Enfant né d'un don: L'Assemblée vote un accès aux origines rétroactif

BIOETHIQUE Le scrutin, très serré, a eu lieu à main levée. Le président de séance a dû recompter à plusieurs reprises les voix

B.D. avec AFP

— 

Illustration: Vue de l'Hémicycle, à l'Assemblée nationale, à Paris, le 19 mai 2020.
Illustration: Vue de l'Hémicycle, à l'Assemblée nationale, à Paris, le 19 mai 2020. — Christophe PETIT TESSON / EPA POOL / AFP

Contre l’avis du gouvernement, l’Assemblée nationale s’est prononcée ce jeudi pour que les enfants nés d’un don de gamètes avant le projet de loi bioéthique puissent eux aussi bénéficier du nouveau dispositif d’accès aux origines que propose ce texte.

Lors d’un scrutin très serré à main levée, qui a obligé le président de séance à recompter à plusieurs reprises les voix, les députés ont rejeté un amendement du gouvernement, après des divisions au sein de la majorité. Débattu en deuxième lecture, le projet de loi prévoyait que les enfants nés d’un don puissent accéder à leur majorité à des « données non identifiantes » (âge, caractéristiques physiques, etc.) du donneur et même, s’ils le souhaitent, à son identité, mais seulement à partir de l’entrée en vigueur de la loi.

La version sénatoriale maintenue

Le Sénat avait voté en première lecture pour rendre la mesure rétroactive, déjà contre l’avis du gouvernement, qui estimait « choquant » de remettre en cause le « contrat moral » établi avec les précédents donneurs, avant cette nouvelle loi. L’exécutif souhaitait donc revenir sur ce changement devant l’Assemblée. Mais les députés ont maintenu la version sénatoriale.

Elle-même opposée à l’amendement gouvernemental, la co-rapporteure Coralie Dubost (LREM) a jugé qu’il était « très délicat » de ne créer un droit « que pour l’avenir », en « niant tous ceux qui pourraient y avoir droit déjà aujourd’hui ».

Elle a plaidé pour des réponses « au cas par cas », si les précédents donneurs, à qui on « laisse le choix », acceptaient de transmettre des données non identifiantes. « Il est important de revenir à l’équilibre de la première lecture », a tenté de faire valoir son collègue « marcheur » Thomas Mesnier, en soulignant les difficultés pratiques pour recontacter d’anciens donneurs de gamètes.

« La navette parlementaire est encore longue »

L’Assemblée a voté une autre mesure contre l’avis du gouvernement, pour permettre également aux parents qui le souhaitent d’avoir accès aux données non identifiantes du donneur avant la majorité de leurs enfants. La MoDem Géraldine Bannier a indiqué vouloir aider les parents à expliquer à leur enfant comment il a été conçu. Plusieurs députés l’ont soutenue, dont l’Insoumise Caroline Fiat.

Le secrétaire d’Etat Adrien Taquet a plaidé en vain pour que le droit d’accéder à ses origines reste strictement rattaché à l’enfant. Il a évoqué les possibilités de « situation conflictuelle » au sein d’une famille, où l’enfant ne souhaiterait pas que ses parents disposent d’informations auxquelles il n’a pas accès avant ses 18 ans.

Un peu plus tard, Adrien Taquet a assuré que « nous aurions pu nous dispenser de cette disposition, la navette parlementaire est encore longue ». Le gouvernement garde la possibilité à la fin de l’examen du texte de proposer une seconde délibération, pour tenter de revenir sur ces deux mesures.