Coronavirus : Du cidre breton et normand bientôt dans les réservoirs des voitures ?

DES BULLES DANS LE MOTEUR Le confinement a provoqué une baisse des ventes colossale. L’État a accepté qu’une partie des stocks soit méthanisée

Camille Allain

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Illustration de la récolte de pommes à cidre chez un producteur de Bédée en Ille-et-Vilaine.
Illustration de la récolte de pommes à cidre chez un producteur de Bédée en Ille-et-Vilaine. — J. Gicquel / APEI / 20 Minutes
  • Les producteurs de cidre français vont pouvoir transformer 100.000 hectolitres de cidre en bioénergie grâce à la méthanisation.
  • La profession a vu ses ventes chuter avec le confinement et doit faire de la place dans ses cuves pour la nouvelle récolte.
  • Un temps envisagée, la distillation pour fabriquer du gel hydroalcoolique a été abandonnée en raison de l’éloignement des outils de production.

La profession cidricole a subi de plein fouet l’épisode de confinement imposé par l’épidémie de coronavirus. Déjà plombés par un épisode de gel l’an passé, les producteurs espéraient se refaire la cerise en 2020. Mais depuis le mois de mars, la profession voit ses ventes s’effondrer, notamment en raison de la fermeture des crêperies et restaurants. Un coup dur pour les trésoreries mais surtout une source d’inquiétude pour la récolte à venir. Car contrairement aux brasseurs de bière, les cidriers stockent généralement leur production en cuve. A trois mois de la récolte des pommes, les réserves sont bien trop pleines, notamment en Bretagne et en Normandie. Réunie lundi, l’interprofession s’est donc prononcée en faveur d’une grande opération de « dégagement ». Financée par l’État à hauteur de cinq millions d’euros, cette transformation des excédents sera a priori faite par méthanisation et pourrait donc fournir de la bioénergie : de l’électricité, mais aussi du biocarburant pour alimenter les réservoirs des voitures. « Yec’hed mat » (santé !), comme disent les Bretons.

« J’ai perdu 80 % de mon chiffre d’affaires depuis le confinement ». Installé à Surzur, dans le Morbihan, Didier Nicol voit sa cidrerie tourner au ralenti depuis trois mois et demi. « Pendant le confinement, nous avions maintenu la vente directe mais très peu de gens venaient. Le cidre n’a pas été perçu comme une denrée essentielle ». Le patron de la cidrerie Nicol estime qu’il lui faudra éliminer « 15 à 20 % des stocks » pour faire de la place pour la récolte 2020 qui s’annonce « abondante et prometteuse ».

Il n’est pas le seul à être dans cette situation. « On se retrouve avec d’importants stocks. Et contrairement au vin, le cidre ne se garde pas. Il doit être consommé dans l’année », ajoute le bien nommé Nicolas Poirier, producteur de cidre à la distillerie du Gorvello (Morbihan) et président de la Maison cidricole de Bretagne. Doté d’un alambic, lui utilisera une partie de ses pommes pour faire du pommeau, de l’eau-de-vie ou de la fine de Bretagne (une liqueur). La distillation a bien été envisagée par la profession, notamment pour produire du gel hydroalcoolique, mais elle se heurtait à un problème majeur : « la plupart des distilleries sont installées dans le Sud. Et leur agenda est déjà bouclé par les vignerons », explique Laurent Gillet, directeur commercial de la cidrerie Kerisac, installé à Guenrouët, en Loire-Atlantique.

Méthaniser dans l’Ouest, un choix plus écolo

Lundi, celui qui est président du Syndicat national des transformateurs cidricoles s’est rendu à Paris pour y réunir l’interprofession. Cette dernière a validé la proposition du ministère de l’Agriculture de méthaniser 100.000 hectolitres afin de transformer le cidre en bioénergie. « On pourra méthaniser en Bretagne et Normandie. On économise en transport et on limite grandement l’empreinte carbone », ajoute le président du syndicat.

Les deux régions de l’Ouest produisent à elles seules près de 90 % du cidre français et leurs producteurs sont nombreux à attendre ce coup de pouce. Ceux qui sont intéressés par cette campagne de transformation devront déclarer leurs pertes et seront indemnisés à hauteur de 50 euros l’hectolitre par l’État, dans la limite des 100.000 hectolitres au niveau national. « Cinquante euros, ça paye les pommes et la main-d’œuvre », assure Didier Nicol.