« La canicule et la crise du coronavirus augmentent les risques de noyades dans les cours d’eau »

INTERVIEW Alors qu’un quart des noyades a lieu dans des cours d’eau, Christian Poutriquet, vice-président de la Fédération française de sauvetage et de secourisme, donne ses conseils à « 20 Minutes » pour éviter ce type d’accident

Propos recueillis par Romarik Le Dourneuf

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Selon Christian Poutriquet, beaucoup de noyade ont lieu dans des lieux où la baignade est interdite
Selon Christian Poutriquet, beaucoup de noyade ont lieu dans des lieux où la baignade est interdite — Clément Follain
  • Selon Santé publique France, la noyade est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans.
  • D’après les dernières données disponibles (2018), 22 % des noyades ont lieu non pas dans des piscines, mais dans des cours d’eau ou des plans d’eau, comme en témoignent les drames survenus récemment dans le Rhône et en Indre-et-Loire.
  • Selon Christian Poutriquet, vice-président de la Fédération française de sauvetage et de secourisme, les fortes chaleurs attendues cette semaine et la crise du coronavirus pourraient attirer encore plus de monde vers ces lieux de baignade.

Une nouvelle vague de chaleur est attendue en cette fin de semaine un peu partout en France. Et avec la hausse des températures, l’envie de piquer une tête se fait encore plus forte. Mais si le but est évidemment de se rafraÎchir et de se détendre, les baignades peuvent se révéler fatales. Si l’on pense le plus souvent à la plage ou à la piscine en évoquant les  noyades, les récents événements survenus en Indre-et-Loire et dans le Rhône rappellent que les lacs et autres cours d’eau sont tout aussi dangereux.

D’après Santé publique France, 1.649 noyades ont été recensées entre le 1er juin et le 30 septembre 2018 (les dernières données disponibles), dont un quart a été mortel. Un chiffre qui progresse chaque année. Et parmi elles, 22 % ont eu lieu dans des plans d’eau ou des cours d’eau. Pour comprendre et éviter ces accidents, 20 Minutes a interrogé Christian Poutriquet, vice-président de la Fédération française de sauvetage et de secourisme.

Plusieurs noyades mortelles survenues depuis le début de l’été ont eu lieu dans des lacs, des rivières ou des cours d’eau. Ces environnements seraient-ils plus dangereux que la mer ou la piscine ?

Pas directement. Ce qui est à prendre en compte, ce sont les contextes. La plupart de ces accidents ont eu lieu suite à des baignades hors des zones aménagées. Comme en mer, les risques sont bien moindres dans ces zones autorisées par les municipalités , parce qu’elles prennent en compte des critères comme la force du courant ou la visibilité du point d’eau. Ces zones sont surveillées et des drapeaux sont mis en place pour informer les baigneurs de la situation de l’eau.

Dans d’autres zones, la baignade est autorisée aux risques et périls des nageurs. C’est-à-dire qu’elle n’est pas interdite, mais qu’aucune surveillance n’est en place pour la sécuriser.

Enfin, il y a les zones ou la baignade est interdite à cause des conditions trop incertaines. Et c’est souvent dans ces endroits que les incidents arrivent.

A quoi ces noyades sont-elles principalement dues ?

Ils existent tout un tas de raisons, comme la méconnaissance des lieux, une pratique de la nage insuffisante. C’est parfois dû à des personnes qui sont prises dans des courants et qui s’épuisent à essayer de lutter contre au lieu de se laisser porter. On constate aussi que beaucoup d’accidents ont lieu après un repas copieux et alcoolisé… C’est assez complexe à expliquer.

Et certaines conditions nouvelles peuvent entrer en ligne de compte, comme la canicule, par exemple. Tout simplement parce qu’avec la hausse des températures, les gens recherchent davantage la fraîcheur et veulent se baigner. Ils sont alors plus tentés de se baigner n’importe où.

Cette tendance est accentuée par la crise du coronavirus. Avec toutes les contraintes, financières comme sanitaires, les gens partent moins. Par exemple, ceux qui partent habituellement en bord de mer pour les vacances ne pourront peut-être pas y aller cette année. Ils vont alors chercher le point d’eau le plus proche. Donc au lieu d’être sur une plage aménagée, ils peuvent se retrouver dans un plan d’eau non surveillé. Les risques sont plus importants.

Quels conseils donnez-vous avant de se jeter à l’eau ?

Il y a bien sûr les bases avant toute baignade, à savoir se mouiller la nuque et entrer progressivement dans l’eau pour éviter un choc thermo-différentiel, la fameuse hydrocution. Ce geste est très important dans les cours d’eau et les rivières, particulièrement en montagne, où l’eau provient souvent des glaciers et des neiges fondues et s’en trouve donc très fraîche. Si on commence à avoir des signes douteux comme des fourmillements ou des étoiles dans les yeux, il faut sortir au plus vite de l’eau pour éviter une syncope.

Il faut éviter les repas copieux et alcoolisés. En revanche, il faut oublier la légende qu’on trimballe depuis des années de ne pouvoir se baigner pendant 2 heures après le repas. Au contraire, il est même préférable de se baigner juste après un repas, avant que ne débute la digestion. Le volume du repas est plus important que le délai avant la baignade. Il faut faire attention aux courants et aux reliefs sous l’eau.

Et enfin, le plus important : que la baignade soit surveillée ou non, il ne faut jamais se baigner seul. Les parents ne doivent jamais quitter des yeux leurs enfants, parce que les maîtres-nageurs ne peuvent pas voir tout le monde à la fois. Avant d’aller dans l’eau, on s’organise, on désigne un surveillant et tout le monde est responsable de celui qui se baigne à côté. Pour une baignade sûre, il faut de la solidarité.

La ministre en démonstration

Dans le cadre de son « Plan aisance aquatique », Roxana Maracineanu, la ministre déléguée au Sport, sera présente à Antibes ce vendredi. Elle participera, avec d’autres personnalités, dont Alain Bernard, le double champion olympique de natation, à une démonstration de sauvetage des sapeurs-pompiers.