Coronavirus : Didier Raoult accusé de « faux témoignage » par l’AP-HP après son audition par les députés

POLEMIQUE Le patron de l’AP-HP, Martin Hirsch, estime que le professeur marseillais n’a pas dit la vérité concernant le taux de mortalité des établissements parisiens et de la prise en charge du premier mort en France

20 Minutes avec AFP

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Didier Raoult devant la commission d'enquête à l'Assemblée nationale, le 24 juin.
Didier Raoult devant la commission d'enquête à l'Assemblée nationale, le 24 juin. — ISA HARSIN/SIPA

Il n’y était pas allé avec le dos de la cuillère. Gilead, le gouvernement, le conseil scientifique… Lors de son passage devant la commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la crise du coronavirus le 24 juin, Didier Raoult n’avait épargné personne.

Mais la riposte à ces critiques est venue d’ailleurs ce mercredi. « Il me semble essentiel (…) que les travaux de la commission ne puissent être fondés sur des éléments factuellement faux, et que les suites qui s’imposent puissent être données », a expliqué le directeur général de l’AP-HP, Martin Hirsch, dans un courrier adressé à Richard Ferrand.

Le patron de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris estime que certains propos du très médiatique professeur marseillais « semblent s’apparenter à un faux témoignage ».

Martin Hirsch pointe en particulier deux passages de l’audition du patron de l’IHU-Méditerranée. Celui où il évoque une estimation des taux de décès de malades en réanimation, et un autre concernant un patient chinois de 80 ans hospitalisé à Paris fin janvier et décédé mi-février, le premier décès hors d’Asie.

Taux de mortalité

« La mortalité dans les réanimations ici, dans ce travail toujours, est de 43 %. Chez nous, elle est de 16 % », avait indiqué Didier Raoult devant les députés, sans préciser exactement d’où il tirait ces chiffres.

Dans son courrier, Martin Hirsch assure que « nous n’avons aucune donnée qui place à 43 % la mortalité dans les réanimations de l’AP-HP. D’autre part, il n’y a à ce jour aucune étude publiée qui analyse comparativement les taux de mortalité en réanimation, évalués dans des conditions contrôlées, entre les hôpitaux parisiens et marseillais ».

L’entourage du Pr Raoult a renvoyé à des résultats du registre « Réseau européen de recherche en ventilation artificielle » figurant dans un « rapport de la cellule de crise de l’AP-HP du 14 avril ». Daté d’il y a deux mois et demi, période du pic de l’épidémie en France, il indique que le pourcentage de décès en réanimation était alors évalué à 43 % à l’AP-HP et 41 % hors AP-HP.

Le patient chinois n’a pas fait d’aller-retour

Il fait aussi référence à une interview télévisée d’Eric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (AP-HP) qui indique que le taux de mortalité « pour Paris (…), pour les malades en réanimation, je confirme, c’est de l’ordre de 40 % malheureusement. Mais Marseille, je ne sais absolument pas ».

Concernant le patient chinois de 80 ans, Didier Raoult avait indiqué qu’il s’était présenté « à la Pitié-Salpêtrière », était « rentré chez lui », puis était « revenu sept jours après » et était « venu mourir dans un hôpital ».

« Le seul patient chinois de 80 ans auquel peut faire référence le Pr Didier Raoult a été admis le 25 janvier 2020 à l’hôpital européen Georges Pompidou. Il n’a jamais été renvoyé chez lui », a soutenu Martin Hirsch, rappelant que ce patient avait ensuite été transféré « à l’hôpital Bichat, centre national de référence », où sa fille, elle aussi malade, a également été prise en charge avant de guérir.