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ENQUETELe suspect de l’incendie de la cathédrale dans « un cercle vicieux »

Incendie de la cathédrale de Nantes : Le suspect dans « un cercle vicieux déplorable »

ENQUETELe 18 juillet, un incendie a occasionné de nombreux dégâts dans la cathédrale de Nantes. Cet incendie criminel a été déclenché par un bénévole, qui est passé aux aveux une semaine plus tard. Ceux qui le connaissaient sont abasourdis
Les dégâts causés par l'incendie dans la cathédrale de Nantes, le 18 juillet 2020.
Les dégâts causés par l'incendie dans la cathédrale de Nantes, le 18 juillet 2020. - AFP
Floréal Hernandez

F.H. avec AFP

L'essentiel

  • Les aveux d’Emmanuel A., réfugié rwandais, ont surpris et choqué les fidèles de la cathédrale de Nantes. Beaucoup le connaissaient car il était bénévole depuis plusieurs années.
  • Le suspect doit passer une « expertise psychiatrique ». Sa situation administrative pourrait être à l’origine de frustrations.

Lorsque Emmanuel, le bénévole chargé de fermer la cathédrale de Nantes, avait été placé en garde à vue avant d’être relâché faute de preuves le 19 juillet, Hubert Champenois, recteur de la cathédrale, avait assuré avoir « confiance en lui comme en tous les collaborateurs ». En apprenant les aveux de cet homme de 39 ans mis en examen dimanche pour « destructions et dégradations par incendie », le père Champenois s’est dit « désarmé, je suis désolé » devant ce qui « s’est passé, dans la tête et dans l’attitude d’Emmanuel ».

Arrêté une seconde fois après que les enquêteurs aient notamment identifié des «traces d'un produit inflammable» dans l'édifice, le bénévole a été « soulagé » d’avouer, selon son avocat Quentin Chabert, qui évoque un homme « coopérant », « apeuré » et « en quelque sorte dépassé ».

Depuis ces révélations, hommes d’Église et fidèles qui le fréquentaient au quotidien sont sous le choc. Il a certainement été « marqué par les événements qui ont marqué son pays », estime Hubert Champenois, évoquant un geste « dramatique pour tout le monde ».

Un mail pour qu’on lui vienne en aide

L’homme - qui « ne s’est pas étendu en détail sur ses motivations » – avait reçu en novembre 2019 une « obligation de quitter le territoire », selon le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès, précisant qu’une « expertise psychiatrique sera ordonnée ».

Sa situation administrative pourrait être à l’origine de frustrations, d’après le contenu d’un mail dont le quotidien Presse-Océan a publié des extraits. Emmanuel A. y explique se trouver dans « un cercle vicieux déplorable ». « Le 29 janvier 2019, j'ai poussé un cri de détresse​ mais en vain (…) pour qu’ils viennent à mon aide auprès du préfet en vue d’être régularisé », indique encore ce courrier envoyé notamment à des membres du diocèse peu avant l’incendie, selon le quotidien. Le diocèse de Nantes confirme l’existence d’un mail, sans préciser ni les destinataires, ni le contenu.

« A la fois doux et souffrant »

Emmanuel A. habitait dans un foyer avec des membres du clergé à Nantes. Beaucoup le connaissaient car il était bénévole depuis plusieurs années. « Il avait déjà toute la culture religieuse et il n’a pas débarqué là par hasard » mais « l’Eglise est soumise à la loi, elle ne peut pas faire plus que ce que la loi permet », souligne une paroissienne de l’église Sainte-Croix, où il participait aux messes. « A force d’avoir des espoirs qui se ferment, ça a créé en lui une désespérance », pense-t-elle.

Cette quinquagénaire, qui a souhaité garder l’anonymat, explique ressentir un « mélange de compassion et de trahison » à l’égard de ce célibataire avec qui elle échangeait depuis plusieurs années et qu’elle trouvait « à la fois doux et souffrant ». « Souffrant par rapport à son parcours de vie et ce qu’il avait dû vivre au Rwanda », explique-t-elle. Il était « doux, calme, très discret, il avait même du mal à chanter fort, c’est un homme qui était beaucoup renfermé sur lui-même », explique Marie, une autre paroissienne de cette église toute proche de la cathédrale, avant la messe mercredi.

Les servants d’autel sont « forcément des gens dignes de confiance »

Michel Boursier, l’un des organistes du grand orgue détruit par les flammes, croisait parfois Emmanuel A. sans pour autant connaître « ni sa situation, ni son pays d’origine ». Lui se souvient de quelqu’un « de charmant, de calme, apparemment très raisonnable, courtois et sympathique ».

Les servants d’autel sont « forcément des gens dignes de confiance », explique Michel Boursier, car il faut être « initié ». « C’est une pratique, il y a des choses à savoir faire pour ne pas hésiter pendant la liturgie ». Dans le cas d’Emmanuel A., « il n’y avait jamais eu aucun problème, il était digne de la confiance qu’on lui attribuait », estime-t-il.

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