Attentat de Nice : Le renvoi probable de neuf personnes aux assises, « une étape pour se reconstruire », confie une victime

JUSTICE Cette réquisition est une première étape pour les uns mais témoigne d'une instruction insuffisante pour les autres

Olfa Ayed

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Des objets ont été disposés sur la promenade des Anglais pour rendre hommage aux victimes de l'attentat de Nice, le 19 juillet 2016.
Des objets ont été disposés sur la promenade des Anglais pour rendre hommage aux victimes de l'attentat de Nice, le 19 juillet 2016. — AFP
  • Plus d’un mois après la fin de l’investigation des juges antiterroristes dans le cadre de l’attentat de Nice, le parquet a dévoilé ses réquisitions. Il demande le renvoi aux assises des neuf suspects.
  • La décision finale d’un procès à la cour d’assises sera prise par les juges.
  • L’attentat de Nice survenu le jour de la Fête nationale, le 14 juillet 2016, avait fait 86 morts et plus de 400 blessés.

« C’est une étape pour se reconstruire, pour moi et pour les autres », confie Jean-Claude Hubler, président de l’association de victimes de l'attentat de Nice, Life for Nice. Celui qui se décrit comme une « victime psychologique » de cette attaque terroriste réagit à la demande du Parquet national antiterroriste (Pnat), annoncée ce mardi matin, de renvoyer neuf suspects en assises.

« Après le passage du camion, je suis resté trois heures sur place à côté des victimes », raconte-t-il. Le 14 juillet 2016, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel fonce sur la foule venue profiter du feu d’artifice de la Fête nationale sur la Promenade des Anglais. L’assaillant a été abattu par les forces de l’ordre au volant de l’engin de location ce soir-là. Au total, 86 personnes sont mortes et plus de 400 personnes ont été blessées.

« On reste prudents et précautionneux »

La réquisition du parquet sera examinée, et la décision finale appartient aux juges d’instruction, qui confirmeront ou non ce procès aux assises. Une étape positive dans la procédure judiciaire, selon Sophia Seco, de la Fenvac, principale association de victimes en France, même si « la prudence » est de mise : « Nous sommes plutôt dans l’expectative de la décision de la juridiction finale. Sur le fond, on reste prudents et précautionneux parce qu’on n’est pas à l’abri de la correctionnalisation ».

Une option qui reviendrait à minimiser les faits reprochés. « Sortir de l’enceinte d’une cour d’assises, c’est réduire l’écho de l’affaire alors que la cour d’assises sacralise les faits pour les victimes », explique Sophie Seco.

« Une carence dans l’instruction »

Du côté de l’avocat en charge des dossiers de l’association Promenade des Anges, Jérémie Assous, ces réquisitions ne sont pas une surprise mais « exactement celles annoncées par les juges d’instructions il y a plus d’un an ».

Il pointe cependant du doigt une « carence dans l’instruction » : « Elle aurait pu démontrer la responsabilité des autorités administratives et municipales dans les conséquences de cet attentat ». « Comment se fait-il qu’elles n’aient pas pris la décision que d’autres municipalités prenaient à ce moment-là ? Dans la mise en place de plots ? Nous étions après le 13 novembre ! ».

La sécurité sur la promenade des Anglais ce soir-là avait, en effet, fait l’objet d’une très vive polémique durant l’été 2016. Et d’une enquête. Une instruction est en effet toujours en cours à Nice sur le dispositif en place ce soir-là. Les investigations n’ont pas amené de mise en examen, laissant ouverte la possibilité d’un non-lieu.