Association des maires de France : Face aux agressions qu’ils subissent, les élus n’en peuvent plus des lenteurs de la justice

GROGNE Selon l’AMF, « cette année, 233 élus ont déjà subi un acte de violence » contre 383 sur l’ensemble de 2019 et 361 en 2018

20 Minutes avec AFP

— 

Echarpe de maire, illustration
Echarpe de maire, illustration — HAMILTON-POOL/SIPA

Un an après la mort violente du maire de Signes, les maires n’en peuvent plus des agressions qu’ils continuent de subir. De jeunes campeurs qui s’en prennent à un élu, un autre frappé par des fêtards : les élus tiennent à faire connaître leur mécontentement face au manque de soutien de la Justice.

Un simple rappel à la loi pour des coups

« Si nous ne sommes pas aidés par la justice, cela ne sert à rien de se lever le matin pour faire en sorte que la vie communale se passe bien », a ainsi affirmé Francis D’Hulst, élu de Portbail dans la Manche, victime d’une agression jeudi dernier. Âgé de 70 ans, il avait informé trois campeurs qu’un arrêté municipal leur interdisait d’installer leur tente sur le parking de la plage. Il les avait alertés également sur les dangers de faire un feu à proximité d’une pinède. L’un des individus l’a d’abord insulté, puis menacé de mettre le feu à sa voiture, avant de le frapper à la nuque et dans le dos.

« Mais c’est le coup porté le lendemain par le parquet qui m’a fait le plus mal », a commenté le maire, qui avait porté plainte. Son agresseur n’a en effet écopé que d’un rappel à la loi.

Pour Agnès Le Brun, vice-présidente et porte-parole de l’Association des maires de France (AMF), ce cas démontre à quel point les maires sont esseulés face à des « actes délictueux ». « Nous déplorons que la réponse pénale ne soit pas au rendez-vous », a-t-elle affirmé, regrettant que les auteurs d’agressions ne répondent pas plus vite de leurs actes devant la justice. « Cette année, 233 élus ont déjà subi un acte de violence » contre 383 sur l’ensemble de l’an dernier et 361 en 2018.

Le maire symbole de l’Etat

La semaine dernière, un autre maire, Philippe Becheau, avait aussi été frappé à Saint-Philippe d’Aiguille, une commune de quelque 400 habitants en Gironde, lors d’une intervention contre du tapage nocturne. Face à ce genre de situation, « nous demandons qu’une réponse pénale soit immédiatement apportée et qu’elle soit proportionnée », a affirmé la porte-parole de l’AMF. « Il ne faut pas oublier que le maire représente l’Etat dans sa commune ».

Le sénateur LR de la Manche, Philippe Bas a écrit au Premier ministre Jean Castex pour lui demander d’aller plus loin afin que « toute forme de violence à l’égard des maires soit sanctionnée de manière rapide et proportionnée ». Il est indispensable selon lui que « la protection fonctionnelle soit systématiquement accordée aux élus victimes de violences, de menaces ou d’outrages, sans qu’il soit besoin d’une délibération préalable du conseil municipal ». En d’autres termes, « il faut une prise en charge automatique des frais de justice par l’Etat », a expliqué l’AMF.

Du côté du gouvernement, le Premier ministre a pour l’instant dénoncé des « faits » et des « violences inadmissibles » à la suite de l’agression du maire de Saint-Philippe d’Aiguille. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a lui aussi condamné « avec la plus grande fermeté ces violences contre un élu de la République ».