Avec Damae Medical, Anaïs Barut révolutionne la détection des cancers de la peau

ILS FONT LE MONDE DE DEMAIN Anaïs Barut, 28 ans, est à la tête de Damae Medical, une start-up française qui développe une solution d’imagerie qui permet de détecter de manière non-invasive, et à un stade très précoce, les cancers de la peau

Charlotte Murat

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Avec Damae Medical, Anaïs révolutionne la détection des cancers de la peau. — 20 Minutes
  • Anaïs avait 22 ans et était encore en école d’ingénieurs lorsqu’elle a fondé Damae Medical, une start-up qui développe une solution d’imagerie qui permet de détecter de manière non-invasive, et à un stade très précoce, les cancers de la peau.
  • Elle savait qu’elle ne voulait pas être salariée dans une entreprise classique et voulait donner du sens à son métier. Jeune ingénieure dirigeante d’entreprise, elle a dû se battre contre les clichés, mais est optimiste quant à la place donnée aux jeunes en général et aux ingénieures femmes en particulier.
  • Elle a développé une méthode de management qui donne pus d’autonomie à ses salariés. Selon elle, on fait de plus en plus confiance aux jeunes grâce à leur maîtrise des nouvelles technologies.

Ils sont encore étudiants ou déjà dans la vie active, bénévoles, chercheurs, salariés, à leur compte, ont monté une entreprise ou une association. Grâce à eux, le futur sera meilleur. 20 Minutes a décidé de donner la parole à des jeunes de moins de 30 ans dont les actions ont un effet bénéfique sur le monde de demain. Cinquième volet de cette série avec Anaïs Barut, 28 ans, présidente de Damae Medical, une start-up qui développe une solution d’imagerie qui permet de détecter de manière non-invasive, et à un stade très précoce, les cancers de la peau.

En 2015, le MIT l’a reconnue comme l’un des dix meilleurs innovateurs français de moins de 35 ans. Anaïs avait alors 23 ans et sa start-up, à peine un an. Damae Medical a un objectif, révolutionner la détection des cancers de la peau par une solution non-invasive. « Nous avons développé un système d’imagerie qui permet, un peu comme une échographie, de visualiser l’intérieur des tissus de la peau, explique la jeune femme. Cela permet d’éviter de faire une biopsie et on repère des cellules cancéreuses qui ne sont pas encore visibles à l’œil nu à la surface de la peau. »

Anaïs était encore étudiante à l’Institut d’Optique Graduate School, une école d’ingénieurs près de Paris, lorsqu’elle a co-fondé Damae avec David Siret, un autre étudiant, et le professeur Arnaud Dubois, à l’origine de la solution d’imagerie. Une rencontre rendue possible grâce à la filière entrepreunariat de son école. « J’ai toujours su que je ne voulais pas être salariée, précise Anaïs. Je voulais être libre, aller à mon rythme, être autonome et responsabilisée. Dans les entreprises traditionnelles, on est coincé dans des cases. En tant que junior on doit faire ça et pas plus. C’était difficilement entendable pour moi. »

Mettre du sens dans son métier

Un temps attirée par des études de médecine, Anaïs a gardé cette volonté de mettre du sens dans son métier. « J’ai toujours cherché à faire quelque chose d’éthique. Dans l’optique, le débouché numéro un est la Défense. Mais pour moi ça a toujours été un non assez franc, car je trouvais que ça manquait de clarté. » Anaïs ne sera donc pas médecin, mais travaille pour et avec eux. « Je suis très fière d’être l’une des briques de la lutte contre le cancer. On ne remplace pas les dermatologues, mais on participe à récréer un système de santé plus vertueux. »

Aujourd’hui, vingt machines développées par Damae sont présentes dans des hôpitaux en France, en Allemagne, en Italie, en Belgique et en Espagne. « On en espère quarante de plus l’année prochaine et on cherche à se déployer aux Etats-Unis, en Australie et au Japon », assure-t-elle.

Se battre contre les clichés

Une réussite aussi formidable que prometteuse, mais qui ne s’est pas faite sans mal. Car une jeune ingénieure dirigeante d’entreprise de moins de 25 ans, ça détone auprès des investisseurs. « C’est sûr qu’au début j’ai dû me battre contre les clichés, se souvient Anaïs. Je suis arrivée à des réunions où on me demandait si j’étais la stagiaire. Ou alors, on ne s’adressait qu’aux hommes seniors de la société. C’est un vrai problème, mais je crois que les choses ont vraiment évolué depuis. Il y a de plus en plus de start-up, et donc de plus en plus de jeunes à la tête d’une entreprise. Aussi de plus en plus de filles dans les écoles d’ingénieurs. Je suis peut-être trop idéaliste, mais je pense vraiment que ça évolue dans le bon sens. » Pionnière, Anaïs s’est forgé un caractère pour revendiquer sa position : « Dès le début des réunions, je rappelais le poste de chacun chez Damae et je tentais de faire preuve d’un leadership naturel. »

A la tête aujourd’hui d’une vingtaine de salariés, la jeune présidente reconnaît « avoir grandi très vite grâce à cette entreprise. C’est une aventure très enrichissante. Je suis montée en compétence sur plein de sujets et j’ai beaucoup appris des autres. C’était une grosse prise de risques, je ne me suis pas payée pendant deux ans, mais je suis libre. »

La force de la jeunesse

Mais quand on ne voulait pas travailler dans une entreprise classique, comment se positionner en tant que patron ? « Avec David, on a beaucoup réfléchi au management qu’on voulait mettre en place. Nous offrons beaucoup d’autonomie et de responsabilisation à nos collaborateurs et faisons très peu de réunions en physique. L’accompagnement est individualisé, avec une formation de six mois à l’arrivée. »

Moyenne d’âge de l’entreprise ? 28 ans. Et une grande force, outre le haut degré d’innovation : « La rapidité de conception de nos prototypes. A un moment, on en sortait un quasiment tous les deux mois. Les médecins sont ravis de travailler avec des gens qui peuvent aller aussi vite. On fait de plus en plus confiance aux jeunes, en partie parce qu’on maîtrise mieux les nouvelles technologies. » Prochaine étape pour Damae ? Justement intégrer de l’intelligence artificielle pour rendre plus lisibles les diagnostics. Et à terme s’attaquer à d’autres types de cancers.