Coronavirus : « Je n’ai pas réussi à résister à la tentation de faire un câlin »… Ils ont abandonné les gestes barrières

BISOUS Malgré un virus toujours en circulation, certains ont décidé d'enlacer à nouveau leurs proches

Pierre Cloix

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La tentation peut parfois être grande
La tentation peut parfois être grande — UGO AMEZ/SIPA

Depuis le début du déconfinement, ça a déjà dû vous arriver : vous retrouvez des amis, l’un d’entre eux s’approche dangereusement et entame le rituel séculaire (et bien français) qu’est la « bise ». Pris au dépourvu, goutte de sueur sur le front, vous avez refusé poliment au dernier moment, ou vous vous êtes exécuté à contrecœur. Mais, en ce mois de juin, certains ont pris une autre décision : celle de lâcher complètement la bride.

Nous avions demandé à nos internautes ayant opté pour cette troisième option la raison pour laquelle ils ont abandonné les gestes barrières, malgré les risques. Et, de leurs témoignages, c’est un besoin viscéral de proximité, de contact humain, qui ressort.

«Ce n’est pas par rébellion»

Parmi eux, Sandrine est catégorique : « Plus de gestes barrières, sauf dans les endroits où il n’y a pas le choix, car je pense que le Covid a éloigné les gens de notre vie d’avant. » Et cette « vie d’avant », c’en est une « où les sourires se voyaient, les embrassades, etc. Certes, le virus est toujours présent, mais vaut-il mieux mourir (ou pas) du Covid sans avoir profité, ou profiter et mourir (ou pas) du Covid ? Pour moi, le choix est fait… », conclut-elle. Nadège a pris la même décision : « Ce n’est pas par rébellion. Mais si je ne me colle à personne, pourquoi m’imposer cela ? Nous ne sommes pas malades. On ne transmettra rien. Les bisous ? Impossible de ne pas les faire. On n’efface pas une vie en un claquement de doigt », tente-t-elle d’expliquer.

Patricia souffre d’une maladie auto-immune, mais a tout de même décidé de se passer des gestes barrières : « J’ai lâché toutes les mesures anti-Covid alors que je les avais strictement respectées pendant tout le confinement » explique-t-elle, principalement pour les possibles effets psychiques que pourrait provoquer cette distanciation. Pour elle, chacun va souffrir « d’être seul, de perdre son travail, de perdre les petits bonheurs, les escapades, le fait d’être avec l’autre, son humanité… Il faut stopper tout ça, c’est juste devenu ridicule. »

Une question de consentement

Toutefois, parmi ce flot de messages débordant d’affection, un autre paramètre, plus mesuré, revient. C’est celui du consentement : « Moi je pose toujours la question, pour savoir si la personne veut respecter les distances ou s’en moque. Si elle dit « ok », je ne les respectent pas. Je n’ai pas réussi à résister à la tentation de faire un câlin. C’est égoïste, mais ça fait un bien fou après deux mois de confinement. Je voulais vivre le moment présent. », explique Sofiane. Comme lui, Natacha préfère s’assurer de l’état d’esprit dans lequel se trouve son interlocuteur : « J’ai décidé de respecter les gestes barrières seulement par respect pour les personnes qui préfèrent les conserver. Je demande avant de faire la bise ou de serrer une main si la personne est d’accord ». Globalement ces lecteurs, comme Mathieu, veulent retrouver la proximité « d’avant » : « Il est temps de profiter des contacts et échanges perdus. Cela passe, bien sûr, par plus de liberté, en ignorant ces gestes barrières et distanciations communes. » Mais, puisque la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres, « en respectant ceux qui veulent les maintenir autant que possible. »

L’exception des personnes « fragiles »

Enfin, même pour celles et ceux déterminés à s’enlacer, il y a quelque chose qui n’est pas loin de faire l’unanimité : c’est le principe de précaution envers les personnes dites « à risque ». Les témoignages similaires à celui de Jessica sont nombreux : « Après cinq mois de confinement seule dans un appartement à l’étranger, j’ai décidé de serrer mes proches dans mes bras sans masque. Mais pas pour mes grands-parents, que je considère comme fragiles. Pour eux, j’ai gardé le masque. »

Pour en revenir à cette fameuse « bise » qu’il est parfois délicat d’éviter, Julie conclut : « Lors de la fête de la musique, j’étais à Paris et même si je voulais prendre mes distances avec les gens, ils venaient à moi naturellement. A partir du moment où je croisais quelqu’un que je connaissais, il s’approchait de moi pour faire la bise. La tradition française est bien ancrée et a la vie dure. La pandémie n’a, malheureusement, presque rien changé ».

20 secondes de contexte

Cet article se veut être la synthèse des 72 témoignages que nous avons reçus à l'heure de ces lignes. Ils répondent à la question «Bises, accolades, proximité… Vous avez cessé de respecter les gestes barrières ? Racontez-nous.» Il ne s'agit en aucun cas d'encourager ces comportements.