Féminisation de l'armée: Dominique Arbiol, une femme général à la tête de l'Ecole de l'Air

ARMEE Le général Dominique Arbiol deviendra vendredi la première femme à prendre la tête de l'Ecole de l'Air. Une étape importante dans le souci porté par la ministre des Armées, Florence Parly, de faire progresser la présence des femmes dans l’armée

20 Minutes avec AFP

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Un avion de chasse Rafale décolle du porte-avions Charles-de-Gaulle au large de Toulon, le 15 janvier 2015
Un avion de chasse Rafale décolle du porte-avions Charles-de-Gaulle au large de Toulon, le 15 janvier 2015 — Anne-Christine Poujoulat AFP

Les grandes évolutions se font dans le temps mais se nourrissent de symboles: le général Dominique Arbiol deviendra vendredi la première femme à prendre la tête de l'Ecole de l'Air, témoignant de la volonté de la France de féminiser la troupe. La ministre des Armées Florence Parly se déplacera sur la base de Salon-de-Provence pour lui confier la formation des officiers de l'armée de l'air.

« Je n'ai jamais eu de difficultés à m'intégrer »

«Je serai un peu plus observée, c'est une première», admettait Dominique Arbiol dans le Figaro en début de semaine. «Mais c'est une source de motivation supplémentaire. Les plafonds de verre tombent peu à peu».

En 1983, elle fut la première fille à intégrer l'École des pupilles de l'air en classe préparatoire. Recalée. Elle retente des années plus tard, via le concours interne de l'École militaire de l'air. Major de sa promo. Puis elle entre dans le renseignement.

«Je n'ai jamais eu de difficultés à m'intégrer. A partir du moment où vous avez les compétences, il y a peu de contestations sur votre place au sein de l'armée», dit-elle dans sa biographie officielle. Mais le conte de fée semble un peu trop beau. A tout le moins, toutes les femmes de l'armée française n'ont pas reçu le même accueil.

Une nomination dans la veine du « plan mixité »

En mars 2019, Florence Parly avait annoncé le «plan mixité», un train de mesures conçu pour faire progresser la présence des femmes au sein des 26.000 membres d'une institution plutôt rétive.

Avec pour objectifs aussi d'augmenter le nombre de haut-gradées et de mieux concilier vies professionnelle et familiale. Et pour principe que l'armée n'a aucune raison de se priver d'office de la moitié de la population. «Il faut 25 ans pour former un officier général et je travaille à constituer un vivier futur», déclarait la ministre récemment lors d'une rencontre avec des journalistes.

«Les petits renoncements d'aujourd'hui feront les incapacités de demain», ajoutait-elle, admettant ainsi la force des résistances, pour sa plus grande exaspération. «Ce sont des allers et retours permanents pour faire comprendre que les efforts sont nécessaires. Rien n'est un détail».

9 % seulement des officiers généraux sont des femmes

Le taux de féminisation s'établit autour de 15% mais varie selon les services. Il était l'an passé de près de 60% au sein du Service de santé des armées (SSA), contre 10% dans l'armée de Terre et 14% dans la Marine. L'armée de l'Air faisait figure de bonne élève avec 23% de femmes dans ses rangs.

La proportion s'amenuise quand on monte dans les grades. Selon les derniers chiffres du ministère, 9% seulement des officiers généraux sont des femmes, avec là encore un record de 26% attribué au SSA, quand l'armée de terre plafonne à 1,2%.

«Il ne s'agit pas de compenser le manque de femmes dans l'Armée de terre en les gonflant dans le SSA», martèle Florence Parly, évoquant elle-même cette idée de «plafond de verre sur lequel butent les femmes en général».

L'armée française se classe au quatrième rang mondial en termes de féminisation derrière ses homologues israélienne, hongroise et américaine, selon le ministère. Mais il aura fallu attendre 2017 pour que quatre femmes officiers, dont un médecin, fassent partie de l'équipage d'un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) français à partir en patrouille.

Une institution pas épargnée par le harcèlement et les violences sexuelles

L'institution n'est pas épargnée non plus par le harcèlement et les violences sexuelles. En 2014, l'ouvrage «La guerre invisible», écrit par deux journalistes, avait dénoncé la gestion calamiteuse des agressions sexuelles et viols au sein de «la grande muette».

Le ministère avait créé la cellule «Thémis» pour recueillir les témoignages des victimes et veiller à l'application de sanctions. Depuis, elle a été saisie à 402 reprises.

L'exemple le plus emblématique de l'urgence d'agir est venu en 2018 du prestigieux lycée militaire de Saint-Cyr l'École, théâtre d'un scandale de harcèlement moral lancé par le courrier au président Emmanuel Macron d'une jeune fille de 20 ans, élève en classe prépa. Elle confiait se sentir «persécutée» par un groupe de garçons appelés les «tradis».

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