Avignon : « On va augmenter les prix de nos chambres de 500 % sur Booking », des hôteliers en colère contre la plateforme de réservation

INTERVIEW Patrick Mounier, président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie de Vaucluse, mène une fronde contre la plateforme de réservation Booking avec une vingtaine d’hôteliers

Adrien Max

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Patrick Mounier, président de l'Umih Vaucluse, mène la fronde contre «Booking».
Patrick Mounier, président de l'Umih Vaucluse, mène la fronde contre «Booking». — Umih 84
  • L’Umih mène une fronde contre Booking, une vingtaine d’hôtels vont augmenter le prix de leurs chambres jusqu’à 500 % du 10 au 17 juillet.
  • Ils protestent contre les commissions prises par Booking, notamment en cette période de crise du Covid-19.

La colère monte chez les hôteliers de France, et plus particulièrement chez ceux d'Avignon. Le président de l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) de Vaucluse, Patrick Mounier, mène la fronde contre la plateforme de réservation en ligne Booking avec une vingtaine d’hôteliers d’Avignon. Ils s’opposent principalement aux commissions « à la tête du client » et souhaitent « sensibiliser » les clients.

Pourquoi êtes-vous en colère contre Booking ?

Booking a pris les hôteliers en otage en leur imposant des commissions que l’on juge démesurées. Elles ne sont pas au fait de la réalité numérique, ils les ont fixés à une époque où ils le faisaient un peu à la tête du client. Elles oscillent entre 13 et 25 % selon les hôtels, c’est la raison pour laquelle on est en colère depuis un moment. On avait déjà essayé de faire des actions mais c’est toujours tombé à l’eau.

Pourquoi aller jusqu’au bout cette fois ?

Pendant le Covid-19 et le confinement, Booking a obligé certains hôteliers à rembourser des réservations non modulables. De base, les hôteliers étaient favorables à procéder à certains remboursements mais vu la situation difficile, cette obligation tombe mal. Umih nationale a écrit à Booking, ils n’ont jamais répondu. Ils ont seulement eu une visioconférence, et Booking les a envoyés dans les roses.

Que réclamez-vous ?

On demande une baisse des commissions à 5 % au moins pour cet été, la période s’annonce déjà très compliquée avec le Covid-19. Cela nous permettrait de nous mettre tous autour de la table pour ouvrir des négociations pour la suite.

Vivez-vous la même situation avec d’autres plateformes de réservation ?

Nous avons également sollicité Expédia, et eux nous ont répondu. Des discussions ont été entamées. Le Bon Coin vient également de créer une plateforme de réservation pour l’hôtellerie. Ils ont choisi de n’appliquer aucune commission jusqu’au 31 décembre et elles seront inférieures à 10 % pour la suite.

Quelle action comptez vous mener pour vous faire entendre ?

La plateforme Booking travaille sur des territoires, ce qui nous empêche de mener une action nationale. Il y en a déjà eu à Ajaccio, et d’autres sont prévues à Cannes. Ici à Avignon, une vingtaine d’hôtels vont augmenter les prix de nos chambres de 300, 400 voire 500 % sur la plateforme booking entre le 10 et le 17 juillet. Le client va se dire, il y a quelque chose qui ne va pas avec Booking, il pourra se rediriger vers d’autres plateformes ou directement chez nous. On accepte de prendre le risque qu’il parte ailleurs, on veut faire plier Booking.

Est-ce aussi un moyen de sensibiliser vos clients ?

On va mettre en place des actions médiatiques pour réapprendre aux gens à réserver, pour qu’ils ne passent plus forcément par des plateformes de réservation. Quand ils réservent une nuit sur Booking à 120 €, nous ne touchons même pas 100 €, alors que le client pourrait l’avoir à 100 € en réservant directement chez nous. Il faut que les clients aient conscience qu’en réservant sur Booking ils donnent plus de 20 € à une entreprise qui n’a pas de siège social en France, et qui n’y paie pas d’impôts.