Affaire Cédric Chouviat : « M. Macron, il faut interdire la clé d’étranglement sinon vous êtes un meurtrier »

VIOLENCES POLICIERES Cédric Chouviat, livreur de 42 ans, est décédé deux jours après son interpellation. Sur les enregistrements vidéos et audios, l’homme a indiqué à sept reprises qu’il était en train d’étouffer

Caroline Politi
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Affaire Cédric Chouviat : « On ne comprend pas pourquoi la clé d'étranglement n'est toujours pas interdite» demande sa fille — 20 Minutes
  • La famille de la victime appelle le gouvernement à mettre un terme à la clé d’étranglement une technique policière controversée.
  • L’analyse des vidéos a permis de mettre en lumière que Cédric Chouviat avait répété à sept reprises « J’étouffe ».
  • Les policiers ont été entendus sous le régime de la garde à vue.

D’une voix claire, Sofia Chouviat prend la parole devant la foule de journalistes entassés dans le bureau d’un de ses avocats. Cinq mois après la mort de son père, Cédric, un livreur de 42 ans victime d’un malaise cardiaque à la suite de son interpellation, la jeune femme a des questions. Deux exactement, directement adressées au président de la République. « Avec mes frères et sœurs, on ne comprend toujours pas pourquoi les quatre policiers qui ont tué mon père n’ont pas été suspendus, pourquoi la technique d’intervention n’a toujours pas été interdite. » Lors de cette conférence de presse, organisée ce mardi, les proches de ce père de cinq enfants ont appelé « solennellement » Emmanuel Macron à interdire la clé d’étranglement, une pratique légale mais controversée.

Les premiers éléments de l’autopsie avaient dévoilé dès janvier que Cédric Chouviat était décédé d’une « asphyxie » liée à une fracture du larynx​. L’analyse de treize vidéos – dont neuf réalisées par le livreur lui-même – versées au dossier fin mars a permis de reconstituer ce qui n’était à l’origine qu’un banal contrôle routier. Dans leurs conclusions, révélées lundi par Le Monde et Médiapart et que 20 Minutes a pu consulter, les experts de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale note que cet échange qui dure 12 minutes « est relativement correct, même si nous pouvons ressentir une forme de “provocation” ou de “défiance” dans les paroles de la personne contrôlée ». A plusieurs reprises, Cédric Chouviat qualifie les policiers de « clowns » ou « pauvres types ». Lorsqu’il demande à un des fonctionnaires de lui dire « s’il te plaît », ce dernier n’est guère plus courtois. « Vous croyez que je vais me mettre à quatre pattes je vais vous sucer la bite aussi », lui répond-il.

« J’étouffe », une supplique prononcée à sept reprises

La discussion prend un nouveau tournant au bout de 11 minutes et 23 secondes lorsqu’un des policiers décide de l’interpeller. La scène, indiquent les militaires, ne dure que 22 secondes mais à sept reprises Cédric Chouviat répètera « J’étouffe » sans que les fonctionnaires réagissent. Victime d’un malaise cardiaque, il décédera deux jours plus tard à l’hôpital. Les policiers, selon leurs avocats, n’ont pas entendu la victime appeler à l’aide. « S’ils avaient entendu ces propos, évidemment ils se seraient aussitôt arrêtés de lutter », a indiqué sur LCI Me Thibaut de Montbrial. Dans son rapport, l’expert note que ces mots ont peut-être été captés par le micro du casque de la victime, ce qui induit qu’ils auraient pu être prononcés à voix basse. « On n’a laissé aucune chance à mon fils, il est mort sur le pavé de Paris, au pied de la tour Eiffel », s’est indigné le père de la victime avant d’interpeller le président à son tour. « M. Macron, il faut interdire la clé d’étranglement sinon vous êtes un meurtrier. »

Début juin le ministre de l’Intérieur avait annoncé lors d’une conférence de presse que cette technique policière allait être abandonnée. Mais quelques jours plus tard, Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale, informait dans une courte note ses équipes que la clé d’étranglement, qui permet d’interpeller un individu opposant de la résistance en exerçant une pression au niveau du cou, pourrait finalement être utilisée « avec discernement » jusqu’au 1er septembre, en attendant la définition d’une méthode alternative. « Pour Cédric, c’est trop tard, mais je pense que c’est une belle opportunité pour le gouvernement de se mettre autour de la table », a insisté sa veuve, Doria Chouviat, appelant le gouvernement à se « nourrir de ses erreurs ».

La famille demande la requalification des faits

« Il y a un effet paradoxal et pervers du plaquage ventral, analyse Me William Bourdon, l’un des avocats de la famille, quand on met quelqu’un au sol il se débat car il suffoque et […] les policiers, pris dans la mécanique de l’obsession de l’immobilisation, font de façon insensée l’inverse de ce qu’ils devraient faire » et s’acharnent au lieu de relâcher la pression. Mercredi dernier, les quatre policiers impliqués dans la mort du quadragénaire ont été placés en garde à vue. Longuement entendu par l’IGPN, en charge de l’enquête, ils pourraient être convoqués début juillet en vue d’une éventuelle mise en examen.

La famille réclame une requalification des faits d’« homicide involontaire » en « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », passible des assises. Si Me Arié Alimi, autre avocat de la famille, a salué le « travail colossal » des juges d’instruction, il a déploré la « pression très importante », notamment de la part des syndicats de police, sur le gouvernement. « Ils ne devraient pas demander aux pouvoirs publics de revenir sur des techniques qui tuent chaque jour », s’insurge le conseil.