Coronavirus : Pourquoi les pédiatres se montrent-ils inquiets en vue de la rentrée scolaire ?

EPIDEMIE Les pédiatres estiment qu’il y a des raisons de se montrer « inquiets devant l’organisation de la rentrée telle qu’elle se profile »

M.B.

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Dans une école primaire (illustration)
Dans une école primaire (illustration) — G. VARELA / 20 MINUTES
  • Dans une lettre ouverte reprise par Le Monde, les pédiatres se disent « inquiets devant l’organisation de la rentrée telle qu’elle se profile, tant sur le plan de la prévention que de celui de la prise en charge des enfants ».
  • Ces experts, pour la plupart de la Société française de pédiatrie estiment «  la persistance de la circulation du virus en France [...] nécessite d’adopter des mesures adaptées mais raisonnables et efficaces ».
  • Leurs premières inquiétudes concernent les tests par PCR et les vaccinations.

Tests par PCR, retour des virus saisonniers cet hiver, ou encore mesures à prendre en cas de dépistage d’un enfant positif au sein d’une école…  A une quinzaine de jours de la rentrée scolaire, les pédiatres ne sont pas rassurés face à l'évolution de l’épidémie de coronavirus. Dans une lettre ouverte de sept sociétés savantes reprise par Le Monde, ils se disent « inquiets devant l’organisation de la rentrée telle qu’elle se profile, tant sur le plan de la prévention que de celui de la prise en charge des enfants ».

Certes, les enfants « sont moins souvent contaminés par le SARS-CoV-2, moins souvent malades et moins contaminants que les adultes », rappellent les professionnels de ces sociétés savantes, issues pour la plupart de la Société française de pédiatrie. Mais ils estiment que «  la persistance de la circulation du virus en France accompagnée, ces dernières semaines, d’une augmentation significative du nombre de cas dans certaines régions, rend la situation délicate et nécessite d’adopter des mesures adaptées mais raisonnables et efficaces. »

Privilégier le test salivaire plutôt que les tests par PCR

Leur première inquiétude concerne les tests par PCR. « La pratique des prélèvements naso-pharyngés quasi-systématiques chez les enfants présentant une fièvre, des signes respiratoires ou digestifs n’est pas si anodine qu’elle peut le paraître, expliquent-ils. Ces tests, outre leur aspect désagréable et nécessairement répétitifs chez les enfants (les épisodes viraux durant la saison froide étant bien plus fréquents chez l’enfant que chez l’adulte), ont un rendement modeste, un coût certain et nous expose à des refus des enfants et/ou des parents ».

Ainsi, « si le taux de positivité des PCR chez l’enfant reste faible, la poursuite de cette stratégie de PCR systématique chez l’enfant, s’avérerait probablement très peu rentable tout en représentant un coût humain et financier conséquent pour la collectivité. » C’est pourquoi « la mise à disposition de tests de diagnostic rapide du SARS-CoV-2 (notamment salivaires), même moins sensibles mais permettant de prendre rapidement des décisions pour la majorité des patients, nous parait particulièrement importante en pédiatrie ».

Renforcement de la vaccination contre la grippe

La seconde inquiétude concerne les vaccinations. « Si le SARS-CoV-2 continue de circuler cet hiver, il va obligatoirement s’ajouter aux virus saisonniers habituels (VRS, grippe, rotavirus…). Des difficultés sont à prévoir pour les jeunes enfants qui sont chaque hiver, particulièrement touchés par ces virus, notamment ceux vivant en collectivité. » C’est pourquoi ils soutiennent fortement « un renforcement de la vaccination contre la grippe » ainsi qu’une « généralisation de la vaccination contre le rotavirus des petits nourrissons. »

La vaccination contre le rotavirus en période de pandémie de COVID-19 offrirait en effet « deux avantages » : « diminuer de façon drastique les épisodes de gastro-entérites chez les petits nourrissons, et réduire la fréquence chez l’enfant des opportunités de suspecter une Covid-19. » Il s’avère en effet que « 15 à 30 % des enfants hospitalisés ou vus en consultation pour Covid-19 ont des signes digestifs, dont la diarrhée, ce qui rend très difficile le diagnostic différentiel avec les gastro-entérites à rotavirus. »

Vacciner contre ces maladies « représenterait donc un moyen de diminuer les consultations, les passages aux urgences et les hospitalisations à un moment où la circulation du SARS-CoV-2 risquera d’être à nouveau intense » résument les pédiatres.

Risque d’une rentrée « chaotique »

Enfin, la troisième inquiétude de ces professionnels repose sur le risque d’une rentrée « chaotique. » « Il sera très difficile d’éviter des épisodes de contamination par le Sars-CoV-2 au sein des collectivités (crèches, écoles…). Il est donc nécessaire de bien définir les mesures à prendre en cas de dépistage d’un enfant ou d’un adulte porteur du Sars-CoV-2 au sein d’une collectivité. »

« A ce jour, les remontées que nous avons, sont pour le moins anarchiques : des écoles ou des crèches ont été fermées parfois en raison de la présence d’une seule personne présentant une PCR positive (…) Si des stratégies claires et précises ne sont pas définies, il nous semble que la rentrée scolaire risque d’être chaotique avec des fermetures de classes voire d’écoles non justifiées par des raisons sanitaires ou épidémiologiques, et dans tous les cas fortement délétères pour les enfants et leurs apprentissages. »