Coronavirus : Le débat sur l’hydroxychloroquine s’invite jusque dans des copies d’examen à Marseille

FAKE OFF Des étudiants en pharmacie ont planché sur une ordonnance fictive dans laquelle figurait, entre autres, l’hydroxychloroquine. Le professeur, qui a cosigné des études avec Didier Raoult, explique à « 20 Minutes » pourquoi il a donné ce sujet

Mathilde Cousin

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Des étudiants en pharmacie à Marseille ont planché sur une ordonnance fictive qui contenait notamment une prescription d'hydroxychloroquine. (Illustration)
Des étudiants en pharmacie à Marseille ont planché sur une ordonnance fictive qui contenait notamment une prescription d'hydroxychloroquine. (Illustration) — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Des étudiants en dernière année de pharmacie ont planché sur une ordonnance fictive, mardi à Marseille. Une patiente s’y voyait notamment prescrire de l’hydroxychloroquine.
  • Le sujet a été révélé par le compte Twitter de La Tronche en biais, une chaîne YouTube consacrée à l’esprit critique et aux biais cognitifs.
  • Stéphane Honoré, qui a proposé le sujet aux étudiants, a cosigné des études avec le professeur Raoult. Le professeur de pharmacie explique avoir voulu confronter les étudiants à un exercice de refus d’ordonnance.

Dans la ville du professeur Didier Raoult, des étudiants ont été invités à plancher sur une ordonnance dans laquelle figurait de l' hydroxychloroquine, comme l’a dévoilé le compte Twitter de La Tronche en biais, une chaîne YouTube consacrée à l’esprit critique et aux biais cognitifs. Les étudiants en sixième année de la faculté de pharmacie d’Aix- Marseille ont été invités mardi à commenter une ordonnance fictive. Sur celle-ci, une patiente se voyait prescrire des comprimés de Plaquénil (hydroxychloroquine), ainsi que de l’azithromycine et de l’effizinc.

Didier Raoult, le controversé patron de l’IHU Méditerranée Infection, a publié des travaux sur l’association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine pour traiter les patients atteints de Covid-19. L’efficacité de ce traitement n'est pas prouvée à ce jour. Sur Twitter, Acermendax, l’un des animateurs de La Tronche en Biais, s’interroge sur la « pression exercée sur les étudiants » avec ce sujet.

Le sujet a été proposé par Stéphane Honoré, président de la société française de la pharmacie clinique et professeur à la faculté. Il exerce également à l’hôpital de la Timone de Marseille et a cosigné certaines des publications de Didier Raoult, qui dirige l’IHU. La pharmacie de la Timone « dessert les lits qui sont à l’IHU », explique Stéphane Honoré à 20 Minutes. « Si j’ai participé aux études, c’est en fournissant des données de la pharmacie. Je n’ai pas rédigé d’articles. »

L’enseignant confirme être à l’origine du sujet d’examen. Le commentaire d’ordonnances est un exercice « assez classique », souligne Stéphane Honoré. Il s’agit de vérifier la capacité des étudiants à analyser une ordonnance sur le fond aussi bien que sur la forme. Ils doivent ainsi par exemple vérifier la conformité de la prescription ou repérer d’éventuelles interactions entre molécules ou contre-indications.

Cet exercice s’inscrit dans le cadre de l’examen de stage de dernière année, rappelle Stéphane Honoré. « Ces étudiants ont été confrontés pendant leur stage au Covid. En ayant discuté avec les maîtres de stage et le conseil de l’ordre, il y a eu pas mal de cas de ce type [comme décrit sur l’ordonnance fictive] qui ont circulé dans la région. »

L’idée, ici, était de montrer que l’ordonnance ne pouvait pas être délivrée à la patiente. « Pour moi, c’était le meilleur exercice pour leur faire refuser une ordonnance », confie le professeur.

Expliquer pour l’ordonnance n’est pas valide

Plusieurs éléments avaient en effet pour but d’alerter les étudiants sur ce document. En premier lieu, le décret du 25 mars, qui interdisait la prescription de l’hydroxychloroquine en ville, « interdisait aux étudiants de dispenser cette ordonnance fictive datée du 20 avril », détaille Stéphane Honoré.

Les futurs pharmaciens devaient expliquer que l’ordonnance n’était pas valide, puis que la pharmacie refusait la dispensation. Ils devaient ensuite rappeler que le pharmacien devait contacter le médecin prescripteur puis prodiguer des conseils au patient, détaille à 20 Minutes un porte-parole de la faculté de pharmacie.

« On a toujours dit aux étudiants de respecter les recommandations »

Le professeur comprend toutefois que des étudiants aient été interpellés par l’énoncé. « Je ne souhaite pas transmettre la polémique [au sujet de l’hydroxychloroquine] à mes élèves », se défend-il. Stéphane Honoré a constaté, dans les copies qu’il a consultées, que les étudiants ont développé le bon argumentaire. « On leur a toujours dit de respecter les recommandations des tutelles, de l’ordre, des sociétés savantes, ainsi que des décrets », appuie-t-il.

Un représentant de la faculté précise toutefois que la question pourrait être neutralisée pour les étudiants, après l’apparition de la polémique sur les réseaux sociaux.