Ille-et-Vilaine : Parole libérée ou harcèlement permanent… Les plaintes pour violences conjugales explosent

VIOLENCES Le procureur de la République Philippe Astruc a pris la parole devant le conseil départemental ce mardi

Camille Allain

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Un séminaire sur les violences conjugales a été organisé au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020.
Un séminaire sur les violences conjugales a été organisé au sein de la caserne de gendarmerie Guillaudot à Rennes, le 5 février 2020. — C. Allain / 20 Minutes
  • En Ille-et-Vilaine, le nombre de plaintes pour violences conjugales a explosé depuis le début de l’année.
  • Le nombre d’auteurs de violences poursuivis est également en nette hausse, a fait savoir le procureur de la République.
  • Difficile de savoir si la parole s’est libérée ou si les violences sont de plus en plus nombreuses.

Il a capté l’attention de la plupart des élus du conseil départemental, à une heure où l’écoute a souvent tendance à fléchir. Ce mardi, le procureur de la République de Rennes s’est livré à un exercice inhabituel en présentant aux conseillers départementaux les enjeux de la lutte contre les violences conjugales dans laquelle il est très investi. Nommé en 2019 en Bretagne, Philippe Astruc avait fait de ce dossier sa priorité. Et force est de constater que depuis son arrivée, beaucoup de choses ont changé en Ille-et-Vilaine. La preuve en chiffres. « En 2017, le tribunal de grande instance de Rennes a reçu 600 plaintes pour violences conjugales. En 2019, on était à 900. Et depuis le début de l’année, nous en avons déjà reçu 600 en six mois », énumère le procureur.

Faut-il en conclure que les violences intrafamiliales augmentent ? Ou simplement qu’elles sont davantage signalées ? « Je ne peux pas répondre à cette question. La campagne #Metoo et le grenelle ont sans doute libéré la parole mais on ignore dans quelles proportions », assure le procureur, avant d’ajouter. « Je pense tout de même que l’on peut s’en féliciter ». Pour appuyer ses propos, le magistrat a sorti des chiffres éloquents. Alors que le taux de classement sans suite était de 40 % en 2017, il a été évalué à 24 % sur les six premiers mois de l’année. Le nombre de déferrements a bondi dans le même temps. Alors que 90 personnes avaient été présentées à un juge à l’issue de leur garde à vue il y a trois ans, elles ont été 154 rien que sur ce premier semestre.

Un meilleur recueil de la parole

Pour le procureur, ces chiffres sont la preuve que « la police, la gendarmerie et la justice » ont su « améliorer leur process » pour prendre en charge les victimes. La mise en place d’un dispositif baptisé « Porteur de paroles » va dans ce sens. Depuis quelques mois, des personnes ayant reçu des confidences d’un ou d’une proche victime de violences peuvent alerter, sans forcément passer par un dépôt de plainte. La nomination de deux intervenants sociaux en gendarmerie (ISG) à Rennes et Vitré a également « permis d’améliorer le recueil de la parole » dans les brigades concernées, selon Isabelle Le Callennec. « Mais je m’interroge sur son financement », ajoute la leader du groupe d’opposition au conseil départemental d’Ille-et-Vilaine.

Outre la protection des mineurs, l’instance départementale s’est engagée à mieux éduquer les collégiens dont elle a la charge. Dans les trois nouveaux établissements récemment construits à Bréal-sous-Monfort, Laillé et Guipry-Messac, le cahier des charges exigeait la prise en compte de la place des jeunes femmes dans l’établissement. « Les couloirs ont été élargis, les toilettes repensées. Et la cour de récré a été réaménagée », explique Armelle Billard, conseillère départementale déléguée à l’égalité hommes femmes. « Quand on met un terrain de foot au milieu de la cour, on envoie un mauvais signal », conclut le procureur.