Lot : Après Lol le labrador de Cahors, bientôt des chiens dans tous les tribunaux de France pour aider les victimes ?

JUSTICE En mars 2019, le labrador Lol est devenu le premier chien d’assistance judiciaire en France et en Europe. Une proposition de loi a été développée pour que l’expérience réussie à Cahors soit étendue à toute la France

Nicolas Stival
Lol est hébergé par le SDIS du Lot depuis mars 2019, pour prêter assistance aux victimes dans des procès.
Lol est hébergé par le SDIS du Lot depuis mars 2019, pour prêter assistance aux victimes dans des procès. — Pompiers du Lot
  • A l’initiative de Frédéric Almendros, procureur de la République de Cahors, Lol est devenu en mars 2019 le premier chien d’assistance judiciaire en Europe.
  • Ce labrador de presque quatre ans est intervenu dans 30 affaires pour aider les victimes, âgées de 3 à 90 ans, à gérer leurs émotions.
  • Aujourd’hui, le magistrat constate le succès de cette expérience, inspirée d’une initiative américaine. Soutenu par la députée du Lot Huguette Tiegna, il espère la voir se développer dans toute la France.

Alors qu’il n’a pas encore quatre ans, Lol est déjà un « professionnel » de la justice. C’est Frédéric Almendros qui l’affirme. Depuis mars 2019, le procureur de la République de Cahors a eu recours à 30 reprises aux services de ce labrador au poil noir et au calme olympien, véritable éponge à émotions, pour aider des victimes âgées de 3 à 90 ans.

Sa fonction ? Chien d’assistance judiciaire, sur le modèle des « courthouse facility dogs » américains. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis que le magistrat lotois a puisé son inspiration pour importer cette médiation canine en France. « Le but, c’est de faire intervenir le chien sur toutes les phases du procès pénal, de l’audition initiale au jugement, pour procurer de l’apaisement aux victimes, développe-t-il. C’est une première en Europe. »


Au vu du succès de l’expérimentation auprès de toutes les parties concernées, Frédéric Almendros a remis un rapport la semaine dernière à Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, en espérant voir la pratique se développer ailleurs en France. « Lol est un animal qui interagit sans agir. Il sait se mettre en retrait quand il le faut, se rapprocher des personnes quand ça ne va pas. »

« Lol répond à 53 ordres »

Au départ, le labrador devait essentiellement intervenir sur des affaires à caractère sexuel. Son efficacité lui a permis d’élargir son registre aux « atteintes aux personnes » en général, du vol avec violence aux homicides, et son territoire aux cours d’assises et criminelles. « Lol répond à 53 ordres et il ne prend jamais un mot pour un autre, détaille le procureur de la République cadurcien. Par exemple, quand on lui dit "cool", il s’allonge de toute sa masse contre la victime et ne bouge plus jusqu’à ce qu’on le lui demande. Et parfois, il anticipe… »


Sans rien enlever aux prédispositions du jeune labrador, ses aptitudes doivent beaucoup à sa longue formation, par l’association Handi’Chiens, avec le financement de la fondation Sommer, qui œuvre en faveur de la médiation animale. « Il faut compter de 11 à 18 mois pour former un chien, cela coûte entre 17.000 et 20.000 euros », précise Frédéric Almendros. Dans une portée, il ne doit ni être le meneur, ni être trop timoré, pour pouvoir garder son sang-froid en toutes circonstances, à la manière d’un garde de Buckingham Palace…

Une fois labellisé Assistance Dogs International (ADI), Lol a été confié au Sdis de Cahors. Pas moins de sept pompiers référents ont été formés afin de l’accompagner dès que des enquêteurs requièrent ses services, en liaison avec la branche lotoise de la fédération France Victimes.

Une phase de séparation prévue après le procès

De la première rencontre avec le chien, jusqu’à l’au revoir d’après-procès, forcément déchirant, tout est prévu. « Il y a toujours une phase de séparation quand il s’agit d’un enfant, pour que ce dernier puisse le promener, le faire jouer, reprend le magistrat. On lui remet aussi une petite peluche. » Ainsi le procès pénal, traumatisant au vu des affaires concernées, « se passe le moins mal possible ».


Appuyé par la députée du Lot Huguette Tiegna (LREM), qui a déposé une proposition de loi en ce sens, Frédéric Almendros espère voir le chien d’assistance judiciaire faire son apparition dans la législation française. « De plus en plus, des avocats me sollicitent pour que Lol intervienne. Et d’autres juridictions sont intéressées. »

Egalement sollicité par des universitaires français et belges, le procureur de Cahors imagine « d’ici trois à cinq ans cinq ou six chiens basés par exemple à Brest, en région parisienne, à Strasbourg, à Lyon, à Marseille et dans le centre du pays ». « Ils seraient hébergés par des partenaires institutionnels et pourraient rayonner sur une région ou le territoire d’une cour d’appel. »

Le chien idéal pour les allergiques

Aux Etats-Unis, 250 « courthouse facility dogs » interviennent dans 35 Etats. Toujours des labradors, ou des goldens retrievers, leurs « cousins » velus. Forcément, le côté docile, la taille et la popularité de ces espèces jouent en leur faveur, par rapport à des teckels ou à des dogues argentins. Mais les labradors ont un autre atout caché : « ils font partie des chiens qui développent le moins de protéines allergènes pour l’homme », dévoile Frédéric Almendros. S’il existe un canidé idéal, il ressemble sans doute à Lol et à ses futurs collègues.