Bretagne : Le food truck d’un chef étoilé sème la zizanie dans le Centre Bretagne

INDIGESTE Plusieurs restaurateurs de Loudéac ont signé une pétition contre le chef Christophe Le Fur, l’accusant de concurrence déloyale

Jérôme Gicquel

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Christophe Le Fur (au centre) a installé son food truck depuis quelques jours à Loudéac.
Christophe Le Fur (au centre) a installé son food truck depuis quelques jours à Loudéac. — Christophe Le Fur
  • A Loudéac dans le Centre Bretagne, l’installation du food truck du chef étoilé Christophe Le Fur fait grincer des dents.
  • Une vingtaine de restaurateurs de la commune se sont regroupés en collectif pour dénoncer une concurrence déloyale.
  • Le chef étoilé réagit aux attaques.

Dans le Centre Bretagne, ça s’écharpe sévère en ce moment pour des burgers. Ceux de Christophe Le Fur en l’occurrence, le chef étoilé du restaurant l’Auberge Grand’Maison à Mûr-de-Bretagne. Comme tous ses collègues, le restaurateur a subi de plein fouet la crise du Covid-19. Alors pour continuer à faire tourner sa boutique, il a eu l’idée pendant le confinement d’ouvrir son food truck gastronomique. « J’ai déjà fait de la street food pour le festival Art Rock à Saint-Brieuc donc je ne partais pas de nulle part », plaide-t-il.

A la mairie de Loudéac (Côtes-d’Armor), son projet a vite séduit les élus qui lui ont délivré une autorisation d’occupation temporaire pour une durée quatre mois. Depuis le 10 juin, Christophe Le Fur gare donc son camion trois midis par semaine sur le site de loisirs Aquarev pour régaler les clients avec ses burgers et ses bowls. Et le concept a très vite séduit. « On vend 200 formules en moyenne chaque midi, ça dépote en cuisine ! », se félicite l’intéressé.

Les restaurateurs demandent au food truck d’aller voir ailleurs

Mais dans la sous-préfecture des Côtes-d’Armor, les autres restaurateurs rigolent beaucoup moins. Réunis au sein du collectif Les restaurateurs solidaires du Pays de Loudéac, ils voient d’un très mauvais œil cette « concurrence » venue de l’extérieur. « Un choc, un tsunami ébranle les restaurateurs du pays de Loudéac déjà asphyxiés par la crise du Covid, dénoncent-ils dans un communiqué. Ils n’ont pas besoin de cela en ce moment, cela est inimaginable. »

Ce n’est le food truck en soi qui les agace. L’idée est même « bonne » selon eux. A condition bien sûr que le camion n’empiète pas sur leurs plates-bandes. « Par définition, un food truck est mobile, pouvant se déplacer de ville. C’est dommage de ne faire profiter que les Loudéaciens », indiquent les restaurateurs en colère, suggérant que le camion sillonne les 41 bourgades de la communauté de communes de Loudéac.

Le chef étoilé visé par des menaces

Pour se faire entendre, ils ont manifesté sur le site d’Aquarev. « Un jour où je n’étais même pas là », ironise Christophe Le Fur, qui ne comprend pas ces plaintes. « On dit qu’il ne se passe rien en Centre Bretagne. Et quand quelqu’un arrive avec un concept innovant et que ça marche, certains viennent pleurnicher. C’est désespérant ! », s’agace le chef étoilé, adressant au passage un tacle bien appuyé à certains de ses opposants. « On a beaucoup entendu ces derniers temps que chacun devait se réinventer. C’est ce que j’ai fait et certains feraient bien d’en faire de même plutôt que de continuer à servir de la cuisine des années 1980 », balance-t-il.

La guéguerre par médias interposés a même pris une tournure plus agressive à en croire Christophe Le Fur. « J’ai été déposer une main courante à la gendarmerie car j’ai reçu des menaces sur les réseaux sociaux », assure-t-il.

Le maire tente de jouer la carte de l’apaisement

Bien embarrassée par cette affaire, la mairie de Loudéac tente de ménager les deux camps. Interrogé sur le sujet jeudi soir lors de la séance du conseil municipal, le maire Bruno Le Bescaut a invité « chacun à faire un pas vers l’autre ». Pour tenter d’apaiser les tensions, il a ainsi demandé à Christophe Le Fur de réduire sa présence à deux midis par semaine sur le site.

Une proposition à laquelle le chef étoilé n’entend visiblement pas se plier. « Je fais du bon boulot et on me demande de partir. Mais je n’en ai pas l’intention car tout mon contrat est en règle », prévient-il. A Loudéac, l’été s’annonce donc épicé en cuisine.