Le fait d’être positif au Covid-19 mais asymptomatique signifie-t-il forcément que l’on est immunisé ?

FAKE OFF Sur Facebook, une publication virale établit un lien un peu rapide entre la présence d'anticorps chez les personnes asymptomatiques porteuses du virus et l'immunité contre cette maladie 

Alexis Orsini

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Un site de dépistage du Covid-19 à Paris, le 6 août 2020.
Un site de dépistage du Covid-19 à Paris, le 6 août 2020. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Les nombreux cas de Covid-19 observés en France ces dernières semaines seraient-ils en réalité bon signe ?
  • Cette théorie audacieuse est relayée par un post Facebook affirmant que le fait d'être testé positif au Covid-19 tout en étant asymptomatique signifie que l'on possède des anticorps et donc que l'on est immunisé contre le virus.
  • La présence d'anticorps ne signifie cependant pas forcément qu'on est immunisé contre le virus, cette question étant encore au coeur des interrogations de la communauté scientifique.

Alors que le nombre de cas de Covid-19 continue d’augmenter depuis plusieurs semaines en France, un post Facebook entend démontrer pourquoi le nombre important d’asymptomatiques parmi les personnes dépistées serait en réalité bon signe.

« Un test positif sans symptômes, ça veut dire que notre corps a développé des anticorps et/ou que le virus n'est plus virulent. Ca s'appelle... l'immunité acquise... Les tests sont en train de confirmer qu'une immunité de groupe... est présente. Les médias s'acharnent à dire l'inverse !!! », soutient ce texte partagé plus de 2.000 fois.

Le post Facebook viral sur l'immunité que garantiraient les anticorps du Covid-19.
Le post Facebook viral sur l'immunité que garantiraient les anticorps du Covid-19. - capture d'écran/Facebook

« Des dizaines de milliers des tests positifs sans symptôme avec pratiquement aucun cas grave, c'est une très très bonne nouvelle ! Cela veut dire que des millions de Français sont donc immunisés et à partir de 60% le futur vaccin devient inutile sauf peut-être pour les plus de 70 ans qui ont des maladies chroniques graves » poursuit-il, en citant un article de CNews consacré à deux études scientifiques américaines qui laissent entrevoir une possible immunité durable au Covid-19.

Cet optimisme est-il réellement fondé ? On fait le point.

FAKE OFF

Si le post parle de « test positif », il se garde bien de préciser de quel type de test il parle. Or, la nature de ce dernier influe sur le type de résultat obtenu, selon qu’il s’agit d’un test sérologique ou virologique (RT-PCR).

Le premier, réalisé par prise de sang, sert à savoir si l’on possède des anticorps, et donc si on a été contaminé par le virus à un moment donné. « Les tests sérologiques permettent de rechercher si une personne a développé une réaction immunitaire après avoir été en contact avec le virus », précise le ministère de la Santé.

Les tests RT-PCR, effectués par écouvillonnage nasopharyngé, indiquent quant à eux si la personne est porteuse du virus au moment où elle réalise le test. A ce titre, ces tests sont donc les plus utilisés dans la stratégie de dépistage du gouvernement puisqu’ils permettent d’évaluer le nombre de personnes porteuses du virus au moment présent, qu’elles soient asymptomatiques ou non.

Une « mauvaise interprétation »

Le fait d’être testé positivement à l’un ou l’autre de ces tests alors que l’on ne manifeste aucun symptôme signifie-t-il pour autant que l’on est immunisé contre le Covid-19 ? Pas vraiment, comme l’explique à 20 Minutes Olivier Schwartz, responsable de l'unité « Virus et immunité » à l'Institut Pasteur : « L’affirmation du post n’est pas fausse en soi mais elle est mal interprétée. »

« Une partie des personnes infectées par le virus est asymptomatique : on estime entre 25 et 40 % la proportion d’individus contaminés mais qui ne manifestent pas de signes. Ils peuvent aussi transmettre le virus mais probablement moins efficacement que les personnes symptomatiques puisque leur charge virale est moindre. Ces personnes – comme celles qui ont des symptômes – vont ensuite développer des anticorps, mais le lien avec l’immunité est compliqué à établir », explique-t-il.

Car la présence d’anticorps ne signifie pas forcément qu’on est immunisé contre le Covid-19, comme le rappelait récemment l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) : « En l’état actuel des connaissances, il est difficile de dire si le fait d’avoir été infecté par le virus signifie automatiquement que l’on est immunisé, et le cas échéant, pour combien de temps. En effet, les anticorps développés contre le virus ne sont pas forcément neutralisants (anticorps « bloquant » le virus) chez tous les individus, et leur présence pourrait simplement témoigner du fait que l’organisme a été en contact avec le virus. Si l’on prend l’exemple du rhume hivernal banal, le fait de l’attraper une fois ne signifie pas que l’on est protégé pour le reste de la saison ».

« On peut savoir si une personne possède des anticorps mais l'interprétation des résultats est délicate »

« L’immunité, ça signifie qu’on possède des anticorps et qu’on est protégé contre l’infection. On peut savoir si une personne possède des anticorps grâce aux tests sérologiques, mais l’interprétation de ces résultats est délicate, ça ne signifie pas forcément que cette personne est protégée contre une infection, même si c’est probablement le cas », ajoute Olivier Schwartz, en rappelant que si les doutes subsistent quant à une possible réinfection de patients déjà atteints par le Covid-19, aucun cas de ce genre n’a « été avéré formellement » à ce stade.

Cette incertitude explique les nécessaires précautions sanitaires à conserver, même lorsqu’on possède des anticorps. « En aucun cas un test sérologique positif ne doit ainsi conduire son bénéficiaire à relâcher ses efforts dans l’application des gestes barrières et de la distanciation sociale ou à considérer qu’il dispose d’un quelconque "passeport" d’immunité. Il reste susceptible de contracter à nouveau un Covid et donc de propager le virus », rappelle ainsi formellement le ministère de la Santé.

Si les études américaines évoquées dans le post Facebook laissent espérer une immunité durable, celle-ci est elle aussi loin d'avoir été prouvée formellement, les incertitudes restant nombreuses autour du virus. 

Une immunité collective très loin d'être atteinte

La publication virale se montre enfin trop optimiste en affirmant qu’une « immunité de groupe » - ou immunité collective - est déjà présente en France. Ainsi que le précise la Haute autorité de santé (Has), cette stratégie sanitaire – un temps envisagée par le Royaume-Uni avant d’être abandonnée – consiste à contrôler « à long terme [le] virus dans la population » grâce à l’immunité « d’une majorité de personnes, par le biais d’une vaccination ou d’une infection et d’une guérison si celle-ci confère une immunité durable. ».

« Pour une réduction drastique du [Covid-19], il faudrait donc qu’une proportion de l’ordre de 60-70 % de la population soit immunisée, c’est-à-dire entre 40 et 50 millions de Français selon les études de modélisation », poursuit l’institution. Or, une modélisation de l’institut Pasteur estimait qu’un peu moins de 5% de la population avait été contaminée au 11 mai. « On est encore loin d’une immunité globale », conclut Olivier Schwartz.