Coronavirus : Ils se sentent « pestiférés », discothèques, DJ’s et clubs libertins manifestent ce mercredi

RESTRICTIONS Des acteurs du monde de la nuit ont décidé de manifester ce mercredi à Albi (Tarn) pour demander la réouverture de leurs établissements

Béatrice Colin

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Illustration d'une soirée en discothèque.
Illustration d'une soirée en discothèque. — 453169 / Pixabay
  • Le monde de la nuit se mobilise après l’annonce d’une réouverture des établissements uniquement en septembre.
  • Dans le Tarn, à l’initiative d’un DJ, les discothèques mais aussi clubs libertins et autres acteurs de la nuit manifestent ce mercredi à 14 heures pour dénoncer des restrictions.

« Est-ce qu’ils veulent la mort du monde de la nuit ? Les loyers continuent à tomber, les charges aussi et des établissements vont plier boutique », déplore Christophe Doumerc. Depuis 24 ans, il tient le Hot Club, une discothèque libertine installée en région toulousaine et depuis mi-mars, la crise du coronavirus a mis un coup d’arrêt à son activité.

Comme de nombreux acteurs du secteur, il sera ce mercredi présent à la manifestation organisée à Albi, un événement baptisé pour l’occasion « les griffes de la nuit ».

Alors que les cafés et restaurants ont rouvert depuis trois semaines, que les cinémas viennent de rallumer leurs salles obscures, les discothèques elles devront attendre septembre. De quoi susciter une vague de colère chez ces professionnels qui emploient près de 43.000 salariés.

« Nous sommes les derniers de l’échelle du déconfinement. On peut comprendre la question des gestes barrières, mais quand on voit ce qui s’est passé à la Fête de la musique, c’est une aberration, il y a deux poids deux mesures », poursuit Christophe Doumerc.

Pour ce spécialiste de la nuit, la fermeture de leurs établissements est à l’origine d’un autre phénomène : la présence de jeunes très alcoolisés sur la voie publique alors que d’habitude ces derniers se retrouvent en boîte de nuit, « dans des endroits surveillés et cadrés ».

Un sentiment partagé par Jymmy Santovito. Ce DJ est à l’origine de la manifestation qui se tiendra ce mercredi à Albi, tandis qu’à Paris le même jour des acteurs de la nuit et des députés ont rendez-vous dans la plus vieille discothèque de Paris pour parler de la survie du secteur.

En Haute-Vienne, une pétition sur change.org appelant au soutien de la population a été lancée.

Changer l’image de la profession

« Certains disent, les discothèques sont fermées, c’est moins d’alcool et moins de morts. C’est faux, en discothèque ils sont freinés par le prix des bouteilles, là ils se défoncent la gueule avec des bouteilles sur les berges de la Garonne. Et je vous dis cet été au Cap d’Agde, quand il va falloir gérer tous ces gens qui à 2 heures du matin n’auront plus de clubs où aller », déplore Jim X, de son nom de scène.

Ce dernier ne comprend pas comment le ministre de la Santé, Olivier Véran, a pu demander aux établissements de nuit de se convertir en bars. « C’est quoi la différence entre les deux. Moi je devais faire animer une fête de village samedi avec 200 personnes, où est l’équité avec les soirées privées où s’entassent près de 500 personnes. On est des pestiférés, à croire qu’on sert des shooters de coronavirus alors que nous sommes des professionnels », peste le DJ qui craint que les fêtes de village soient aussi toutes annulées au cours des mois de juillet et août.

Son frère, qui pratique le même métier que lui, a vu son carnet de soirées amputé de 50 dates cet été. Tous espèrent que la levée de l’état d’urgence sanitaire permettra de trouver des failles dans le système pour que des maires et préfets autorisent certains lieux à rouvrir.

Pour Jymmy Santovito, le secteur pâtit certainement de sa mauvaise image ou de préjugés. « Ce n’est pas parce que certaines discothèques affichent complets le soir qu’ils se gavent. Beaucoup de clubs n’ont pas de trésorerie », poursuit l’organisateur qui espère démontrer le rôle de ces lieux aujourd’hui encore confinés.