Coronavirus : « Le monde a besoin de Lourdes et Lourdes a besoin du monde »… Pourquoi le sanctuaire se lance dans le pèlerinage virtuel

RELIGION Habitué à accueillir des millions de personnes chaque année, le sanctuaire de la cité mariale des Pyrénées est très impacté par le Covid-19. Il compte sur l’opération « Lourdes United » pour se relancer

Nicolas Stival

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Des pèlerins devant la grotte de Massabielle, à Lourdes, le 30 mai 2020.
Des pèlerins devant la grotte de Massabielle, à Lourdes, le 30 mai 2020. — Laurent Dard / AFP
  • Avec « Lourdes United », le sanctuaire marial proposera le 16 juillet « le premier e-pèlerinage mondial ».
  • L'événement, doublé d’un appel aux dons, sera retransmis sur des chaînes de télé et des réseaux sociaux dans le monde entier.
  • Ce haut lieu du catholicisme cherche à se relancer alors que la crise du Covid-19 le prive de l’essentiel de ses ressources.

Le coronavirus a réalisé ce que deux guerres mondiales n’étaient pas parvenues à faire : provoquer la fermeture du sanctuaire de Lourdes pendant deux mois, jusqu’au 16 mai. Et les conséquences du Covid-19, entre conditions sanitaires drastiques et restriction des voyages, n’ont pas fini de se faire sentir, bien au-delà de la cité mariale des Hautes-Pyrénées.

« Nous savons que nous allons connaître une saison quasiment blanche, reconnaît Mgr Olivier Ribadeau Dumas, le recteur du sanctuaire rouvert depuis un mois et demi. Les pèlerinages sont annulés les uns après les autres, il n’y en aura pas jusqu’en juillet, et simplement quelques-uns en août » Les grands déplacements collectifs, de France ou de l’étranger, ne sont évidemment pas compensés par les visites individuelles. « Là où d’habitude on peut compter 20.000 personnes par jour, on est à 3.000 » calcule Mgr Ribadeau Dumas.

15 heures de direct dans cinq langues

Aussi, si les fidèles ne viennent pas à Lourdes, c’est Lourdes qui viendra à eux, avec « le premier e-pèlerinage mondial », le 16 juillet. Une date qui correspond à l’anniversaire de la dix-huitième et dernière apparition de la Vierge Marie à la jeune bergère Bernadette Soubirous en 1858, selon la religion catholique. Baptisé « Lourdes United », l’événement consistera à diffuser 15 heures de direct non-stop, sur des chaînes télévisées du monde entier et les réseaux sociaux​, dans cinq langues (français, anglais, espagnol, italien et portugais).

Le recteur Olivier Ribadeau Dumas, rouvre les portes du sanctuaire de Lourdes le 16 mai 2020.
Le recteur Olivier Ribadeau Dumas, rouvre les portes du sanctuaire de Lourdes le 16 mai 2020. - Laurent Ferriere / Sipa

Au programme : des messes, des processions, des temps de prière bien sûr, mais pas que. « De 16 h à 18 h [heure française], une émission télévisée très rythmée sera proposée, explique le recteur du sanctuaire. On parlera de l’histoire du site, des coulisses et il y aura des invités, qui ont été marqués par leur expérience à Lourdes. » Le nom de Gad Elmaleh a été avancé, mais sans plus de détails pour l’heure.

« Lourdes n’est pas uniquement un lieu catholique. C’est l’image du monde d’après, dans lequel les plus pauvres et les plus fragiles sont à la première place, la fraternité a un rôle important et la spiritualité est prise en compte. Le monde a besoin de Lourdes et en même temps, Lourdes a besoin du monde pour pouvoir redémarrer et préparer son avenir. »

En effet, le « e-pèlerinage » du 16 juillet sera également l’occasion d’un très prosaïque appel aux dons. Le sanctuaire s’attend à huit millions de pertes d’exploitation en 2020. « Nous sommes dans une économie de dons, qui repose sur les offrandes des pèlerins sur place », lance le recteur.

« Un euro versé au sanctuaire, c’est 12 euros pour la ville »

Forcément, une faible affluence, malgré un retour espéré pour les vacances des Espagnols et des Italiens, s’accompagne de rentrées d’argent insuffisantes. Le site emploie 320 personnes mais son influence s’étend bien au-delà de la grotte de Massabielle. « Un euro versé au sanctuaire, c’est 12 euros pour la ville, assure l’ancien porte-parole de la Conférence des évêques de France. Si le sanctuaire redémarre, la ville redémarre. »

Les inondations de 2013 avaient porté un rude coup à cette commune d’environ 14.300 habitants, qui affiche la deuxième capacité hôtelière de France après Paris, avec quelque 22.000 lits. Si le Covid-19 fait moins de dégâts apparents, cet ennemi invisible laissera pourtant davantage de traces. « La souffrance et la maladie n’auront pas le dernier mot », martèle Mgr Ribadeau Dumas.