Non, une fresque peinte en 1994 n’avait pas prédit le port généralisé du masque en 2020

FAKE OFF Une toile sur le coronavirus réalisée par un artiste philippin en 2020 est présentée à tort sur les réseaux sociaux comme une œuvre « prémonitoire » de 1994

Alexis Orsini

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L'illustration de 2020 présentée à tort comme datant de 2014.
L'illustration de 2020 présentée à tort comme datant de 2014. — capture d'écran/Facebook
  • Depuis quelques mois, plusieurs publications virales ont prétendu démontrer que l’épidémie de Covid-19 avait été prédite de longue date.
  • Une illustration montrant des adultes et des enfants porter des masques aux couleurs de leur pays est ainsi présentée sur les réseaux sociaux comme une œuvre réalisée en 1994 à l’aéroport de Denver (Colorado).
  • Si une fresque mettant des enfants à l’honneur est bien présente dans cet aéroport, elle n’a aucun lien avec ce dessin réalisé par un artiste philippin en février, lorsque le Covid-19 touchait déjà une grande partie du globe.

« Bizarre… Comment peuvent-ils prévoir les choses à l’avance ? », « prémonitoire »…

Sur Facebook comme sur Twitter, une illustration montrant des adultes et des enfants porter des masques aux couleurs de leurs pays – du drapeau des Etats-Unis à celui de la Chine, en passant par l’Italie –, alimente de nombreuses interrogations. Et parfois même des messages aux accents complotistes.

Les internautes en question relayent pour la plupart la même question : comment une fresque (prétendument) peinte en 1994 à l’aéroport de Denver, dans le Colorado, a-t-elle pu anticiper le port généralisé du masque dans le monde en 2020 ?

Tout simplement parce que l’œuvre en question n’a pas été réalisée en 1994… mais en 2020, alors que de nombreux pays du monde étaient déjà confrontés à des cas de Covid-19.

FAKE OFF

Si l’on trouve bien, au sein de l’aéroport international de Denver, une fresque montrant des enfants du monde entier, ces derniers y sont mis en scène de manière bien différente – et sans masque, comme on peut le voir ci-dessous ou sur le site consacré à l'art public de la ville du Colorado.

Intitulée « Les enfants du monde rêvant de la paix », cette œuvre de Leo Tanguma a été peinte en 1994 pour relayer un message anti-violence. Face à l’ampleur des rumeurs autour de la fresque aux masques, l’aéroport de Denver a récemment confirmé que celle-ci ne figurait pas sur ses murs.

D’où vient alors l’illustration virale sur les réseaux sociaux, associée à tort à l’aéroport de Denver – contraint, face à l’ampleur de la rumeur, de démentir cette dernière ?

On en trouvait une première occurrence en février 2020, sous la forme d’une photo de l’œuvre, sur la page Facebook de l’artiste philippin Christian Joy – ou CJ – Trinidad.

La toile de l'artiste CJ Trinidad.
La toile de l'artiste CJ Trinidad. - capture d'écran/Facebook

Ce dernier avait posé à côté de son tableau quelques jours plus tard, comme on peut le voir ci-dessous. Et il avait accepté dans la foulée de décliner ce dessin sur des t-shirts et des tote bags dans le cadre d’un projet du TFT (« The Filipino Teachers ») visant à soutenir financièrement des enseignants philippins.

« CJ a passé ses soirées à travailler sur cette toile pendant deux semaines. […] Il explique avoir voulu montrer, par ce dessin, le rôle vital de la communication, de la coopération et de l’unité entre les Etats luttant contre l’épidémie de Covid-19 », précisait le TFT à cette occasion.