Consignes sanitaires, dispositifs de soutien… A quoi va ressembler la rentrée scolaire ?

EDUCATION Même si de nombreuses incertitudes planent encore sur la rentrée scolaire, le ministère a déjà dévoilé certaines mesures pour les élèves

Delphine Bancaud

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Une élève et son enseignante le 12 mai 2020 dans le village des Matelles.
Une élève et son enseignante le 12 mai 2020 dans le village des Matelles. — Alain ROBERT/SIPA
  • La classe se fera a priori en présentiel, avec tous les élèves. Mais en gardant les mêmes consignes sanitaires que celles appliquées à la fin de l’année scolaire. Sauf si la situation épidémique change.
  • Les évaluations en début d’année vont être renforcées, ainsi que les dispositifs d’aide aux élèves. Mais il n’est pas prévu, pour l’instant, d’alléger les programmes.

Ce sera une rentrée forcément complexe. Les 12 millions d’élèves qui reprendront la classe le 1er septembre le feront dans une atmosphère un peu floue, en raison de la potentielle seconde vague de l’épidémie de coronavirus en France. Et après une fin d’année scolaire tourmentée, reprendre le collier ne sera évident ni pour les élèves, ni pour leurs enseignants.

20 Minutes fait le point sur les dispositifs déjà connus pour la rentrée.

Des mesures sanitaires susceptibles d’être adaptées

La rentrée sera « quasi normale », a indiqué mardi Emmanuel Macron lors d'un entretien sur TF1 et France 2. C’est-à-dire que la classe se fera a priori en présentiel, avec tous les élèves. Mais en gardant les mêmes consignes sanitaires que celles appliquées à la fin de l’année scolaire. Sont ainsi prévus « gestes barrière, hygiène des mains, port du masque pour les adultes et les élèves de plus de 11 ans lorsque les règles de distanciation ne peuvent être respectées dans les espaces clos ainsi que dans les transports scolaires, nettoyage et aération des locaux », détaille la circulaire de rentrée publiée la semaine dernière.

Mais la prudence reste de mise et « s’il y avait une accélération (du virus) pendant le mois d’août, on sera amené à revoir cette rentrée », a indiqué Emmanuel Macron. « Dans l’hypothèse où la situation sanitaire exigerait des mesures plus strictes, du fait d’une circulation active du virus sur tout ou partie du territoire national, un plan de continuité pédagogique, consultable dans les prochains jours, sera mis en place pour assurer l’enseignement à distance », précise la circulaire. Mais selon les syndicats enseignants, il y a retard à l’allumage : « Aucun scénario de reprise de la pandémie n’est envisagé par le ministère, qui a pourtant eu plusieurs mois pour s’y préparer », fustige Sud Education dans un communiqué. « Le ministère aurait dû communiquer avant la fermeture des établissements l’été les plans sanitaires et pédagogiques prévus en fonction des différents scenarii (circulation faible du virus, clusters localisés ou plus gros clusters à l’échelle d’un département). Les chefs d’établissement risquent de devoir improviser au dernier moment », redoute Sophie Vénétitay, cosecrétaire générale du Snes-FSU.

Des évaluations renforcées pour faire le point

Où en sont les élèves dans leurs acquisitions scolaires ? Ce sera la grande question à la rentrée. Car tous n’ont pas travaillé avec la même régularité lors du confinement et n’ont pas pu rattraper les notions qu’ils auraient dû assimiler en cours d’année.

Pour faire le point sur leur niveau scolaire, le ministère de l’Education a prévu de s’appuyer sur les évaluations nationales en français et en maths qui existaient déjà pour les élèves de CP, CE1 et 6e, et qui sont obligatoires. Mais à la rentrée prochaine, elles seront avancées et auront lieu dès le 14 septembre, « pour apporter des réponses rapides et ne pas laisser s’installer les difficultés scolaires, » explique la circulaire de rentrée. Nouveauté : en 6e, un test de fluence en lecture sera ajouté et sera réalisé « dans les premiers jours de l’année de 6e ».

Pour les élèves des autres niveaux jusqu’à la 3e, il n’y aura pas d’évaluations systématiques, mais les enseignants pourront faire des tests de positionnement. « Courts et ponctuels, ils permettent de mesurer instantanément la maîtrise des compétences fondamentales et d’identifier les priorités pour chaque élève », précise la circulaire. Des outils qui sont plutôt bien accueillis par les enseignants : « Il faut voir comment ils sont conçus. Mais cela peut être utile pour les enseignants. Reste à savoir ensuite, quand on aura positionné le niveau de l’élève, ce que l’on pourra lui proposer comme dispositif de soutien », indique Sophie Vénétitay. Jean-Rémi Girard, du Snalc, syndicat du secondaire, est lui plus sceptique : « Ce ne sont pas d’évaluations dont nous aurons besoin, mais de plus de moyens horaires et humains, alors qu’on risque d’avoir davantage d’élèves en difficulté », déclare-t-il à l’AFP.

Des programmes qui ne seront a priori pas allégés

Le ministère de l’Éducation nationale a publié ce jeudi ses « priorités pédagogiques et outils de positionnement pour la période septembre-octobre ». Et elles sont claires, puisque les mathématiques et le français y sont définis comme étant les deux disciplines prioritaires pour la rentrée.

Mais il n’est pas prévu pour l’heure d’allégement de programme, nous confirme l’entourage de Jean-Michel Blanquer. « Alors que l’on sait que le rythme des acquisitions des élèves sera moins rapide au début de l’année scolaire. Et si on conserve les mêmes programmes, cela pourra poser de vrais soucis aux élèves qui sont dans des classes à examen. Et cela risque de creuser les inégalités scolaires entre les établissements qui pourront boucler les programmes et ceux où cela ne sera pas possible », estime Sophie Vénétitay. Or, plusieurs voix demandent une révision des programmes. Le Snes a d’ailleurs proposé des aménagements possibles par niveau et par matière. De son côté, l’Association des professeurs d’Histoire-géographie (AP-HG), estime aussi qu’il faut alléger les programmes de sa discipline au lycée, dans un communiqué publié au début du mois.

Des aides pour les élèves en difficultés

Selon les chiffres du ministère de l’Education nationale, 4 % des élèves ont décroché. Un chiffre qui peut parfois monter bien plus haut, témoignent de nombreux enseignants, qui disent avoir, pour certains, perdus jusqu’à « un tiers de la classe ». Pour renforcer l’accompagnement personnalisé des élèves, le ministère a déjà annoncé qu’il financerait 1,5 million d’heures supplémentaires. Un chiffre qui paraît énorme, mais qui ne l’est pas tant que ça selon Sophie Vénétitay : « Ce nombre d’heures va vite être épuisé parce qu’elles vont à la fois servir à mettre en place du travail en petits groupes, de l’aide personnalisée, de l’aide à l’orientation, le dispositif "devoirs faits", les stages de réussite (remise à niveau proposé aux élèves pendant les vacances)… », explique-t-elle.

Des parcours de soutien seront proposés aux élèves de 6e qui éprouvent des difficultés pour lire, écrire et compter (jusqu’à 5 heures hebdomadaires). Le dispositif «devoirs faits» va aussi être boosté à la rentrée. Soit 3 heures par semaine au lieu de 2 l’an dernier, et même 4 heures pour les élèves volontaires de 6e sur la période de septembre à décembre. « Mais on ne sait pas combien d’élèves cela concernera si le dispositif bénéficie à ceux qui en ont le plus besoin », commente Sophie Vénétitay. Car pour l’heure, le ministère n’a toujours pas prévu d’imposer ces heures de travail encadré à certains élèves.