Coronavirus : Non, les tests PCR ne sont pas dangereux pour la santé

FAKE OFF Un post Facebook anxiogène alerte sur les prétendus dangers graves pour la santé des tests de dépistage du Covid-19

Alexis Orsini

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Un test PCR réalisé à Moscou, le 16 juillet 2020. (illustration)
Un test PCR réalisé à Moscou, le 16 juillet 2020. (illustration) — Gavriil Grigorov/TASS/Sipa USA/SIPA
  • Le dépistage du Covid-19 exposerait-il en réalité à des dangers bien plus graves ? 
  • C'est ce qu'affirme un post inquiétant relayé sur Facebook, affirmant que les écouvillons insérés dans le nez à cette occasion peuvent toucher la barrière hémato-encéphalique protégeant le cerveau.
  • Il s'agit toutefois d'un ensemble d'affirmations sans aucun fondement scientifique, comme l'expliquent un médecin et un spécialiste en neurovirologie à 20 Minutes.

Vous comptiez réaliser un test PCR, afin de savoir si vous avez le  coronavirus ? Alors que différentes pratiques de dépistage du Covid-19 se multiplient dans l’Hexagone, un post Facebook entend pour sa part vous dissuader d’une telle initiative.

A en croire ce texte particulièrement anxiogène, introduit par une formule choc (« Ecouvillons = danger »), ces examens virologiques, réalisés à l’aide d’un écouvillon introduit dans le nez ou la bouche, présenteraient en réalité un grave danger pour la santé : « Votre cerveau […] est protégé contre les substances potentiellement nocives dans la circulation sanguine par une structure en forme de clôture appelée barrière hémato-encéphalique. Pourquoi en parler maintenant, plus que jamais ? Tout simplement parce que l’endroit EXACT où les "testeurs" (avec le fameux test de "long Q-Tip" menant à l’interprétation RT-PCR de l’échantillon obtenu) obtiennent votre échantillon (pour le "COVID-19") s’appelle "barrière hémato-encéphalique" ».

Un extrait du texte viral sur Facebook.
Un extrait du texte viral sur Facebook. - capture d'écran/Facebook

« Les testeurs avec leurs écouvillons – qu’ils vous rentrent (vraiment loin) jusqu’à TOUCHER la DERNIÈRE BARRIÈRE PHYSIQUE avant d’arriver à votre cerveau – mettent votre barrière hémato-encéphalique EN DANGER », poursuit la publication, avant de lister les innombrables risques qui seraient induits par une telle atteinte à la barrière hémato-encéphalique : autisme, AVC, cancer…

Si ces affirmations ont de quoi effrayer plus d’un internaute, elles ne reposent sur aucun fondement scientifique. Et elles font même bondir les spécialistes interrogés sur le sujet.

FAKE OFF

« Un écouvillonnage n’entre pas au contact de la barrière hémato-encéphalique, il faudrait qu’il franchisse la muqueuse et l’os du crâne pour l’atteindre ! », rappelle d’emblée Daniel Dunia, directeur de recherche en neurovirologie au CNRS. « Quand on fait un écouvillonnage, on va chercher des sécrétions dans la sphère oropharyngée. »

Guillaume Martin-Blondel, médecin au service des maladies infectieuses du CHU de Toulouse, où des milliers de tests de ce genre ont été réalisés au cours des derniers mois, abonde : « Le but est de récupérer des sécrétions au niveau de la paroi nasopharyngée postérieure, il s’agit d’une technique utilisée depuis longtemps pour différents types d’infection respiratoire, elle n’est pas apparue avec le Covid-19. »

« Ce geste, réalisé avec un écoutillon semblable à un coton-tige, n’est pas agréable et il peut éventuellement entraîner une douleur ou un saignement de la muqueuse chez les personnes aux vaisseaux sanguins plus fragiles, mais il ne peut en aucun cas perforer la paroi osseuse à la base du crâne, c’est complètement invraisemblable », confirme le médecin.

Une impossibilité physique que l’on visualise bien dans une vidéo explicative publiée par le New England Journal of Medicine (à partir de 0’25 ci-dessous). D’autant que les cas possibles de « compromission » de la barrière sont très limités, et sans aucun rapport avec ce type de test, selon Daniel Dunia : « Le seul stress mécanique qui pourrait compromettre la barrière hémato-encéphalique, ce serait une péridurale ou une ponction lombaire. Si l’injection de l’anesthésique dans les vertèbres est mal faite, elle peut percer la barrière. Dans ce cas, cela provoque des signes sévères mais pas mortels. »

« Aucun sens ni fondement scientifique »

Le post Facebook évoque donc l’existence, bien réelle, de la barrière hémato-encéphalique mais il se livre ensuite à une « démonstration » qui fait complètement abstraction de la réalité anatomique comme des pratiques courantes de dépistage de ce type de virus.

Si la profondeur à laquelle est enfoncé l’écoutillon peut surprendre (ou inquiéter), celle-ci répond à une nécessité, expliquée par Guillaume Martin-Blondel : « L’une des limites du test, c’est que, si on s’arrête à l’orifice narinaire, on risque de donner un résultat faussement rassurant. Il faut vraiment aller jusqu’à la paroi nasopharyngée postérieure, s’y arrêter quelques secondes puis retirer l’écoutillon en le tournant pour récupérer les sécrétions et pouvoir analyser les résultats. »

Enfin, les prétendus risques induits par une atteinte de la barrière hémato-encéphalique (autisme, AVC…) relèvent eux aussi d’un scénario invraisemblable ; fustigé par Daniel Dunia : « Ils sont absolument faux, c’est comme si on disait que l’autisme circulait dans le sang et que, dès qu’un trou se développe dans la barrière, il se développe. Ca n’a aucun sens ni fondement scientifique ou réel. »