Coronavirus : Brésil, Chine, Inde… L’hydroxychloroquine est-elle recommandée dans ces pays, comme l’affirme Didier Raoult ?

FAKE OFF Selon Didier Raoult, le traitement contre le Covid-19 à base d’hydroxychloroquine est recommandé dans plusieurs grandes puissances mondiales. « 20 Minutes » a vérifié ses affirmations.

Alexis Orsini

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Une boîte d'hydroxychloroquine, au Brésil, le 17 juin 2020.
Une boîte d'hydroxychloroquine, au Brésil, le 17 juin 2020. — Fotoarena/Sipa USA/SIPA
  • Interdite en France depuis la fin mai dans le traitement du Covid-19, l'hydroxychloroquine serait-elle en revanche toujours largement administrée à l'étranger ? 
  • C'est ce qu'a affirmé Didier Raoult sur BFMTV jeudi, listant différents Etats où le traitement controversé qu'il défend serait recommandé par les autorités sanitaires.
  • Chine, Inde, Brésil, Corée du Sud... 20 Minutes a vérifié ce qu'il en était dans les pays cités par le médecin.

Au lendemain de son audition remarquée devant la commission d’enquête sur l’épidémie de coronavirus, Didier Raoult a de nouveau vanté, lors de d'une interview accordée à BFMTV, jeudi 25 juin, l’efficacité de son traitement controversé à base d’hydroxychloroquine contre le Covid-19 - dont l’usage n'est plus autorisé dans ce cadre en France, hors essais cliniques.

Face à Jean-Jacques Bourdin, qui lui demandait « pourquoi ce traitement n’a pas été administré sur toute la planète [s’il est] si efficace », le spécialiste des maladies infectieuses et directeur de l’IHU Méditerranée Infection a entrepris de citer de nombreux exemples à travers le globe : « Il y a 4,5 milliards de personnes dans le monde qui vivent dans des pays où l’hydroxychloroquine est recommandée pour le traitement du Covid. […] Au Brésil, aux Etats-Unis, en Chine, en Inde, en Corée. » Avant de nuancer : « Aux Etats-Unis, elle n’est pas recommandée de manière générale. »

« En Inde, en Chine, dans tout l’Extrême-Orient, dans tous les pays du Maghreb, la moitié des pays d’Afrique noire, une grande partie de l’Amérique du Sud… Quand vous comptez tout ça, ça fait 4,5 milliards de gens », concluait enfin Didier Raoult.

L’argument n’est pas nouveau : fin mars, déjà, le directeur de l’IHU Méditerranée Infection avait partagé, sur Twitter, une liste des pays ayant « intégré l’hydroxychloroquine ou la chloroquine dans leurs recommandations » – que nous avions alors vérifiée.

Trois mois après, la situation a toutefois évolué au niveau mondial, certains Etats ayant un temps recouru à l’hydroxychloroquine contre le coronavirus avant de faire machine arrière, au gré des études remettant en cause son efficacité – quand la fiabilité de ces études, comme celle de The Lancet, n’était pas elle-même remise en question. 20 Minutes fait le point. 

FAKE OFF

En Inde, qui compte 1,4 milliard d’habitants, l’hydroxychloroquine figure bien parmi les mesures de lutte contre le Covid-19 formulées par le Conseil de recherche médicale, dépendant du ministère de la Santé. Une recommandation en date du 22 mai confirme en effet celle publiée fin mars pour préconiser l’usage de l’hydroxychloroquine à titre préventif, et non pas pour les personnes contaminées – contrairement au traitement préconisé par Didier Raoult.

Le document évoque en outre, comme population cible, des personnes asymptomatiques appartenant au personnel de santé, aux forces de l’ordre (déployées dans des clusters) ou à certains foyers, dans lesquels elles sont entrées avec des personnes contaminées par le Covid-19. Par ailleurs, depuis le début de la pandémie, l’Inde a  pourvu en hydroxychloroquine de nombreux pays – notamment d’Afrique subsaharienne, où le médicament est utilisé de longue date contre le paludisme .

Un protocole maintenu au Brésil mais abandonné par les autorités sanitaires américaines

Le Brésil n’a pas non plus abandonné son protocole lié à l’hydroxychloroquine malgré les études contestant son efficacité. Le ministère de la Santé du pays aux plus de 200 millions d’habitants précise ainsi que ce médicament peut être prescrit par les médecins pour « les cas bénins » de Covid-19, dès l’apparition des premiers symptômes – à condition d’obtenir  le consentement dûment déclaré des patients concernés. Le gouvernement de Jair Bolsonaro a en outre reçu deux millions de doses d’hydroxychloroquine des Etats-Unis, fin mai.

En revanche, comme le notait bien Didier Raoult face à Jean-Jacques Bourdin, le médicament n’est plus recommandé de « manière générale » au pays de l'oncle Sam. Mi-juin, les autorités sanitaires américaines ont retiré l’autorisation de l’utiliser en urgence qui était en vigueur jusque-là – Donald Trump ayant notamment défendu son efficacité.

« Il n’est plus raisonnable de croire que l’administration par voie orale d’hydroxychloroquine et de chloroquine soit efficace dans le traitement du Covid-19. Il n’est pas non plus raisonnable de croire que les bénéfices connus et potentiels de ces produits dépassent leur risque connu et potentiel », expliquait la responsable scientifique de l’Agence américaine du médicament (FDA) Denise Hinton.

De son côté, la Chine fait mention du phosphate de chloroquine dans son « protocole clinique pour le diagnostic et le traitement du Covid-19 ».Cette forme de chloroquine – qui peut servir à fabriquer de l’hydroxychloroquine – y figure en effet depuis février dernier

Enfin, si des médecins avaient bien recommandé l’usage de l’hydroxychloroquine en Corée du Sud dès le mois de mars, le protocole de traitement du Covid-19 vient d’y être révisé. Et elle ne figure plus parmi ses préconisations, les autorités sanitaires lui préférant désormais le remdesivir.