Occitanie : Avec trois mois de retard, le gouffre de Padirac retrouve la lumière et ses visiteurs

TOURISME Le célèbre gouffre de Padirac, dans le Lot, rouvre dimanche. Avec énormément de précautions sanitaires adaptées aux contraintes du site, en ces temps de coronavirus

Nicolas Stival

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En 2019, le gouffre de Padirac avait accueilli 503.000 visiteurs, un record pour le site souterrain du Lot.
En 2019, le gouffre de Padirac avait accueilli 503.000 visiteurs, un record pour le site souterrain du Lot. — Rémy Gabalda / AFP
  • L’épidémie de coronavirus a retardé l’ouverture au public du gouffre de Padirac, dans le Lot. Elle aura lieu dimanche, trois mois tout juste après la date initialement prévue.
  • PDG du site, Laëtitia de Ménibus-Gravier fait le point sur la situation de ce joyau de la France souterraine, qui sortait d’une année record avant la crise.

Le 28 juin au lieu du 28 mars. Avec trois mois de retard sur la date espérée, pour cause de Covid-19, le gouffre de Padirac, dans le Lot, ouvre dimanche. Apparemment, le fait de ne pas pouvoir s’enfoncer à 103 m de profondeur, avant de monter dans une barque pour aller admirer la salle du Grand Dôme, a pesé sur les nerfs de certains.

« Les gens ne comprennent pas toujours un tel décalage entre le déconfinement et la réouverture, regrette Laëtitia de Ménibus-Gravier, PDG du site. En me rendant sur place, je me suis même fait insulter. Heureusement, il y a aussi plein de personnes sympas. Il faut comprendre qu’on a géré toutes les difficultés liées aux approvisionnements. Et nous ne sommes pas la seule entreprise à commander des masques et du gel. »

La patronne des lieux regrette aussi un « déconfinement un peu troublé » et des pouvoirs publics pas toujours aussi réactifs qu’elle l’aurait souhaité. Mais désormais, tout est prêt dans l’un des plus fameux sites touristiques d’Occitanie, où l’on descend soit par ascenseur, soit grâce à un escalier de 207 marches.

Masque obligatoire pour les plus de 11 ans

Le masque sera obligatoire pour les plus de 11 ans afin d’avoir le droit de s’infiltrer dans la merveille géologique découverte par Edouard-Alfred Martel en 1889, et exploitée depuis 1898 par la même famille, dont Laëtitia de Ménibus-Gravier, en poste depuis quinze ans, incarne la cinquième génération.

« Il y aura 16 distributeurs à pédales de gel hydroalcoolique, des armoires à ultrason où seront désinfectés les audioguides entre chaque visiteur, une robinetterie électronique dans les toilettes. Les bateliers désinfecteront systématiquement les bateaux, qui pourront accueillir 10 personnes à la fois, comme d’habitude. Et dans les zones d’attente, il y aura un marquage au sol, par groupe de 10. »

Les réservations, avec une amplitude horaire réduite par rapport à la normale, se font uniquement sur Internet : environ 2.000 personnes sont attendues ce dimanche, dans un site qui peut accueillir jusqu’à 8.000 visiteurs les jours de grosse affluence, lors de la première quinzaine d’août. Si les consignes sanitaires restent les mêmes qu’aujourd’hui, il faudra diviser par deux ces chiffres de très haute saison. Autant dire que le record de fréquentation de 2019 (503.000 visiteurs) attendra encore pour être battu.

La visite du gouffre se fait en barque mais aussi à pied.
La visite du gouffre se fait en barque mais aussi à pied. - Béatrice Colin / 20 Minutes

« On ne se fixe pas de chiffre pour 2020, indique Laëtitia de Ménibus-Gravier. Si on ne perd pas d’argent, ce sera formidable mais j’en doute. On va sûrement perdre plusieurs millions d’euros. J’espère surtout que les gens seront respectueux du site et des salariés [environ 140] qu’on essaie de protéger au mieux. »

Des innovations malgré tout

Pour chasser la sinistrose et oublier les événements initialement prévus que le coronavirus a envoyés au fond du lac de la Pluie, le gouffre a voulu innover. Un an après l’expo Doisneau, il sera encore question de photos avec 20 clichés pour présenter les lieux inaccessibles aux badauds, qui parcourent un peu plus de 2 km pendant 1 h 30 alors que la longueur totale des galeries est de 42 km.

En parlant de photo, celle des visiteurs immortalisés sur leur barque, immuable depuis des décennies, a bien failli être supprimée pour la saison. « Qui va l’acheter alors que les personnes dessus sont masquées ? », s’est interrogée la PDG, avant de contourner le problème.

« Les groupes feront la photo sous un chapiteau installé dans notre parc, sans masque puisqu’ils seront en famille. Puis ils choisiront le décor qui sera ajouté derrière : soit l’orifice, soit le bateau, soit les galeries. Ce sera collector. » Une manière de se rappeler dans quelques années combien 2020 a été une année extraordinaire, au sens littéral du terme.