Pendant le confinement, les enfants de 6 à 12 ans ont passé 7 heures par jour derrière les écrans...mais en grande partie à des fins éducatives

ENQUETE C'est ce qui ressort d'une enquête menée par deux chercheuses de Lyon et Paris auprès des classes moyennes

Caroline Girardon

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Les enfants de 6 à 12 ans ont passé en moyenne 7 heures derrière un écran pendant le confinement, selon une étude menée par des chercheuses de l'université Lyon 3 et Paris 8.
Les enfants de 6 à 12 ans ont passé en moyenne 7 heures derrière un écran pendant le confinement, selon une étude menée par des chercheuses de l'université Lyon 3 et Paris 8. — James Veysey/SIPA
  • Selon une étude menée par deux enseignantes des universités Lyon 3 et Paris 8, les enfants de 6 à 12 ans ont passé en moyenne 7 heures par jour derrière un écran pendant le confinement.
  • Une grande partie de ce temps a été consacrée aux activités scolaires et aux usages éducatifs.
  • Les écrans ont également permis de récréer du lien en famille, comme lors des soirées devant la télévision.

Sept heures par jour. C’est en moyenne le temps qu’ont passé les enfants de 6 à 12 ans, derrière un écran pendant la période de confinement. Un chiffre qui émane d'une enquête nationale menée conjointement par Catherine Dessinges et Orélie Desfriches Doria, maîtresses de conférences dans les universités Lyon 3 et Paris 8, et dont les résultats partiels ont été publiés cette semaine.

« Sept heures, c’est un temps d’exposition qui est important. Beaucoup plus que d’habitude, constate d’emblée Catherine Dessinges. En période scolaire, les enfants passent en moyenne une à deux heures par jour derrière un écran. Mais là, nous étions dans un contexte exceptionnel ». Rien d’étonnant en somme. Mais l’enquête pourrait tordre le cou à quelques clichés ou idées reçues.

La TV pour retisser des rituels en famille

« On s’aperçoit que, durant ce temps-là, 4 heures étaient consacrées pour l’école et aux usages récréatifs. Cela veut dire qu’il y a eu une continuité pédagogique. Le deuxième enseignement que nous en tirons est que les écrans ont été beaucoup utilisés à des fins qualitatives et sociales. Ils ont été une interface de communication », expose-t-elle. WhatsApp a permis d’échanger régulièrement avec les proches éloignés. Au même titre que Skype ou Zoom. La télévision, par exemple, a été le moyen de se retrouver en famille. Le mode délinéarisé (replay, streaming ou plateforme qui propose des contenus audiovisuels) a été plébiscité par 80 % des répondants. Bien plus que les chaînes de télévision ordinaires. Elle a permis de « retisser des liens intergénérationnels ».

« Les programmes étaient choisis en famille. Les gens se sont orientés vers des classiques du cinéma français ou de la culture populaire, poursuit Orélie Desfriches Doria. Ce qui a permis d’éduquer et d’accroître la culture des enfants. On a découvert, parmi les réponses, que la plupart des parents prenaient le temps de faire des pauses, d’expliquer à leurs enfants ce qu’ils regardaient, de répondre à leurs questions. » Le visionnage de film en soirée est même (re) devenu un rituel.

L’impact méconnu parmi les classes populaires

« La télévision a été réintroduite au sein des foyers des familles les moins populaires. Auparavant, ces familles étaient souvent éparpillées et distantes en raison de la charge de travail. Mais pendant le confinement, la TV est devenue le fonds commun des conversations alors même que les activités étaient limitées en extérieur, complète Catherine Dessinges. Les soirées derrière l’écran ont été organisées comme des sorties au restaurant, elles sont devenues des moments appréciées ». Et les parents, fortement réticents à l’usage des écrans avant le confinement, auraient revu en majorité leur jugement, d’après les deux consœurs.

Enfin, l’usage des écrans n’a pas empêché d’autres activités culturelles pendant le confinement. Le sport et la lecture sur papier arrivent en seconde position des réponses apportées par les sondés. Une nuance toutefois : l’étude n’inclut pas les classes populaires, qui ont été peu nombreuses à répondre. « Les répondants sont des gens naturellement préoccupés par la place des écrans dans leurs foyers. Il a été beaucoup plus difficile de toucher les classes populaires, qui n’ont pas dans leurs habitudes culturelles de répondre à ce genre de questionnaire », explique Orélie Desfriches Doria. Les deux enseignantes-chercheuses aimeraient poursuivre leur enquête auprès de ces publics-là, en espérant obtenir pour cela plus de moyens. Une enquête toujours disponible ici.