Hérault : A Palavas-les-Flots, bagarres et incivilités polluent les vacances au bord de la mer

TENSIONS Vendredi, une nouvelle rixe a éclaté dans le centre de la station balnéaire

Nicolas Bonzom
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Un panneau interdisant l'accès à la plage entre 23h et 6h, à Palavas-les-Flots
Un panneau interdisant l'accès à la plage entre 23h et 6h, à Palavas-les-Flots — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Cet été, bagarres et incivilités mettent les commerçants et les habitants de Palavas-les-Flots à cran. Vendredi, une nouvelle rixe a éclaté dans la station balnéaire.
  • Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a demandé « la plus grande fermeté » et un renfort de 30 gendarmes a été mis en place sur la commune.

A Palavas-les-Flots (Hérault), près de Montpellier, l'été a un goût amer. Vendredi, une violente rixe, dont les circonstances restent à éclaircir, a éclaté dans le centre de cette station balnéaire très prisée, qui passe de 6.000 à plusieurs dizaines de milliers de résidents chaque été : une commerçante aurait été violemment prise à partie par des vacanciers, et un policier municipal roué de coups. Une enquête a été ouverte, confie le parquet à 20 Minutes, et les mis en cause ont été entendus.



Ce n’est pas la première fois que, ces dernières semaines, la commune alimente les colonnes des faits divers. Excédés par les incivilités, les rodéos de grosses cylindrées, et parfois les coups, qui pleuvent dans ce village de pêcheurs, habitants et commerçants font entendre leur colère, depuis plusieurs semaines. Une première manifestation, inédite dans cette commune, a eu lieu le 7 août, une autre vendredi. Le lendemain, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a promis sur Twitter de « suivre la situation de près » et « la plus grande fermeté » face aux « violences inacceptables » après la rixe de la veille.



« Des délinquants »

« Il y a des touristes, qui viennent passer des vacances, paisiblement, en famille. Et de l’autre, des délinquants, témoigne un commerçant en prêt-à-porter. Des jeunes, qui viennent pour provoquer, pour casser, qui refusent l’autorité. Dès qu’on leur parle du port du masque [obligatoire à Palavas-les-Flots], ils vous casseraient tout dans le magasin, vous insultent. Je suis là depuis deux ans, je n’ai jamais vu ça. Je suis intervenu trois fois dans une grosse bagarre, c’est très chaud. Quand vous entendez "Venez, il y a un flic à terre, il faut le tabasser", c’est très grave… Les Palavasiens se tuent à la tâche toute l’année, les commerçants, les pêcheurs, la mairie, pour que ce soit une ville calme et paisible, accueillante. Ras-le-bol de cette minorité qui vient polluer notre travail. »

François Migayrou (sans étiquette), conseiller municipal d’opposition à Palavas-les-Flots, confirme à 20 Minutes l’enfer que vivent les habitants depuis le début de l’été. « Si tout allait bien, comme il [le maire de la commune] ne cesse de la répéter, pourquoi y a-t-il eu un renfort de 30 gendarmes supplémentaires sur la commune de Palavas-les-Flots ? Pourquoi, samedi soir, 14 véhicules de gendarmerie accompagnent-ils le préfet pour une opération de communication en ville ? », constate l’élu palavasien.



« L’ensauvagement est une réalité »

« Il ne s’agit pas de politique, reprend le conseiller municipal de l’opposition. Il s’agit de faits. Tous les jours, des habitants postent des vidéos filmées de leurs fenêtres, à 2 h, 4 h ou 6 h du matin. Des personnes font usage de protoxyde d’azote [un gaz hilarant], et hurlent. Ce sont des gens dont la vie est pourrie, par l’absence de sommeil. Des habitants se réveillent le matin, et dans toute la rue, ou dans tout le parking, les voitures ont été rayées, des rétroviseurs cassés. Ces choses, lorsqu’on les nie, c’est insupportable de mépris. » Car pour l’élu, « l’ensauvagement est une réalité ». « Ce n’est pas une perception », assure François Migayrou, qui fustige l’inaction du maire.

Palavas-les-Flots, samedi
Palavas-les-Flots, samedi - N. Bonzom / Maxele Presse

Interrogé par 20 Minutes, Christian Jeanjean (divers droite), réélu au premier tour pour un sixième mandat en mars, dresse le portrait d’une saison particulière, en raison de l’épidémie de Covid-19. « Cet été, des frontières sont fermées, des discothèques sont fermées, tout le monde s’est dirigé vers un pays de liberté, le seul, la plage, note-il. Pendant l’été, la fréquentation a explosé, nous avons constaté une hausse de 40 % à certains moments, ce qui est énorme pour une commune comme la nôtre. Il y a eu des gens de toutes sortes, dont certains manquent sans doute d’éducation. Nous avons fait face à des attaques de commerçants, (…), des fumeurs de chichas, des gens qui jettent les masques dans les rues, des accélérations pas possibles de véhicules de luxe dans les rues. Tout cela contribue à une tension, alors que Palavas-les-Flots reste une ville touristique accueillante, à condition de respecter les habitants et la ville. Nous voulons retrouver cela. Le ministre de l’Intérieur et le préfet de l’Hérault l’ont très bien compris. »

Une « nervosité » liée au Covid-19

Il y a sans doute aussi, constate Christian Jeanjean, une « excitation, avec le Covid-19, liée au port du masque », qui se traduit sur le terrain par de la « nervosité ». « Les étrangers, les riches, les pauvres, tout le monde est le bienvenu ici. On vient à Palavas-les-Flots pour les vacances, pour s’amuser, pour se détendre, pour pêcher, pas pour faire le coup de poing », fustige l’édile, qui assure être aux côtés des habitants et des commerçants. « C’est une population qui a du caractère et qui le montre. »

Au-delà des moyens déployés par l’Etat, Christian Jeanjean a dégainé plusieurs arrêtés, notamment l’interdiction d’accéder à la plage entre 23h et 6h, et promet également des policiers municipaux supplémentaires pour faire face à la situation.

Des « jeunes de banlieue » ?

Sur les réseaux sociaux, les tensions à Palavas-les-Flots, récupérées par l’extrême droite, ont dérivé en débat identitaire. Avec, en tête, la patronne du RN. « Je salue le sursaut des Palavasiens excédés par des bandes de racailles aux profils bien connus de tous », a tweeté Marine le Pen (RN), dimanche. D’autres internautes, ainsi qu’un commerçant interrogé par 20 Minutes, pointent du doigt les « jeunes de banlieue ».

Vraiment ? « Pas forcément. Parmi eux, il y a des jeunes de banlieue. Mais pas seulement », note le maire. L’opposant François Migayrou rejette, de son côté, toute cause identitaire dans les problèmes qui plombent sa commune. « La plupart ont la même carte d’identité que vous et moi », confie-t-il. A Palavas-les-Flots, les vacances s’achèvent avec une amertume que n’a jamais connue ce village méditerranéen.