Lutte contre le racisme : « Le quota est la solution la plus concrète pour l’emploi des gens de cité », affirme Hassen Hammou

INTERVIEW Hassen Hammou, fondateur d’un collectif dans les quartiers Nord de Marseille, milite pour l’instauration de quotas pour le recrutement de personnes issues de la diversité

Propos recueillis par Adrien Max

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Hassen Hammou souhaite la mise en place de quotas pour l'emploi des personnes issues de la diversité.
Hassen Hammou souhaite la mise en place de quotas pour l'emploi des personnes issues de la diversité. — Adrien Max / 20 Minutes
  • Hassen Hammou a fondé le collectif Trop jeune pour mourir, dans les quartiers Nord de Marseille. Il est le collaborateur du député écologiste François-Michel Lambert.
  • Il milite pour la mise en place de quotas pour l’emploi de personnes issues de la diversité dans l’administration et les plus grandes entreprises.
  • Face au constat d’échec des mesures pour l’emploi de ces personnes, il considère l’instauration de quota comme la solution la plus concrète.

Des quotas dans les administrations et les plus grandes entreprises pour l’emploi de personnes issues de la diversité. Hassen Hammou, président du collectif Trop jeune pour mourir fondé dans les quartiers Nord de Marseille, et collaborateur du député écologiste François-Michel Lambert, porte cette volonté dans un contexte de mobilisation sociale contre le racisme. 20 Minutes l’a rencontré.

Pourquoi êtes-vous favorables à la mise en place de quotas pour les recrutements ?

En France, il y a des quotas pour l’emploi de personnes handicapées, parce qu’elles sont justement exclues à cause de leur handicap. Les personnes issues des quartiers vivent aussi une forme de handicap, c’est pourquoi je souhaite l’instauration de quotas pour normaliser le recrutement.

Quelles formes de « handicap » subissent ces personnes issues des quartiers populaires ?

Habiter dans une cité, c’est avoir un nom avec une consonance étrangère, c’est avoir une adresse sur ce territoire bien identifié, et les recruteurs ne dépassent pas la barrière de la première impression pour ces personnes issues de ces territoires. La sélection se fait naturellement sur certains critères, et bien souvent ce sont des critères d’exclusion et de discrimination.

Si l’Etat était garant de cette cohésion, il éviterait de fait ce sentiment d’exclusion grandissant, qui fait que les citoyens s’emparent du drame de George Floyd ou d’Adama Traoré pour exprimer ce malaise. L’Etat doit s’emparer de ce sujet en appliquant des critères simples, ça fait 20 ans qu’on parle de ce sujet et il n’y a toujours pas de diversité dans toutes les couches de la société, comme les médias ou la justice. Harry Roselmack n’est plus un symbole suffisant, il faut passer à l’étape supérieure. On ne peut plus se contenter de symbole historique, nous avons besoin de symboles d’aujourd’hui.

Pourtant des solutions existent pour l’emploi de ces personnes ?

Tous les systèmes mis en place se révèlent être des échecs. Que ce soit la politique de la ville, les contrats aidés, ces dispositifs ont échoué. Le recours au quota est la solution la plus concrète pour réinclure les gens de cités.

Comment imaginez vous la mise en place de ces quotas ?

J’aimerais que l’on impose la moitié des salariés issus de la diversité dans l’administration et la fonction publique, et légiférer pour la mise en place de quotas dans les entreprises de plus de 50 salariés. On dépasse le dispositif de la zone franche, qui reposait sur une contrepartie avec un abattement fiscal. Là, il n’y a pas de contrepartie. L’Etat sait mettre en place des critères pour certaines choses comme le logement social, l’étape d’après, c’est l’instauration de quotas pour l’emploi de ces personnes issues de la diversité. Il s’agit de courage politique.

Ne pensez-vous pas que l’instauration de quotas serait un aveu d’échec pour l’Etat ?

L’Etat doit enfin reconnaître son échec. Depuis l’enterrement du rapport Borloo, jusqu’à aujourd’hui, aucune mesure en ce sens n’a été prise. C’est une question de courage politique, il faut reconnaître ces minorités. C’est un des enjeux majeurs de cette crise, comment les gens de la 3e ou 4e génération vont enfin se sentir français à part entière et non pas entièrement à part ? Il faut dépasser ce qu’il s’est passé avec Adama Traoré, c’est une question judiciaire, le mal est plus profond.

Pourquoi cette proposition a-t-elle tant de mal à se faire une place dans le débat ?

Parce que l’argument principal revient à dire « on veut une Fatima parce qu’elle est compétente », c’est l’argument de la compétence. Pas le lieu d’origine ou le paraître, mais la compétence. A compétences égales aujourd’hui, ces personnes ne sont pas embauchées, ou trop peu. La machine est grippée. Il n’y a pas assez de minorités. Quand un jeune qui a fait une bêtise se fera condamner par un juge qui s’appelle Mohamed, qui pourra lui dire droit dans les yeux « tu as déconné pour telle raison », le rapport qu’auront ces jeunes avec l’Etat, la justice, la police, changera.