La France condamnée par la CEDH pour son traitement des demandeurs d'asile, obligés de dormir dans la rue

DROITS HUMAINS « Les autorités françaises ont manqué (…) à leurs obligations », estime la Cour basée à Strasbourg

20 Minutes avec AFP

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Un policier garde l'entrée de l'ONG France terre d'asile (image d'illustration).
Un policier garde l'entrée de l'ONG France terre d'asile (image d'illustration). — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

C’est la quatrième condamnation de la France en moins d’un mois. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a jugé la France pour les « conditions d’existence inhumaines et dégradantes » dans lesquelles ont vécu trois demandeurs d’asile, contraints de vivre « dans la rue » et « privés de moyens de subsistance ».

« Les autorités françaises ont manqué (…) à leurs obligations » à l’encontre des trois majeurs isolés, afghan, russe et iranien, âgés de 27, 33 et 46 ans et « victimes d’un traitement dégradant témoignant d’un manque de respect pour leur dignité », a estimé dans un communiqué la juridiction basée à Strasbourg. « Elles doivent être tenues pour responsables des conditions dans lesquelles les requérants se sont trouvés pendant des mois, vivant dans la rue, sans ressources, sans accès à des sanitaires, ne disposant d’aucun moyen de subvenir à leurs besoins essentiels et dans l’angoisse permanente d’être attaqués et volés », a pointé la Cour.

Angoisse et désespoir

« Les requérants ont été victimes d’un traitement dégradant témoignant d’un manque de respect pour leur dignité », ajoute la juridiction chargée de veiller au respect des droits de l’Homme au sein des 47 pays du Conseil de l’Europe. Elle observe encore que les trois hommes ont « vécu dans la rue sans ressources financières », ne percevant l’Allocation temporaire d’attente (ATA) qu’après des délais très longs.

Par ailleurs, « avant de pouvoir faire enregistrer leur demande d’asile, ils ont été soumis à des délais pendant lesquels ils n’étaient pas en mesure de justifier de leur statut de demandeur d’asile ». Pour les juges strasbourgeois, « cette situation a suscité chez eux des sentiments de peur, d’angoisse ou d’infériorité, propres à conduire au désespoir ».

Des efforts consentis par la France

La Cour prend toutefois bien soin de « souligner qu’elle est consciente de l’augmentation continue du nombre de demandeurs d’asile depuis 2007 et de la saturation » des structures d’accueil. Elle reconnaît également « les efforts consentis par les autorités françaises pour créer des places d’hébergement supplémentaires et pour raccourcir les délais d’examen des demandes d’asile ».

Toutefois, elle estime que « ces circonstances n’excluent pas que la situation des demandeurs d’asile ait pu être telle qu’elle est susceptible de poser un problème » quant au respect par la France de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (interdiction des traitements inhumains et dégradants). La Cour a donc conclu « à l’unanimité » à la violation de cet article et a notamment alloué 10.000 euros à deux des requérants et 12.000 euros au troisième au titre du dommage moral.