Coronavirus : Roselyne Bachelot vilipende les médecins

COUP DE SANG Devant la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise sanitaire, l’ancienne ministre de la Santé a qualifié le pays « d’infantilisé »

X.M. avec AFP

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L'ancienne ministre de la Santé Roselyne  Bachelot durant son audition devant la commission parlementaire, à Paris le 1er juillet 2020.
L'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot durant son audition devant la commission parlementaire, à Paris le 1er juillet 2020. — Jacques Witt/SIPA

Roselyne Bachelot prend sa revanche. Si l’ancienne ministre de la Santé, entre 2007 et 2010, a assuré qu’elle se garderait « bien de donner des leçons à [ses] successeurs et de juger leurs actions », elle a semblé savourer le moment de son audition le 1er juillet devant la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise du coronavirus.

Il faut dire que celle qui a eu à gérer en 2009 le risque de pandémie de grippe A (H1N1) avait été vilipendée pour avoir trop mis en œuvre le principe de précaution. La pandémie avait l’époque été moins grave que redoutée n’obligeant donc pas à l’utilisation totale des masques et des 94 millions de doses commandées par son ministère.

La question des masques à nouveau

Aujourd’hui c’est toujours la question des masques qui fait débat. Mais cette fois, les députés veulent savoir pourquoi le pays n’en disposait de pas assez lors de l’arrivée du nouveau coronavirus sur le territoire. Alors qu’en avril 2010, le stock atteignait 1 milliard de masques chirurgicaux et 700 millions de masques FFP2, plus protecteurs, début 2020, ces chiffres étaient réduits à 117 millions de masques chirurgicaux pour adultes, 40 millions de masques pédiatriques, et plus aucune réserve de FFP2.

L’heure était donc pour Roselyne Bachelot de montrer sa différence avec le gouvernement actuel sur la question des stocks de masques de protection. « Je suis une tenante de la politique des masques. Ce n’est pas au moment où la pandémie se déclare qu’il faut constituer des stocks », a rappelé l’ancienne ministre.

Mais, surprise, elle a finalement cherché à dédouaner partiellement ses successeurs. Les fautifs seraient plutôt à chercher du côté de l’opinion publique et aussi des médecins. « Les procès dont j’ai fait l’objet, les moqueries, les mises en cause [ont été] d’une telle violence et d’une telle injustice que je peux comprendre les craintes suscitées chez certains de mes successeurs. On s’est dit qu’il y avait plus de risques à en faire trop qu’à en faire pas assez », a-t-elle analysé. Mais, « c’est considérer que l’opinion publique doit faire la politique sanitaire du pays, ce qui n’est pas ma vision », a ajouté Roselyne Bachelot, appelant de ses vœux « la création d’une société résiliente, où chaque citoyen s’empare de sa protection ».

Des médecins sans « masques dans leur cabinet »

Dans son audition, reprise sur Tweeter par la chaîne parlementaire LCP, l’ancienne ministre s’en est surtout prise au corps médical. Parlant d’un pays infantilisé, elle a vivement critiqué les médecins qui n’ont en fait pas pris assez conscience de l’importance des gestes barrières. « Enfin, des médecins qui n’avaient pas de masques dans leur cabinet, qui n’ont pas de blouse ? (…) On attend que le préfet ou le directeur de l’ARS [l’Agence régionale de santé] viennent avec une petite charrette pour porter des masques ? », s’est-elle moquée.

Le gouvernement doit donc souffler, lui qui aurait pu subir les foudres mercredi de Roselyne Bachelot. Il n’est pas certain par contre que les médecins, en première ligne depuis plusieurs mois pour lutter contre la pandémie, apprécieront.