Coronavirus : Les Français ne se font pas assez tester, à qui la faute ?

REACTIF Manque de tests, manque de bras, manque de volonté ? « 20 Minutes » a voulu savoir

Rachel Garrat-Valcarcel et Romarik Le Dourneuf

— 

Un drive de dépistage, à Grenoble, mi-juin.
Un drive de dépistage, à Grenoble, mi-juin. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Si les services de santé manquaient de tests de dépistage au Covid-19 en début de crise, ce n’est désormais plus le cas en France.
  • Malgré une capacité de 700.000 tests par semaine, seuls 30.000 à 40.000 tests sont effectués chaque jour depuis quelques semaines.
  • Ce « faible » nombre de tests réalisés peut s’expliquer par le manque de personnel compétent pour les effectuer. Mais aussi parce que les patients ne se ruent pas dans les centres de dépistage. Par crainte du résultat, d’un confinement ou par désintérêt.

On l’a entendu pendant des semaines : pour éviter le reconfinement en cas de deuxième vague épidémique de Covid-19 il faut des tests et des masques. A priori, on a bien désormais les deux. Mais si l’on voit les prémices d’une deuxième vague – peut-être avant la fin de l’été d’après le chef du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy –, de plus en plus de Français et de Françaises semblent éviter l’étape du masque et aussi l’étape test.

Depuis des semaines, chaque jour, entre 30.000 et 40.000 tests sont réalisés en France : c’est beaucoup, beaucoup plus qu’au début de l’épidémie, bien sûr. Mais c’est beaucoup moins que la capacité annoncée pour le début du déconfinement : 700.000 tests par semaine. Un problème de réactifs, qui ont tant manqué à la France en mars ? Pas du tout. D’après François Blanchecotte, le président du Syndicat des biologistes (qui rassemble les laboratoires d’analyse médicale de ville, qui font une bonne partie des tests Covid), les laboratoires sont suffisamment approvisionnés.

Un problème humain

« En revanche, on a un problème de préleveurs », indique-t-il à 20 Minutes. « La mise en place de dépistages massifs est rendue difficile par des questions d’organisation. » D’après lui, pour bien faire les tests, PCR et sérologiques, il faut cinq minutes à un laborantin ou une laborantine. « Si on veut faire les choses bien, il faut laver la salle après chaque patient. Aussi bien pour eux que pour nous. Je rappelle que jusque-là, il n’y a pas eu de décès du côté de la biologie médicale. »

Le Syndicat des biologistes réclame un « plan blanc de ville ». C’est-à-dire la mobilisation de toutes les personnes capables de faire des prélèvements, jusqu’aux infirmiers et infirmières, même encore non diplômés. Sans ça, la décision par exemple prise en Mayenne de faire dépister massivement la population du département de plus de 10 ans (environ 300.000 personnes) est irréaliste. « Nos personnels aussi sont sur les genoux et demandent aussi à aller en vacances, c’est légitime », explique François Blanchecotte.

Ne pas rater les vacances ?

Le manque de personnel n’explique néanmoins pas tout. On peut se demander si les Françaises et les Français vont bien se faire tester lorsqu'ils soupçonnent une contamination. Pour se faire dépister, rappelons qu’il faut passer chez son médecin de ville, quand on n’est pas passé par les urgences, pour recevoir une prescription (les tests sont pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie). Une procédure trop compliquée ? Pas si sûr, si on en croit le président du Syndicat des biologistes : « Les populations exonérées du passage chez le médecin sont déjà nombreuses : les personnels de santé, les personnes qui travaillent dans les lieux qui accueillent du public, mais aussi les personnes identifiées dans un cluster… »

Ne serait-ce pas alors le « relâchement » observé par Jean-François Delfraissy ? François Blanchecotte constate une baisse des consultations chez les généralistes pour des suspicions de Covid-19 : « Des centres de dépistages créés pour l’occasion sont même en train de fermer. »

Pour Jean-Christophe Nogrette, médecin à Limoges et secrétaire général adjoint de MG France, la fédération nationale des médecins généralistes, la crainte de la quarantaine serait la principale cause d’une baisse des tests, a fortiori en cette période de vacances : « Les gens ont peur de se retrouver confinés en cas de test positif. Vous ajoutez l’enquête sur l’entourage et les tests pour les proches, et vous obtenez un effet rédhibitoire sur les patients. »

Le médecin constate également une forme de défiance des certains patients envers les autorités. De la comparaison avec la grippe en début de crise à la gestion des masques, les atermoiements gouvernementaux ont eu raison de la confiance de certains, estime Jean-Christophe Nogrette : « Sur 25 patients par jour, j’en ai toujours au moins un ou deux qui me disent qu’ils ne veulent plus entendre parler de virus. »

Une réaction à l’angoisse

Si le médecin reçoit tous les jours des personnes qui souhaitent ardemment être dépistées, il existe une autre catégorie de patients qui, à l’inverse, redoutent plus que tout cette étape. Boris Guimpel, psychologue comportementaliste, explique l’anxiété liée au dépistage : « La question de savoir si l’on est contaminé ou non est trop angoissante pour certains. Plutôt que de confronter à la réalité par le test, ces personnes préfèrent fuir l’incertitude en évitant le sujet. Mais c’est un cercle vicieux. A court terme ça soulage, mais cela nourrit l’anxiété à plus long terme. »

Le thérapeute alerte contre les troubles engendrés par ce comportement qui toucherait, selon lui, entre 15 et 20 % de la population européenne. Boris Guimpel incite donc les patients à « s’exposer à l’objet de leur crainte » et à aller faire le test pour s’en débarrasser.