Non, Sibeth Ndiaye n’a pas défendu le jet de pierres sur les forces de l’ordre

FAKE OFF Des syndicats de police s'offusquent d'une déclaration de la porte-parole du gouvernement, mais celle-ci est relayée sans tenir compte de l'entièreté de ses propos

Alexis Orsini

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Sibeth Ndiaye le 17 juin 2020, à Paris.
Sibeth Ndiaye le 17 juin 2020, à Paris. — Stephane Lemouton -POOL/SIPA
  • « Je ne saurais pas expliquer à mes enfants s’il est normal ou pas de jeter des pierres sur les forces de l’ordre. »
  • Plusieurs syndicats de police ont dénoncé, sur Twitter, cette citation de Sibeth Ndiaye, à propos de l'interpellation remarquée d'une infirmière ayant visé des CRS avec ces projectiles.
  • Si la porte-parole du gouvernement a bien prononcé cette phrase, cette dernière est sortie de son contexte puisque Sibeth Ndiaye a aussi condamné ce type de comportement vis-à-vis des forces de l'ordre.

« Jeter des pierres contre les policiers, est-ce normal ? La porte-parole du gouvernement n’est pas sûre… Encore une incongruité de plus et un manque de soutien ferme vis-à-vis des forces de l’ordre », « Ces propos, tenus par […] Sibeth Ndiaye, sont indignes de ses fonctions… » Sur Twitter, une déclaration de la porte-parole du gouvernement suscite un florilège de réactions indignées parmi différents syndicats de policiers.

Ces derniers lui reprochent d’avoir déclaré, en réponse à une question sur l'interpellaton controversée d'une infirmière ayant jeté des projectiles sur les forces de l’ordre lors de la manifestation du 16 juin à Paris : « Je ne saurais pas expliquer à mes enfants s’il est normal ou pas de jeter des pierres sur les forces de l’ordre. »

Si la citation a bien été prononcée par Sibeth Ndiaye lors de son passage dans l’émission Dimanche en politique sur France 3, dimanche 21 juin, cet extrait occulte toutefois les autres propos tenus par la porte-parole du gouvernement à cette occasion, qui condamnaient bien le fait de jeter des pierres sur les forces de l’ordre.

FAKE OFF

Le replay de l'émission permet de le constater, au même titre qu’un extrait publié sur Twitter, la séquence a eu lieu dès le début de l’émission (à partir de 4’29 sur le replay) présentée par Francis Letellier.

Sibeth Ndiaye se voit poser la question suivante par le journaliste Francis Letellier : « D’abord, cette infirmière qui a été interpellée de façon musclée par plusieurs CRS après avoir lancé des pierres vers les forces de l’ordre, elle sera jugée en septembre, elle dit avoir 'craqué'. Est-ce que la justice doit être sans pitié ? »

La porte-parole du gouvernement commence à y répondre en soulignant que ce geste ne doit pas être « absous » : « Moi, je crois que la justice doit s’exercer de manière normale, comme pour n’importe quel citoyen. Quand je ne sais pas expliquer qu’on jette des pierres sur les forces de l’ordre, je ne vois pas en quoi il faudrait l’absoudre. »

Relancée à propos de l’absence de « clémence particulière » dont elle ferait preuve vis-à-vis de l’infirmière, elle affirme une première fois que la justice doit trancher. S’ensuit une autre réponse de Sibeth Ndiaye, dans laquelle elle affirme ne pas être compétente pour déterminer quelle décision de justice doit être prise. Puis la citation relayée depuis par les syndicats de police : « Je comprends évidemment l’émotion qu’a suscitée l’image qu’on a vu de son arrestation mais en même temps je ne saurais pas expliquer aujourd’hui à mes enfants par exemple est-ce qu’il est normal ou pas de jeter des pierres sur les forces de l’ordre. »

« Que dirions-nous au fils ou à la fille du CRS qui reçoit cette pierre dans le visage ? »

Quand Francis Letellier intervient pour souligner qu’il s’agissait d’une « adulte », dans la situation en question, la porte-parole du gouvernement condamne une nouvelle fois le fait de s’en prendre ainsi aux CRS : « Bien sûr, mais à un moment donné il faut qu’on soit capables aussi de considérer que la justice est la même pour tous. Il peut y avoir des circonstances atténuantes, ça ne m’appartient pas de le dire, c’est au juge de le faire. On peut tous être amenés dans des circonstances particulières à être à bout de nerfs : est-ce que pour autant ça justifie qu’on jette des pierres sur les forces de l’ordre ? Que dirions-nous au fils ou à la fille du CRS qui reçoit cette pierre dans le visage ? "C’est pas grave" ? Non, on ne peut pas le dire. Donc il faut que la justice se fasse en toute indépendance et nous verrons ce que les juges auront à dire de cela. »

Le cabinet de la porte-parole du gouvernement précise à 20 Minutes : « Les propos relayés par les syndicats sont propos coupés, ceux qui ont été tenus par Sibeth Ndiaye dans l’émission sont clairs et sans ambiguïté vis-à-vis des forces de l’ordre, comme de la justice, qui doit faire son travail concernant l’infirmière, comme elle l’a souligné ».