Qui est Claire Hédon, la (très probable) future Défenseure des droits ?

PORTRAIT Ancienne journaliste, la présidente d’ATD-Quart Monde devrait prendre la succession de Jacques Toubon mi-juillet

Delphine Bancaud

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Claire Hédon
Claire Hédon — Rémi Santiard/ATDQM
  • La nomination par l’Elysée de Claire Hédon en tant que Défenseure des droits doit être validée par le Parlement mardi prochain.
  • Actuellement présidente d’ATD-Quart Monde, elle a su prendre la défense des plus précaires et faire entendre sa voix dans le débat public.

Elle était la voix des plus pauvres ces dernières années. Elle sera désormais celle des victimes d’injustices et de discriminations. Claire Hédon, la présidente d’ATD-Quart Monde, va devenir Défenseure des droits si sa proposition de nomination par l’Elysée est validée part le Sénat et l’Assemblée nationale mardi 7 juillet, ce qui devrait être le cas. Une consécration pour cette femme engagée de 57 ans, d’autant qu’elle succédera à Jacques Toubon, qui a brillé à cette fonction, à la fois vigie des libertés publiques et poil à gratter des institutions.

Un nouveau cap qui ne devrait pas effrayer cette fille d’officier de marine, qui a souvent déménagé au gré des affectations paternelles. Ce qui lui a permis d’acquérir très tôt une ouverture d’esprit et une certaine adaptabilité. Un goût pour l’ailleurs qu’elle a ensuite entretenu via des stages aux Etats-Unis et de nombreux voyages professionnels à l’étranger. « C’est très important d’avoir un regard sur le monde », confiait-elle dans un article publié sur le site d’ATD-Quart Monde.

« Elle a une énorme énergie et fait preuve d’une profonde sincérité »

Juriste de formation (elle est titulaire d’une maîtrise de droit à l’université Paris II), Claire Hédon est également diplômée d’un Master en communication. Un double cursus qui lui sera utile à ses nouvelles fonctions. Tout comme son passé de journaliste (à France Bleu, RFI, France Inter) : « Cela explique en partie sa grande capacité d’écoute et son aptitude à mettre à l’aise ses interlocuteurs. Elle est aussi très douée derrière un micro », explique à 20 Minutes Paul Maréchal, délégué national d’ATD-Quart Monde. « Elle a une énorme énergie et fait preuve d’une profonde sincérité. D’où sa capacité à susciter l’attention », abonde Christophe Robert, le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre qui a porté avec elle des combats inter-associatifs. Et mieux vaut être charismatique lorsque l’on dirige cette autorité indépendante, dont les avis sont purement consultatifs. Car pour qu’ils résonnent, il faut savoir les imposer dans le débat public.

Claire Hédon pourra aussi s’appuyer sur son expérience à la tête d’ATD-Quart Monde depuis 2015, « même si là, elle va changer de dimension en pilotant une grosse institution », souligne Christophe Robert. Elle a su imprimer sa marque sur cette association venant en aide aux personnes en situation de très grande pauvreté. Pas « perso » pour deux sous, elle a joué les chefs d’équipe avec brio, souligne Paul Maréchal : « On a tous apprécié sa capacité à animer un travail collectif ».

La première femme à occuper ce poste

« Elle a su faire le pont entre les plus pauvres et les pouvoirs publics. Et a fait avancer plusieurs dossiers comme l’instauration du 21e critère de discrimination, à savoir la "particulière vulnérabilité résultant de leur situation économique", le développement de l’opération "Territoires zéro chômage longue durée", la prise en compte de la voix des plus pauvres pour élaborer les politiques qui leur sont destinées », indique Paul Maréchal. « Ce Mouvement m’a formée, m’a aidée à penser et à agir autrement. Mon souhait est de continuer à porter ce combat : une société plus juste qui ne laisse personne de côté », résume Claire Hédon sur le site de l’association.

Et dans chacun de ses précédents combats, elle a fait preuve de courage et de détermination : « Elle a su se montrer très ferme, mais en gardant toujours une position constructive et ne s’est jamais positionnée sur l’échiquier politique », poursuit Paul Maréchal. « Elle saura faire preuve d’indépendance et assumera son pouvoir d’alerte auprès des institutions, des employeurs, des institutions », renchérit Christophe Robert. « Je partage depuis toujours ses convictions. J’apprécie sa rigueur intellectuelle, son engagement associatif et son intransigeance dans la défense des plus fragiles. Je me réjouis qu’une femme occupe pour la première fois ce poste », souligne aussi Jean-Marc Borello, le président-fondateur du Groupe SOS. Autant d’encouragements dont Claire Hédon aura besoin pour monter au front. D’autant que l’institution croule sous les dossiers et manque de moyens, comme l’a rappelé ce mercredi Jacques Toubon lors de sa dernière conférence de presse.