Coronavirus : Convaincus, résignés ou contrariés, vos réactions à l'obligation du port du masque en extérieur dans certains quartiers de Paris

VOUS TEMOIGNEZ Si plusieurs d'entre vous acceptent cette nouvelle mesure de prévention, d'autres font part de leurs réserves

Clément Giuliano

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L'obligation du port du masque en extérieur devrait en premier lieu concerner les quais de Seine, les berges du canal Saint-Martin les marchés à ciel ouvert, les abords des gares puis, dans un second temps, les lieux touristiques tels que les abords des musées (photo d'illustration)
L'obligation du port du masque en extérieur devrait en premier lieu concerner les quais de Seine, les berges du canal Saint-Martin les marchés à ciel ouvert, les abords des gares puis, dans un second temps, les lieux touristiques tels que les abords des musées (photo d'illustration) — ISA HARSIN/SIPA
  • Le port du masque en extérieur est obligatoire depuis lundi dans certains secteurs de Paris.
  • Dans le cadre d’un appel à témoignages lancé par 20 Minutes, vous nous avez fait part de vos réactions au principe du port du masque à l'air libre.
  • Si certaines et certains d’entre vous valident le principe d’un port du masque en extérieur, d’autres doutent de son efficacité. D’autres encore justifient leur opposition en s’appuyant… sur de fausses nouvelles.

EDIT du lundi 10 août 2020 à 13h30 : ajout de la carte des zones concernées par l'obligation du port du masque à l'extérieur.

Hauts les masques ! La préfecture de police a rendu publique dimanche la liste des lieux extérieurs où le port du masque est désormais obligatoire dans la capitale afin d’endiguer la reprise de l’épidémie de coronavirus. Une décision, déjà prise dans de nombreuses villes ou départements, liée à la « situation épidémiologique » en Ile-de-France, avait souligné la préfecture de police mardi dernier. Dans la région, le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de cas détectés en une semaine pour 100.000 habitants, est en effet repassé au-dessus de 10 le 13 juillet dernier, et au-dessus de 30 quelques jours plus tard.

Plusieurs sites sont concernés : les quais de Seine, les berges du canal Saint-Martin et du canal de l’Ourcq, les marchés à ciel ouvert, les abords des gares, ou encore certaines rues commerçantes. Dans un second temps, l’obligation pourrait s’étendre à d’autres zones, notamment autour de sites touristiques ou dans des zones denses dans certains arrondissements. Evoqués dans un premier temps, les parcs et jardins ne sont, en revanche, pas concernés, comme l'avait précisé la mairie de Paris à 20 Minutes.

« C’est chiant de porter un masque, mais il faut ! »

Vous avez répondu en nombre à l’appel à témoignages lancé par 20 Minutes au sujet de cette nouvelle étape de la lutte contre l’épidémie. « Si porter le masque peut éviter une nouvelle vague, bien sûr qu’il faut le mettre et même si ce n’est pas agréable, c’est la responsabilité de chacun de se protéger et protéger les autres. » Comme Muriel, 56 ans, plusieurs d’entre vous accueillent favorablement cette mesure et sa dimension préventive alors que l’épidémie a causé plus de 30.000 décès en France. « Un peu de contrainte pour préserver tellement de vie et de souffrance », pointe Jo, 33 ans.

« Je n’apprécie pas le port du masque, c’est étouffant, ça donne des boutons parfois, des maux de tête… […] Oui c’est contraignant, oui c’est déplaisant, mais il me paraît tout à fait logique et nécessaire de le porter dans les lieux clos ou découverts lorsqu’un endroit est très fréquenté et que la distanciation n’est pas possible tant que ce virus n’est pas maîtrisé », abonde Emilie, 39 ans.

« On ne connaît encore pas assez de choses sur le virus, on ne sait pas non plus si une deuxième vague va arriver, ni quand on aura des vaccins. En revanche, on connaît les dégâts que cela a causés, de nombreux morts, une catastrophe pour l’économie. Alors il vaut mieux être prudent, s’il faut porter le masque en extérieur, faisons-le, témoigne Pascal, 40 ans. C’est chiant de porter un masque oui, mais il faut ! » À 27 ans, Floriane est du même avis : « Nous connaissons trop peu de chose sur ce virus, autant prendre toutes les précautions qui se présentent à nous plutôt que de retrouver nos hôpitaux saturés de nouveau. Et si on se rend compte ultérieurement que c’était inutile et bien tant pis nous aurons au moins participé à l’effort collectif et mis tous les moyens en notre possession. »

« Egoïsme »

Chez les personnes favorables à cette mesure de prévention, le refus de porter un masque à l’extérieur est parfois assimilé à de l'« égoïsme », comme nous l’écrit Nouara, 31 ans. « Je pense qu’avec la situation actuelle, il faut arrêter d’être égoïste et porter le masque sans faire de chichi. L’épidémie est bien là et on est très proche d’une seconde vague. Même si nous les jeunes ne sommes pas réellement à risque, nous pouvons transmettre le virus aux populations les plus fragiles. »

Certaines et certains d’entre vous proposent même d’aller plus loin, à l’instar de Manu, 47 ans, Eliane, 75 ans, Laura, 39 ans, ou encore de Tee Vee, 66 ans, qui pointe la complexité d’une obligation dans certains secteurs seulement : « Qu’on mette le masque partout à Paris sauf aux terrasses me semble la solution la plus simple. Évitons de partir encore dans des méandres bureaucratiques ! »

Modification des comportements

Plusieurs d’entre vous soulignent que cette mesure modifiera leurs comportements, comme Marie-France, 56 ans, ou Léa, 25 ans : « Si le port du masque doit aussi devenir obligatoire dans la rue, alors je choisirai de ne sortir que pour le travail. » Et Chloé, 22 ans, d’ajouter : « Je n’ai pas envie de porter le masque en continu dès que je sors de chez moi. Si le port du masque est obligatoire dans certains lieux, c’est sûrement qu’ils sont très fréquentés alors je préfère ne pas m’y rendre ou le moins possible ! »

« Nous allons dans les endroits non couverts pour éviter d’être dans des lieux clos. Ce sont ces lieux qui posent problème. Nous imposer le masque dans la rue… Eh bien on va recommencer à se voir dans des lieux fermés », déplore pour sa part Nelly, 30 ans.

Absence de clusters documentés en extérieur

« C’est aberrant de rendre obligatoire le masque en extérieur sachant qu’aucun cluster ne s’est créé en extérieur. Le risque d’être contaminé est 20 fois moins important qu’à l’intérieur, c’est bien pour ça qu’à Paris, zone rouge début juin, on a seulement autorisé les terrasses des restaurants à ouvrir, note Margot, 25 ans. Cette mesure est incohérente vis-à-vis de toutes les mesures prises auparavant, on risque d’augmenter la défiance de la population vis-à-vis des gouvernants. »

Une absence de clusters constitués à l’extérieur mentionnée notamment par le médecin de santé publique Martin Blachier auprès de nos confrères de RTL et également reprise par Renan (37 ans) ou Snizhana (28 ans). Philippe, 52 ans, enfonce le clou : « Si le coronavirus se transmettait fortement à l’air libre, il y aurait eu une explosion de cas après la Fête de la musique. » « Je suis très remonté contre cette mesure. À la première organisation de manifestations, j’en serai ! », assure Guillaume, 33 ans.

Mais pour de nombreuses personnes ayant répondu à notre appel, le refus du masque en extérieur s’appuie sur de fausses informations ou des informations partielles. Certains témoignages, comme celui de Marc, 32 ans, évoquent « l’absence de pandémie », alors que le Covid-19 a fait au moins 708.236 morts dans le monde, selon le dernier décompte de l’Agence France presse rassemblant l’ensemble des chiffres officiels à travers le monde. « Cette sale épidémie [est] derrière nous », croit savoir Entrois, 66 ans, alors que le nombre de patients en réanimation repart à la hausse depuis quelques jours.

Le port du masque n’est pas une atteinte aux libertés

Plusieurs d’entre vous évoquent une atteinte aux libertés, à l’image de Léa, 33 ans, Annie, 67 ans, ou encore Kelly, 26 ans, qui écrit : « Je suis entièrement contre le port du masque dans les rues. C’est une atteinte à la liberté individuelle. » Or le port de masque ne constitue en réalité pas une entrave aux libertés fondamentales, telles que définies par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789 (égalité, liberté, sûreté, résistance à l’oppression…) ou en découlant (égalité devant la loi, liberté d’opinion, d’expression, ou de réunion, protection de la liberté individuelle…).

D’autres témoignages suggèrent que l’obligation de porter un masque dans l’espace public serait liée aux prétendus stocks de masques disponibles chez les fabricants depuis la fin du confinement. Une théorie complotiste, puisque l’origine de cette mesure préventive s’appuie par la crainte d’une nouvelle vague. « Le virus circule de façon plus active, avec une perte accentuée des mesures de distanciation et des mesures barrières : l’équilibre est fragile et nous pouvons basculer à tout moment dans un scénario moins contrôlé comme en Espagne par exemple », a notamment mis en garde le Conseil scientifique dans un avis rendu public mardi.

Les dangers liés au port du masque avancés par certains témoignages sont également dénués de fondements scientifiques, comme le rappelaient plusieurs médecins à 20 Minutes en juin dernier. Quant à l’efficacité du port du masque pour limiter la propagation du coronavirus, mise en cause par certains d’entre vous, celle-ci fait aujourd'hui consensus chez les scientifiques.