Après Montfermeil, Ladj Ly ouvre une école de cinéma gratuite à Marseille

KOURTRAJMÉ Le réalisateur des «Misérables» poursuit son combat pour mettre les métiers du cinéma à la portée de tous

Caroline Delabroy

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Ladj Ly ouvre à Marseille une antenne de son école Kourtrajmé
Ladj Ly ouvre à Marseille une antenne de son école Kourtrajmé — Christophe Ena/AP/SIPA
  • L’école de cinéma Koutrajmé créée par Ladj Ly, le réalisateur des Misérables, ouvre une antenne à Marseille.
  • Gratuite et sans condition de diplôme, elle va former chaque année une trentaine de jeunes aux métiers du cinéma.

L’école de cinéma Kourtrajmé, créée par Ladj Ly, débarque à Marseille dans le quartier de La Joliette. La nouvelle n’a pas tardé à circuler sur les réseaux sociaux, et manifestement à séduire. « On commence à être assaillis de demande d’inscriptions », sourit Tiphaine Ressort, coordinatrice pédagogique de l’antenne marseillaise, alors que la première promotion est déjà sur les feux de la rampe. Jeudi soir, le réalisateur des Misérables, sacré meilleur film aux Césars 2020, est venu officiellement lancer la rentrée de cette formation gratuite et sans condition de diplôme. Pour l’occasion, il a tenu une master class diffusée en live sur l' Instagram de l’école.

A 17 ans, Choucourati fait partie des plus jeunes de la promo. « Le cinéma, c’est un rêve, confie-t-elle. Mon but premier, c’est faire de l’acting. » Sa préférence est longtemps allée au cinéma américain. « Le cinéma français, il est en train de changer, je commence à m’y intéresser. Il y a bien sûr Ladj Ly, mais aussi des films comme Divine et celui de Kery James. Ce sont des films qui ne sont pas dans les stéréotypes. » En terminale au lycée Thiers, pourtant le meilleur de Marseille, elle ressent le besoin du collectif. « J’ai fait toute ma scolarité là, mais je n’ai aucun réseau », regrette-t-elle.

Des stages, des cours du soir et master class

Son premier stage, elle l’a fait en stylisme sur un casting. « Ce n’était pas comme à la télé, avec les grands dessings de Cordula ! Cela permet de voir l’envers du décor. » Des stages comme celui-ci, les trente étudiants vont en suivre tout au long de cette année de formation, en complément des cours du soir et master class, l’objectif étant de découvrir les nombreux métiers du cinéma. « On est vraiment sur une pédagogie de terrain et de compagnonnage », poursuit Tiphaine Ressort, qui a longtemps travaillé comme costumière avec Ladj Ly à Paris, avant de revenir s’installer dans le Sud. A Marseille, où elle s’est associée pour sa première année avec la fondation des Apprentis d’Auteuil (beaucoup d’étudiants sont issus du programme d’insertion Impact Jeunes), l’école fait le pari de la technique. A l’inverse de Paris qui forme des créatifs.

« On ne veut pas briser les rêves de nos étudiants, explique Tiphaine Ressort. Il y a dans la région peu d’emplois de scénaristes et cinéastes, alors qu’il y a beaucoup de métiers de techniciens où l’on peut gagner sa vie dans le cinéma et l’audiovisuel. On est dans une optique d’employabilité, d’insertion de jeunes qui ont des freins à l’embauche. On veut que ces jeunes puissent vivre de leur métier en deux ans. » L’objectif, dans l’année qui suit l’école, est de comptabiliser assez d’heures pour obtenir le statut d’intermittent du spectacle. La prochaine promo sera accueillie en septembre 2021, et d’ici là le public pourra découvrir les projets école et une websérie en projet.

A écouter les responsables de l’école, il y a de la place pour cette nouvelle génération de professionnels du cinéma. La barre des 700 tournages a été franchie à Marseille en 2019, sans compter que « des productions ont déjà relocalisé leurs tournages avec la crise sanitaire ». Choucourati arbore aussi un bel optimisme. Elle ne sait pas encore quel sera son rôle en plateau. Mais elle est prête à passer par tous les métiers. « Comme Ladj Ly ».