Coronavirus en Ile-de-France : Quels sont les « signaux faibles de reprise épidémique » ?

SANTE Augmentation de l’incidence, du taux de reproduction du virus et des appels à SOS médecins… La deuxième vague est-elle en train de déferler sur l’Ile-de-France ?

Caroline Politi

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Des dépistages sont organisés dans de nombreuses villes pour identifier notamment les porteurs asymptomatiques.
Des dépistages sont organisés dans de nombreuses villes pour identifier notamment les porteurs asymptomatiques. — Caroline Politi/20 Minutes
  • Jeudi, Olivier Véran a indiqué sur France Inter que « des signaux faibles de reprise » de l’épidémie du coronavirus avaient été constatés dans les hôpitaux parisiens.
  • L’incidence est en hausse depuis le début du mois de juillet et le taux de reproduction du virus vient de passer le seuil stratégique de 1.
  • Les hôpitaux parisiens et franciliens continuent paradoxalement de se vider.

Ces derniers jours, les alertes se sont multipliées. Des traces de Covid-19 ont été isolées dans les eaux usées de la région parisienne, une augmentation progressive des appels à SOS Médecins a été constatée, de nouveaux clusters isolés… « Des signaux faibles de reprise » de  l’épidémie du coronavirus ont été constatés dans les hôpitaux parisiens, a reconnu, jeudi, le ministre de la Santé, Olivier Véran, au micro de France Inter. « Les indicateurs sanitaires en Ile-de-France montrent de façon concordante des signaux faibles en faveur d’une reprise épidémique modérée », confirme à 20 Minutes l’Agence régionale de santé (ARS).

Entre la fin du mois de juin et le début du mois de juillet, les appels au Samu pour des suspicions de Covid-19 dans la région ont presque doublé. Même constat pour les consultations SOS Médecins. Chaque semaine ou presque de nouveaux clusters sont recensés : s’ils illustrent l’efficacité de la veille sanitaire, ils sont également le signe de la circulation du virus. A ce jour, on en dénombre 31 actifs dans la région, dont un tiers à Paris. La moitié est dans des établissements de santé ou médico-sociaux, l’autre dans des structures d’hébergement collectif, des écoles ou des entreprises. « Aucun n’est considéré comme critique », c’est-à-dire hors de contrôle, précise néanmoins l’autorité de santé.

Autre signe inquiétant, et non des moindres : le taux de reproduction du virus passé, cette semaine, au-dessus du seuil stratégique de « 1 » en Ile-de-France. En clair : l’épidémie progresse. Alors que jusqu’à présent, une personne contaminée transmettait la maladie à moins d’une personne, elle en infecte désormais 1,15. Avant le confinement ce taux était estimé à plus de 3.

L’incidence repart à la hausse

Les premiers frémissements ont été constatés à la fin du mois de juin. Alors que depuis un mois l’incidence de l’épidémie, c’est-à-dire le nombre de cas pour 100.000 habitants, était relativement stable et oscillait, en Ile-de-France, autour de 6, cet indicateur stratégique a progressivement augmenté pour atteindre jeudi, 7,7. On est certes bien loin du seuil d’alerte établi à 50 – à ce jour, seule la Mayenne l’a atteint en métropole –, mais dans certains départements, le seuil de vigilance (établi à 10 cas) a été atteint ou est en passe de l’être : en Seine-Saint-Denis, on compte désormais 10,1 habitants atteints par le coronavirus pour 100.000, à Paris, ce taux se situe à 9,9. Une attention particulière est également portée au Val-de-Marne où en 24 heures, le taux d’incidence est passé de 7,4 à 8,4.

Selon l’ARS, cette progression s’explique notamment par l’augmentation du nombre de tests réalisés depuis l’envoi par l’assurance maladie des coupons à près de 10 % des Franciliens. « Nous sommes passés entre mi-juin et mi-juillet de 45.000 à plus de 75.000 tests PCR réalisés par semaine dans la région », indique l’organisme sanitaire. Si le taux de positivité reste relativement bas – 1,2 % à l’échelle de la région mais il atteint 2,1 % à Paris – et stable, le nombre de personnes déclarées positives augmente mécaniquement. Néanmoins, le moindre respect des gestes barrières ainsi que la reprise de l’école ou des activités périscolaires, l’augmentation de la fréquentation des transports, la réouverture des restaurants ou cafés favorisent la circulation du virus. « Nous observons une activité virale plus forte du virus car il y a plus de cas contacts, précise l’ARS. Cela rend les enquêtes d’investigation plus lourdes. Nous allons renforcer nos équipes de tracing durant l’été. »

Les hôpitaux se vident, la crainte d’une deuxième vague reste

Si la circulation du virus est assurément plus active qu’au cours du mois de juin, la situation des hôpitaux franciliens continue, paradoxalement, de s’améliorer. Jeudi, 3.390 patients étaient hospitalisés dans la région en raison du coronavirus, soit une cinquantaine de mois que la veille. A la mi-avril, ils étaient plus de 13.200. Depuis le 10 juillet, le nombre de personnes en réanimation s’est quant à lui stabilisé autour de 240, contre près de 3.000 lors du pic de fin mars. « Pour l’instant, en réanimation, il n’y a pas d’augmentation du nombre de malades, il y en a toujours eu et nous en accueillons de façon perlée depuis le début du déconfinement mais si les signaux se confirment, on risque d’assister, dans deux ou trois semaines, à un afflux massif de patients », s’inquiète néanmoins le Pr Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincarré de Garches dans les Hauts-de-Seine.

Actuellement, trois patients positifs au Covid 19 sont hospitalisés dans son service. Au plus fort de la crise, ils étaient plus d’une trentaine. Le Pr Djillali Annane voit dans cette période de nombreuses similitudes avec la situation du mois de février dernier où le virus circulait sans pour autant que les services hospitaliers soient débordés. « On estime qu’entre 7 et 15 % de malades du Covid vont développer une forme grave donc mathématiquement plus il y aura de cas, plus il y aura de patients hospitalisés », insiste-il. Au plus fort de la crise, le nombre de lits de réanimation a été plus que doublé dans la région, passant de 1.200 à 3.000. Si depuis, les hôpitaux sont progressivement revenus à leurs capacités initiales, « chaque établissement francilien dispose d’une capacité de lits de réanimation mobilisables rapidement ainsi que du personnel nécessaire à les réarmer », précise l’ARS. En espérant toutefois ne pas avoir à en arriver là.