Calais : Les migrants sans eau ni nourriture depuis la visite de Gérald Darmanin

«JUNGLE» Cinq associations dénoncent la destruction de camps de migrants qui avait été effectuée en amont du déplacement du nouveau ministre de l’Intérieur, le 12 juillet

Mikaël Libert

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Des migrants à Calais (illustration).
Des migrants à Calais (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • Deux camps de migrants avaient été démantelés à Calais avant la visite de Gérald Darmanin, le nouveau ministre de l’Intérieur.
  • Plus de 500 personnes avaient été évacuées vers des centres loin de la ville.
  • Cinq associations assurent que la plupart sont revenues et se retrouvent sans eau ni nourriture.

Evacuation opportune. Le 12 juillet dernier, Gérald Darmanin se rendait à Calais coiffé de sa toute nouvelle casquette de ministre de l’Intérieur. Un déplacement sur le thème de la problématique migratoire que tous ses prédécesseurs ont fait avant lui. Deux jours avant, les services de l’Etat avaient fait place nette, évacuant des centaines de migrants vers des centres loin de Calais. Depuis, ceux qui restent et ceux qui sont revenus se trouvent dans une situation encore plus précaire dénoncent plusieurs associations.

Lors de ce passage obligé à Calais, Gérald Darmanin a signé un accord avec son homologue britannique pour la création d’une cellule de renseignement afin de lutter contre les réseaux de passeurs. Deux jours avant, le 10 juillet, la préfecture du Pas-de-Calais organisait l’évacuation de deux camps de migrants situés dans la zone industrielle des Dunes, connue pour avoir abrité la « jungle ».

« Vous n’aurez vu que ce que l’on a bien voulu vous montrer »

Selon les services de l’Etat, environ 500 tentes ont été détruites et « 519 personnes isolées réparties dans 16 bus, ont été prises en charge et transportées vers des centres situés dans la région Hauts-de-France et d’autres régions françaises. » Une décision qui tombe assez opportunément et qui interroge les associations Amnesty international, Médecins du monde, Médecins sans frontière, la Cimade et le Secours catholique.

« Comme tous vos prédécesseurs, vous n’aurez vu que ce que l’on a bien voulu vous montrer ou que ce que vous aurez voulu voir », ont écrit les associations dans un courrier commun adressé à Gérald Darmanin. Pour autant, de n’est pas cela qu’elles dénoncent, mais plutôt les suites. Selon elles, la plupart des personnes évacuées étaient de retour dès le lendemain se retrouvant encore plus démunies : « Outre la destruction des abris et l’expulsion des personnes, cette évacuation a entraîné l’arrêt de la principale distribution alimentaire et du dispositif de douches », affirment les associations. Elles ajoutent que, si les robinets d’eau sont restés en place, ils demeurent « inaccessibles, en raison de la présence policière. »

Des tentatives de traversées de la Manche qui se multiplient

Les signataires de la lettre déplorent aussi que la « mise à l’abri » de ces 519 migrants ait été faite « sans aucune évaluation de leur situation et de leur vulnérabilité. » Ce dont la préfecture se défend, affirmant que « de nouvelles maraudes ont été effectuées sur le site et ont permis de proposer à la population migrante une mise à l’abri dans différents centres d’accueil et d’hébergement. »

Reste qu’aujourd’hui, la situation n’a guère évolué. Selon le Secours catholique, les occupants des camps démantelés, dont la population est estimée entre 800 et 1.000 personnes, se sont installés sur d’autres sites. On remarque aussi, depuis plusieurs semaines, une augmentation du nombre de tentatives de traversées de la Manche à bord d’embarcations de fortune. La préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord (PREMAR) dénombre presque une opération de sauvetage par jour depuis le début du mois de juillet et plus de 130 personnes récupérées en mer.