L’Assemblée vote en faveur de « mesures de sûreté » pour les terroristes sortant de prison

PROPOSITION DE LOI Le groupe LFI a voté contre ce qu’il voit comme une « fuite en avant », alors que les députés LREM, LR et UDI ont voté en faveur du texte

20 Minutes avec AFP

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Des députés à l'Assemblée nationale, le 16 juin 2020.
Des députés à l'Assemblée nationale, le 16 juin 2020. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Les personnes condamnées pour terrorisme devront désormais respecter des « mesures de sûreté » après la fin de leur peine. Cette proposition de loi controversée de députés LREM a été votée à l’Assemblée nationale dans la nuit de lundi à mardi.

L’autorité judiciaire pourra imposer durant cinq ou dix ans à ces personnes l’obligation de répondre aux convocations du juge d’application des peines, d’établir sa résidence en un lieu déterminé, des interdictions d’entrer en relation et de paraître dans certains lieux, et encore l’obligation de pointage ainsi que, sous réserve de l’accord de la personne, le port du bracelet électronique.

150 détenus concernés d'ici à trois ans

Comme les élus MoDem, la ministre de la Justice Nicole Belloubet s’est prononcée contre le bracelet, « mesure la plus attentatoire à la liberté » parmi cet arsenal. Mais les « marcheurs », dont l’ancien patron du Raid Jean-Michel Fauvergue, ont jugé le bracelet « incontournable » et ont prévu qu’il permette de réduire le pointage à une fois par semaine.

A l’issue d’âpres débats, les députés LREM, LR et UDI ont voté l’ensemble de cette proposition de loi en faveur de « la sécurité des Français », le groupe LFI contre ce qu’il voit comme une « fuite en avant » et « un semblant de peine » pour ces terroristes sortis de détention. Socialistes et communistes se sont eux abstenus sur un texte « dangereux par rapport aux principes fondateurs du droit ».

« La menace est de plus en plus endogène » : « des personnes condamnées pour des faits de terrorisme vont sortir de prison », environ 150 dans les trois prochaines années, dont « certains sont encore très dangereux », a expliqué Yaël Braun-Pivet, présidente LREM de la commission des Lois. « Or nous n’avons pas tous les outils nécessaires pour assurer leur suivi ».

Possible convergence des sénateurs et députés

Ces personnes « ont été condamnées dans les années 2010 très souvent pour des délits », d’où ces « sorties sèches », sans « accompagnement judiciaire » mais avec toutefois une année possible de contrôle administratif, selon l’autre auteur de la proposition de loi, Raphaël Gauvain. Les peines pour terrorisme n’ont été durcies qu’en 2016 après la vague d’attentats sur le sol français.

Nicole Belloubet a globalement soutenu la proposition LREM, tout en mettant en avant un « impérieux besoin d’équilibre » : pas question « d’instaurer une quelconque forme de justice prédictive », sur la base d’un « simple soupçon » quant à la dangerosité de la personne. La garde des Sceaux a rappelé que 514 personnes sont détenues pour des faits de terrorisme islamiste, et 760 autres sont des détenus de droit commun « susceptibles d’être radicalisés ». Le texte doit être rapidement examiné par le Sénat, en vue d’une adoption définitive d’ici fin juillet. Des sénateurs emmenés par Philippe Bas (LR) ont déposé une proposition de loi similaire en mars, laissant augurer une convergence entre les deux chambres.