-il, et de fait il faut redimensionner le dispositif de sécurité sur la ville. Les services de l’Etat doivent faire ce que nous faisons nous-mêmes avec la police municipale : augmenter les moyens et les effectifs de la police nationale. »

Il souhaite aussi une analyse précise des causes de cette flambée de la délinquance et de la violence, relevant qu’il existe différents phénomènes, comme « une problématique humanitaire et sociale qui s’est fortement aggravée à Bordeaux », « une recomposition de l’espace de grande délinquance qui bascule de plus en plus dans la criminalité avec des armes à feu et des armes blanches », ou encore « une aggravation des conflits interquartiers dans le secteur de Bordeaux-Maritime », chacun amenant des réponses différentes.

« Arracher les mineurs non-accompagnés des mains des mafieux »

Autour du quartier Saint-Michel par exemple (qui comprend aussi la gare et les Capucins), s’il y a besoin « de plus d’effectifs de police nationale, et de moyens pour la justice » il faut aussi « beaucoup plus d’investissement sur le champ de la prévention de la délinquance, et de la mise à l’abri de ces jeunes qu’on appelle mineurs non-accompagnés ou mineurs isolés, qu’il faut absolument arracher des mains des mafieux », soutient l'adjoint à la sécurité.

« On parle de jeunes migrants victimes de traite humaine, insiste de son côté Emmanuelle Ajon, la vice-présidente du département chargée de la protection de l'enfance, et également adjointe au maire de Bordeaux en charge du logement. Ils sont amenés ici par des réseaux mafieux et ils font de l'itinérance dans toute l'Europe : ils ont été à Paris, à Bruxelles, maintenant ils sont à Bordeaux... Et le réseau se déplacera dans une autre ville. Certains de ces enfants nous ont été confiés par la justice, mais nous n'arrivons pas à les garder, ils ne veulent absolument pas être protégés. Pour eux, c'est la loi de la jungle, et la grande majorité est totalement en dehors de toute structure. Mais ce ne sont pas ces enfants le problème, en premier lieu il faut donner des moyens à la police nationale et à la justice pour casser les réseaux qui sont derrière. »

Selon Emmanuelle Ajon, il y aurait quelque 250 jeunes délinquants issus de ces réseaux, sur l'ensemble de la métropole, « mais seulement 10 % qui sont vraiment mineurs. » Amine Smihi estime pour sa part que le quartier Saint-Michel regroupe à lui seul un peu moins d'une centaine de ces jeunes. « Attention : tous les mineurs isolés ne sont pas des délinquants, insiste-t-il. Sur ce public-là, il y a au moins une soixantaine de jeunes  qui sont parfaitement susceptibles d’être récupérés et sauvés par une offre alternative  d’accompagnement et de logement. Notre objectif est d’enlever cette petite main-d’œuvre aux trafiquants », confirme-t-il.

« J’en étais arrivé à douze jours consécutifs » sans rixe à l’arme blanche

Amine Smihi observe également « des flux et des reflux » de violence depuis le déconfinement, « et nous n’arrivons pas à analyser pour quelles raisons ça se calme ou ça s’enflamme. » « En tout cas, je coche les jours sans fait de rixe avec arme blanche » déplore-t-il. « J’en étais arrivé à douze jours consécutifs mais ce week-end malheureusement nous avons eu pas moins de cinq faits en l’espace de deux jours. C’est totalement imprévisible. Selon les derniers chiffres dont je dispose, environ 70 % des agressions sont des incidents internes entre jeunes du même milieu, qui sont à la fois coupables et victimes. »

L’adjoint à la sécurité dit enfin attendre des résultats du groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) sur le quartier Saint-Michel, qui sera piloté par le parquet de Bordeaux. « Il sera déployé dans le courant de la deuxième semaine de septembre, c’est acté », assure-t-il.