Coronavirus : Les règles sanitaires doivent-elles être renforcées dans les écoles pour la rentrée ?

COVID-19 Le ministre de l’Education s'est exprimé ce jeudi soir face à la progression du virus cet été

Delphine Bancaud

— 

Un collège à Boulogne-Billancourt-22/06/2020
Un collège à Boulogne-Billancourt-22/06/2020 — Jacques Witt/SIPA
  • La rentrée quasi normale qu’envisageait Jean-Michel Blanquer en juillet ne semble plus assurée, en raison de la hausse des cas de coronavirus cet été.
  • Des syndicats de profs et des associations de parents d’élèves réclament des mesures plus strictes pour éviter la propagation du virus dans les établissements.

Jean-Michel Blanquer a annoncé ce jeudi soir, au JT de France 2, un durcissement des consignes sanitaires dans les établissements pour la rentrée scolaire. La question était sur de toutes les lèvres, d’autant que plusieurs syndicats font monter la pression ces derniers jours à ce sujet.

Car le protocole sanitaire  établi en juillet prévoyait un retour en classe avec des mesures sanitaires sommes toutes assez limitées. Ainsi, dans ce texte, le port du masque n’était obligatoire que « pour les adultes et les élèves de plus de 11 ans lorsque les règles de distanciation ne peuvent être respectées dans les espaces clos ». Et il n’était même plus obligatoire pour les personnels de l’école maternelle. Exit aussi la mesure de distanciation physique lorsque les élèves sont à l’extérieur, ainsi que les consignes visant à éviter un trop grand brassage des élèves à la cantine ou en récréation.

Le port du masque pour les élèves à partir de 11 ans

Sauf que depuis juillet, la situation épidémiologique de la France a changé. Le nombre de nouveaux cas positifs au Covid-19 a progressé de 3.776 en 24 heures, portant le total des cas à 16.747 sur la semaine, selon les chiffres publiés mercredi par la Direction générale de la santé (DGS). Dans ces conditions, impossible de s’en tenir au plan initial, selon plusieurs syndicats d’enseignants. « Depuis juillet, la contamination des jeunes s’est accélérée, ce qui invite à durcir certaines mesures », estime Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU.

Première décision qui s’impose, selon elle : « Rendre le port du masque obligatoire dans les collèges, lycées et CIO. Car on sait déjà que la distanciation physique ne sera pas possible dans beaucoup d’établissements ». D’autant que selon Frédérique Rolet, « il sera impossible de réduire drastiquement le brassage d’élèves, car la réforme du lycée augmente sensiblement le phénomène, avec des élèves qui suivent des options et des enseignements de spécialités différents ». Idem pour Philippe Vincent, secrétaire générale du SNPDEN, premier syndicat des chefs d’établissements : « Le port du masque généralisé en salle de classe ou dans la cour serait une mesure simple à adopter et qui serait en cohérence avec ce qui se passe dans le reste de la société », juge-t-il. Une supplique bien entendue par le ministre de l’Education qui a annoncé ce jeudi soir que le port du masque serait « systématique à partir du collège dans les espaces clos » et même si la distance entre deux personnes est respectée. Davantage de souplesse est laissée aux établissements concernant le port du masque à l’extérieur, qui dépendra de « l’appréciation locale », a précisé le ministre.

La même vigilance était demandée par des syndicats pour les enseignants de maternelle : « Pour l’ensemble des adultes présents dans les écoles, il faut également suivre les recommandations du Haut conseil de santé publique, qui préconise le port du masque dans tous les milieux clos publics et privés collectifs », estime le Snuipp-FSU dans une lettre ouverte publiée ce jeudi. Jean-Michel Blanquer a précisé ce jeudi que le masque ne serait toujours pas obligatoire pour les profs de maternelle, mais recommandé.

Des cours en petits groupes, une option envisagée

Plusieurs syndicats réclamaient aussi ces derniers jours que l’Education nationale fournisse gratuitement des masques à tous les élèves et tous les personnels sous sa responsabilité. Philippe Vincent suggère que « les masques soient fournis en priorité aux familles les plus en difficultés ». Là le ministre de l’Education a botté en touche estimant que « le masque pour un élève est une fourniture comme une autre ». C’est donc aux parents de l’acheter. Mais Jean-Michel Blanquer a quand même ouvert une fenêtre en disant que les établissements seraient capables de fournir quelques masques aux élèves qui n’en n’auraient pas.

Pour la FCPE, le mieux serait de multiplier les enseignements en petits groupes. Elle réclame donc « la création de postes et la mise à disposition de locaux en nombre suffisant pour l’accueil des élèves en groupes de taille plus réduite, et un vivier de remplaçants suffisants » dans un communiqué dévoilé mercredi. Un avis que partage le Snes-FSU : « Il faudrait recruter des assistants d’éducation pour dédoubler certains enseignements », suggère Frédérique Rolet. Sur ce point comme sur d’autres, Philippe Vincent estime qu’il faudrait plutôt « laisser une capacité d’adaptation locale des consignes, en fonction de la situation épidémiologique sur place, de la taille des établissements ». Et le ministre n’a pas abordé ce point lors de son interview sur France 2.

Mieux tester les personnes à risques

De nombreuses voix se prononcent aussi pour un renforcement des tests. « Il faut tester systématiquement toutes les personnes contacts si des élèves ou des personnels sont positifs », indique Frédérique Rolet. La première fédération de parents d’élèves demande aussi « la possibilité de passer des tests PCR de dépistage pour les personnels intervenant dans les écoles et établissements scolaire et les élèves (après accord de la famille) ». De leur côté, les associations de pédiatres demandent de privilégier les tests salivaires pour dépister le Covid-19 chez les enfants, car l’aspect désagréable des prélèvements naso-pharyngés peut entraîner « des refus des enfants et/ou des parents », déclarent-elles dans une lettre ouverte publiée mercredi. Elles suggèrent aussi de renforcer la vaccination contre d’autres maladies (grippe, rotavirus…) pour « réduire la fréquence » des cas suspects de Covid-19 et éviter un engorgement des hôpitaux. Le ministre a rappelé ce jeudi soir la procédure en cas de découverte de cas de coronavirus : « On fait immédiatement des tests sur la classe et sur l’école et à partir de là, on remonte la chaîne de contamination », a-t-il assuré.

Quant à la possibilité de report de la rentrée scolaire du fait du rebond des contaminations demandé par le Snuipp, Jean-Michel Blanquer l’a refusée tout net. « L’éducation n’est pas une variable d’ajustement, ni de nos sociétés ni d’une crise sanitaire », a déclaré le ministre sur France 2. En revanche, il n’a pas exclu la possibilité de fermer à nouveau des classes ou des écoles si la situation l’imposait.