Violences à Dijon : Examen systématique de l’expulsion des étrangers impliqués

VIOLENCES « Si des étrangers sont impliqués dans des troubles à l’ordre public, nous examinerons systématiquement, dans le respect des procédures administratives et le cas échéant judiciaires, la possibilité de les expulser », a déclaré le ministère de l’Intérieur

20 Minutes avec AFP

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Des gendarmes dans le quartier des Grésilles à Dijon, le 15 juin 2020.
Des gendarmes dans le quartier des Grésilles à Dijon, le 15 juin 2020. — AFP

Le ministère de l’Intérieur examinera « systématiquement la possibilité d’expulser des étrangers impliqués » dans les violences survenues à Dijon depuis quatre jours qui ont opposé des Tchétchènes et des membres de la communauté maghrébine, a annoncé mardi le ministère.

« Si des étrangers sont impliqués dans des troubles à l’ordre public, nous examinerons systématiquement, dans le respect des procédures administratives et le cas échéant judiciaires, la possibilité de les expulser », a-t-il déclaré.

« Je veux passer un message très clair aux voyous »

Fallait-il intervenir plus tôt et plus fort après les inédites opérations de représailles de Tchétchènes à Dijon ? Mardi, les pouvoirs publics se sont défendus de tout laxisme et ont dépêché de nouveaux renforts dans la capitale bourguignonne. Venu sur place assurer les policiers de son soutien, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a déclaré : « Je veux passer un message très clair aux voyous que nous avons vu exhiber des armes (…) Notre réponse sera extrêmement ferme. »

Le ministère a ainsi annoncé qu’il examinera « systématiquement la possibilité d’expulser des étrangers impliqués » dans ces incidents. Mardi soir, « il y aura à Dijon deux unités de forces mobiles », soit près de 150 policiers ou gendarmes en plus. Et « ils seront présents autant de fois qu’il le faudra », a ajouté Laurent Nunez. Ce lundi, 110 gendarmes mobiles avaient déjà été dépêchés en renfort. Il s’est par ailleurs dit « très fier » de l’action des forces de l’ordre, assurant qu’elles n’étaient « pas restées en retrait ; c’est complètement inexact ! »

« Les populations n’ont en aucun cas été abandonnées »

Dans la nuit, le préfet de Bourgogne-Franche-Comté Bernard Schmeltz s’était déjà défendu de tout laxisme. « Encadrer et encercler pour éviter les exactions : c’était la seule stratégie praticable », avait-il déclaré. « Les populations n’ont en aucun cas été abandonnées », a-t-il assuré, après des interrogations sur la passivité des forces de l’ordre lors des trois expéditions punitives menées vendredi, samedi et dimanche soir par des Tchétchènes venus de France et de Belgique voulant venger l’agression d’un des leurs.

Lundi, de nouveaux incidents ont encore éclaté dans le quartier des Grésilles, mais cette fois-ci sans implication de Tchétchènes, selon les premières constatations. Des véhicules et poubelles ont été brûlés, une équipe de France 3 Bourgogne agressée (elle a porté plainte) ainsi qu’un autre conducteur. Quatre personnes ont été interpellées, les premières dans ce dossier.

Désarmer la police, une « idée baroque »

Le maire socialiste sortant de Dijon, François Rebsamen, a dénoncé le manque de moyens des policiers, face à des Tchétchènes munis de barres de fer, battes de baseball et parfois d’armes à feu. « Puisque la justice passe trop tard et que la police n’a pas les moyens de son action, la communauté tchétchène est venue faire respecter elle-même son droit », a analysé le maire, en campagne pour un quatrième mandat.

Face à ces groupes, imposants et lourdement armés, les forces de l’ordre étaient en sous-nombre avant l’arrivée des renforts lundi, souligne une source policière. « Le choix de ne pas aller au contact s’explique aussi par la présence de bandes avec du vrai armement et le risque d’aller au clash et de surajouter de la tension. En face, il y a 200 ou 300 personnes qui ne se laisseront pas interpeller. Le rapport de forces n’était pas favorable avec les effectifs policiers présents initialement à Dijon », a indiqué cette source.

« Certains vont vouloir faire porter la responsabilité de la situation à la police nationale », regrette David Le Bars, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN-Unsa). Mais « en face, il y a des gars, nombreux, qui paradent avec des armes réelles ». « La semaine dernière, des politiques appelaient à désarmer la police [dans le contexte de dénonciation des violences policières]. Avec la situation de Dijon, on a la démonstration que les choses ne peuvent pas être si simples », a-t-il ajouté. Le Premier ministre Edouard Philippe est allé dans ce sens, estimant qu’un désarmement serait « une idée baroque ».

Et la polémique s’est d’ailleurs vite placée sur le terrain politique, Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) pointant « le chaos » tandis qu’Eric Ciotti (LR) évoquait « presque un théâtre de guerre ». Venue en personne à Dijon, la présidente du Rassemblement national a dénoncé des « rixes communautaires surréalistes entre Tchétchènes et Maghrébins », regrettant qu’il n’y ait pas eu d’interpellation avant lundi soir.