Non, le gouvernement n’a pas privatisé La Poste pendant l’épidémie de coronavirus

FAKE OFF Un texte relayé sur Facebook affirme que le gouvernement aurait privatisé La Poste en toute discrétion pendant l'épidémie de coronavirus

Alexis Orsini

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Un bureau de poste à Paris, le 16 avril 2020.
Un bureau de poste à Paris, le 16 avril 2020. — ERIC PIERMONT / AFP
  • Sur Facebook, un texte viral initialement publié en mars dernier a ressurgi ces derniers jours.
  • A l'en croire, le gouvernement aurait privatisé en toute discrétion La Poste en cédant ses parts au sein du capital du groupe, ce qui devrait entraîner une distribution moins régulière du courrier.
  • Si l'Etat est devenu minoritaire début mars, la Caisse des dépôts, devenue majoritaire, est une institution publique, ce qui a évité tout changement de statut. Et cette évolution n'aura pas d'incidence sur la distribution du courrier, comme le précise La Poste à 20 Minutes.

L’attention médiatique (et nationale) accordée à l’épidémie de coronavirus a-t-elle permis au gouvernement de procéder en toute discrétion à la privatisation de La Poste ?

Telle est l’affirmation relayée sur Facebook par un post devenu viral depuis sa mise en ligne, le 10 juillet. « Abracadabra ! Grâce au coronavirus, personne n’a rien vu. Mercredi dernier, la part de l’Etat dans le capital de la Poste est passée de 73,6 % à 34 %. Et cela en toute discrétion (comme pour le 49.3). A peine trois lignes dans les médias. »

« Pourtant, cela va impliquer une accélération dans la fermeture des bureaux de poste, des suppressions d’emplois, et sans doute la fin de la distribution du courrier tous les jours. Mais bon, tous les regards sont tournés vers la pandémie. Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt », conclut ce texte.

Le message viral sur la prétendue privatisation de La Poste.
Le message viral sur la prétendue privatisation de La Poste. - capture d'écran/Facebook

Si la part directe de l’Etat dans le capital de La Poste a bien diminué récemment, cette évolution remonte à quelques mois, et pas à la semaine dernière. Surtout, contrairement à ce qu’affirme le post viral, ce changement n’a pas entraîné la privatisation de l’opérateur de services postaux puisqu’il reste intégralement détenu par des capitaux publics.

FAKE OFF

« Il n’y a aucune privatisation de La Poste, qui est une entreprise 100 % publique, détenue par l’Etat et la Caisse des dépôts », confirme le groupe à 20 Minutes.

L’opération en question a eu lieu le 4 mars 2020, quelques semaines avant le début du confinement. Loin de s’en cacher, La Poste comme la Caisse des dépôts (CDC) avaient annoncé à cette occasion sur leur site respectif la création de ce « grand pôle financier public ».

« La Caisse des Dépôts a acquis auprès de l’Etat une participation complémentaire au capital de La Poste pour un montant de près d’un milliard d’euros. Désormais, la Caisse des Dépôts détient 66 % du capital et des droits de vote de La Poste et l’Etat 34 % », soulignait par exemple la Caisse des dépôts. La Poste précisait de son côté que la part de l’État passait ainsi de 73,68 % à 34 % tandis que celle de la CDC augmentait de 26,32 % à 66 %.

Ce changement n’a donc pas été marqué par l’entrée d’un nouvel actionnaire mais pas une simple inversion des positions majoritaire de l’Etat et minoritaire de la CDC, dont le statut d’établissement public est rappelé par l’article L518-2 du Code monétaire et financier.

Un projet annoncé dès août 2018

« Le rapprochement entre le Groupe la Poste et la Caisse des Dépôts s’inscrit dans la constitution d’un groupe financier public au service de l’intérêt général, qui comprend également le rapprochement entre La Banque Postale et CNP Assurances. Cette évolution permet à La Poste de franchir une nouvelle étape de son développement et de la diversification de ses activités », ajoute aujourd’hui La Poste auprès de 20 Minutes.

Ce projet avait en outre été annoncé dès le 30 août 2018, par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, soit près de deux ans avant qu’il ne voit finalement le jour, au terme de nombreuses étapes de négociation – et après avoir obtenu le feu vert de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

A défaut de faire les gros titres de la presse, il a par ailleurs bien été évoqué au fil de ce long processus par différents médias, dont Le Figaro et Capital, ce dernier évoquant par exemple « le coup d’envoi [d’un] nouveau géant financier public » en décembre dernier. Quelques mois plus tôt, Les Echos détaillaient de leur côté l’avancée des négociations.

Pas d’influence sur les missions de service public de La Poste

Quant au texte viral sur les réseaux sociaux, s’il a ressurgi ces derniers jours, il avait initialement circulé début mars, peu après la finalisation de ce projet, comme on peut le voir dans différentes publications de l’époque – qui parlaient alors directement de « privatisation ».

Enfin, La Poste indique que, contrairement à ce qu’affirme le post viral, cette évolution de l’entreprise n’a « pas vocation à influer sur [ses] missions de services publics » : « Le service universel postal, qui comprend notamment une distribution du courrier 6 jours sur 7 sur l’ensemble du territoire national, ou la mission d’aménagement du territoire qui exige notamment d’avoir au moins 17.000 points de contact au niveau national, ne sont nullement remis en cause. Il est également infondé d’évoquer comme conséquence une réduction des effectifs. »