Coronavirus : La Cnil alerte sur le recours aux caméras « intelligentes » et thermiques dans la lutte contre l’épidémie

SURVEILLANCE Le développement « incontrôlé » de ces dispositifs « présente le risque de généraliser un sentiment de surveillance chez les citoyens », déplore notamment la Cnil

20 Minutes avec agences
— 
La Cnil, illustration
La Cnil, illustration — Michel Spingler/AP/SIPA

La Cnil, gendarme français des données personnelles, a alerté mercredi sur le recours rapide et incontrôlé aux caméras « intelligentes » dans la lutte contre le coronavirus. Ces appareils sont notamment destinés à mesurer la température, à vérifier le port du masque, ou à s’assurer du respect de la distanciation sociale.

« Si la Cnil est pleinement consciente de la situation sanitaire, il lui apparaît cependant que certains dispositifs envisagés ne respectent pas le cadre légal applicable à la protection des données personnelles », a-t-elle précisé dans un communiqué.


« Un sentiment de surveillance chez les citoyens »

Selon la commission, « leur développement incontrôlé présente le risque de généraliser un sentiment de surveillance chez les citoyens, de créer un phénomène d’accoutumance et de banalisation de technologies intrusives, et d’engendrer une surveillance accrue, susceptible de porter atteinte au bon fonctionnement de notre société démocratique ». Ces dispositifs « conduisent le plus souvent soit à traiter des données sensibles sans le consentement des intéressés (notamment la température), soit à écarter le droit d’opposition », prévient aussi la Cnil, qui demande un « encadrement normatif spécifique ».

Les caméras thermiques, qui prennent instantanément la température à distance à partir du rayonnement infrarouge émis par le corps, présentent également « le risque de ne pas repérer des personnes infectées puisque certaines sont asymptomatiques » et que le système peut « être contourné par la prise de médicaments antipyrétiques (qui réduisent la température corporelle sans traiter les causes de la fièvre) ».

Plusieurs systèmes déjà déployés

Cette alerte intervient alors que des caméras thermiques ont été déployées en France par certains employeurs – comme Renault sur son site de Flins ou dans les entrepôts d’Amazon – et dans des lieux de transport, tel à l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle. Pierre Bédier, le président (LR) du conseil départemental des Yvelines, avait également présenté mi-mai son projet pour équiper les établissements publics du département de « portiques thermiques ».

Depuis le 6 mai, une dizaine de caméras sont aussi installées dans la station de métro Châtelet-Les Halles à Paris pour évaluer si les passants portent bien un masque, dans le cadre d’une expérimentation avec la société Datakalab.