Affaire Cédric Chouviat : Un « étranglement arrière » a été pratiqué sur le livreur par un policier, selon l’IGPN

VIOLENCES POLICIERES Cédric Chouviat est mort après d’un contrôle routier houleux en janvier 2020. Selon l’Inspection générale de la police nationale en charge de l’enquête, un policier a pratiqué un « étranglement arrière » sur le livreur

F.H. avec AFP

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Doria Chouviat, la veuve de Cédric Chouviat, entourée de ses enfants, de sa belle-mère et de ses avocats, le 23 juin 2020.
Doria Chouviat, la veuve de Cédric Chouviat, entourée de ses enfants, de sa belle-mère et de ses avocats, le 23 juin 2020. — BERTRAND GUAY / AFP

EDIT : Cet article a été modifié après les déclarations sur France Info, le 23 juillet 2020, de Me Laurent-Franck Liénard, avocat d’un policier mis en examen dans l’enquête sur la mort de Cédric Chouviat, et de la policière placée sous le statut de témoin assisté.

Un nouvel élément dans l’enquête sur le décès de Cédric Chouviat lors de son interpellation en janvier 2020. Selon un rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de l’enquête sur la mort du livreur, l’un des policiers a pratiqué un « étranglement arrière » peu avant l’asphyxie de l’homme de 42 ans.

Dans une note de synthèse sur l’enquête, datée du 17 juin et qui a été révélée mardi par Libération et Mediapart, les enquêteurs de l’IGPN estiment qu'« après que M. Chouviat l’ait traité à plusieurs reprises de “guignol” et lui ait annoncé son intention de déposer plainte contre lui », le chef d’équipe « l’avait amené au sol par le biais principalement d’un étranglement arrière, selon les sources ».

Ce policier a été mis en examen pour « homicide involontaire » comme deux autres membres de l’équipage, tandis qu’une policière a été placée sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Cédric Chouviat a affirmé à plusieurs reprises « j’étouffe »

Cédric Chouviat, livreur de 42 ans, a fait un malaise lors de ce contrôle policier le 3 janvier près de la tour Eiffel, au cours duquel il a été plaqué au sol avec son casque sur la tête. Transporté dans un état critique à l’hôpital, il est mort le 5 janvier. D’après les premiers éléments de l’autopsie dévoilés par le parquet de Paris, les médecins ont constaté chez cet homme une asphyxie avec « fracture du larynx » ainsi qu'« un état cardiovasculaire antérieur ». Une information judiciaire a été ouverte.

Comme le rappelle cette synthèse, très rapidement après le début de son interpellation, Cédric Chouviat a affirmé à plusieurs reprises « j’étouffe », des mots que les policiers assurent ne pas avoir entendus. Selon Me Laurent-Franck Liénard, ses clients n’ont « bien évidemment » pas entendu le livreur prononcer ses mots. « Ils n’ont jamais entendu qu’il était en détresse. » Ils sont favorables à une reconstitution car ils « ne comprennent toujours pas » ce qu’il s’est passé.

L'« étranglement arrière » pas mentionné dans le compte-rendu initial d’intervention

Pourtant, l’IGPN a noté que ce n’est qu'« à l’issue d’une période de flottement relativement longue », après « la prise de conscience du malaise de M. Chouviat », que les policiers ont « provoqué les secours, détaché et désencombré le blessé, puis mis en œuvre un massage cardiaque à son bénéfice ». Concernant ce massage cardiaque, le délai est évalué à trois minutes. Pour Laurent-Franck Liénard, ce délai s’explique car « l’un des policiers est totalement en état de choc, il est perdu » et par la difficulté à enlever le casque et le manteau de moto de Cédric Chouviat.

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Dans leur compte-rendu initial d’intervention, daté du jour des faits et signé par la policière au nom des quatre membres de l’équipage, les policiers ne faisaient pas état de cet « étranglement arrière ». Ils écrivaient par ailleurs qu’après avoir « constaté » que le visage de Cédric Chouviat était devenu « bleu », ils lui avaient « immédiatement » retiré les menottes, son casque et prodigué les premiers secours.