Bac 2020 : Les présidents d’université s’inquiètent d’un afflux massif de bacheliers à la rentrée

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Le taux de réussite record au bac cette année aura une incidence sur les demandes d’inscription à la fac

Delphine Bancaud

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Université Pierre et Marie Curie (Paris-VI),le 13 mars 2020.
Université Pierre et Marie Curie (Paris-VI),le 13 mars 2020. — KONRAD K./SIPA
  • Le taux de réussite au bac atteindra un record cette année puisqu'il est déjà de 95,7% après le rattrapage.
  • Les universités pourraient se trouver débordées par un nombre de candidatures très élevé et par davantage d’étudiants qui voudront jouer les prolongations à la fac, le temps que le marché de l’emploi s’améliore.

Va-t-il encore falloir repousser les murs ? C’est la question que se posent les présidents d’université. Car samedi soir, ils ont appris  près de 96 % des 745.900 candidats au baccalauréat 2020 ont été reçus au terme de la première session de rattrapage, soit 7,6 points de plus qu’en 2019. Ce qui va encore faire grossir la cohorte des lauréats. D’autant que les résultats définitifs ne seront connus qu’à l’automne, après la session de septembre.

Des chiffres qui s’expliquent aisément : les candidats ont été évalués en contrôle continu cette année en raison de la crise sanitaire. Et les jurys du bac se sont montrés bienveillants. Certains témoignages font aussi valoir que des enseignants auraient remonté les moyennes de leurs élèves avant de les transmettre aux jurys d'harmonisation des notes, afin de s’assurer que leurs élèves ne soient pas pénalisés.

35.000 bacheliers en plus pourraient s’inscrire à la fac

Derrière cette bonne nouvelle pour les bacheliers, se cache un vrai défi pour les établissements d’enseignement supérieur : faire de la place à tous ces jeunes bacheliers. Tous n’iront pas à l’université, certes, mais il risque quand même d’y avoir des embouteillages à l’entrée des facs : « Il y aura cette année environ 35.000 bacheliers supplémentaires à intégrer dans les universités », a déclaré ce jeudi Gilles Roussel, président de la Conférence des présidents d’université lors d’une conférence de presse. Outre les effectifs qui vont progresser en première année de licence, ils vont aussi croître en L2 car il y aura moins de redoublants cette année en L1, puisque les universités ont été plus clémentes dans la notation.

Et ce n’est pas tout car la crise économique risque d’avoir un impact sur les effectifs dans les universités. « Certains jeunes diplômés qui vont avoir du mal à s’insérer sur le marché de l’emploi vont se réinscrire à l’université », souligne Gilles Roussel. Du coup, les universités tirent d’ores et déjà la sonnette d’alarme : « On va être dans l’incapacité d’accueillir tout le monde. On est à la limite de nos locaux, de nos enseignants-chercheurs », indique Gilles Roussel.

Les CAES (commissions d’accès à l’enseignement supérieur), chargées de trouver une affectation aux candidats n’ayant pas obtenu de proposition d’admission sur Parcoursup pourraient être davantage sollicitées selon Guillaume Gellé, président de la commission formation et insertion professionnelle à la CPU : « On peut s’attendre qu’il y ait plus de saisines », déclare-t-il.

Des moyens supplémentaires demandés au ministère

A la rentrée, les présidents d’universités savent aussi qu’ils auront un autre souci à gérer : l’accueil des néobacheliers dont la fin d’année scolaire a été affectée par le confinement. « Il va falloir que nous personnalisions beaucoup plus l’accompagnement de ces étudiants. En développant les dispositifs de remédiation et le tutorat », souligne Guillaume Gellé. Ce qui va demander encore des moyens humains supplémentaires.

Pour faire face à tous ces enjeux, les présidents d’université réclament au ministère de l’Enseignement supérieur davantage de moyens : « On évalue l’enveloppe qu’il faudrait entre 150 et 300 millions d’euros », déclare Guillaume Gellé. qui réclame « une réunion d’urgence, sous l’égide du Premier ministre ». Le ministère de l’Enseignement supérieur se veut confiant et affirme que « chaque lycéen sera appelé individuellement ». Des discussions ont débuté dans les académies pour accroître l’offre proposée par chaque établissement (université, STS…).

« Le rectorat nous a demandé de créer 280 places supplémentaires dans nos filières en tension », illustre par exemple Nathalie Dompnier, présidente de l’université Lumière Lyon-2. Son université a prévu d’en ouvrir 100 supplémentaires. Impossible d’aller au-delà : « On manque de locaux et d’enseignants », explique-t-elle. Il reste deux mois au ministère pour trouver des solutions.