Violences à Dijon : La stratégie de maintien de l’ordre suscite la polémique

VIOLENCES Elus et syndicalistes déplorent le manque d’effectifs de police dans cette ville confrontée à des exactions quatre nuits consécutives

Thibaut Chevillard

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Des gendarmes mobiles dans le quartier des Grésilles, à Dijon
Des gendarmes mobiles dans le quartier des Grésilles, à Dijon — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Au cours du week-end, des membres de la communauté tchétchène ont mené trois expéditions punitives à Dijon à la suite de l’agression d’un jeune de 16 ans le 10 juin dernier.
  • Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur a annoncé ce mardi l’envoi de deux unités de forces mobiles pour renforcer les effectifs locaux tandis que le préfet a été contraint de justifier la passivité des forces de l’ordre mobilisés.
  • Le maire de la ville et le secrétaire général d’Alliance police dénoncent le manque de policiers affectés à Dijon, ainsi que le manque de moyens alloués aux agents.

Après quatre jours de tension, le calme sera-t-il durable dans la Cité des Ducs ? Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur, qui s’est rendu à Dijon ce mardi pour assurer les policiers de son soutien, a promis une réponse de l’Etat « extrêmement ferme » aux « voyous que nous avons vu exhiber des armes » sur les vidéos qui ont circulé sur réseaux sociaux. Afin d’éviter de nouveaux incidents, notamment dans le quartier des Grésilles, Laurent Nuñez a également annoncé l’envoi, dès ce mardi soir, de deux unités de forces mobiles, soit 150 fonctionnaires de police ou militaires de la gendarmerie qui viendront prêter mains fortes aux effectifs locaux. « Ils seront présents autant de fois qu’il le faudra. »

Lundi soir, pour la quatrième soirée consécutive, des dizaines de personnes cagoulées, armées de barres de fer et de pistolets pour certaines d’entre elles, se sont rassemblées dans le quartier des Grésilles et ont incendié des poubelles et des véhicules. Il a fallu l’intervention de soixante gendarmes mobiles, d’une quarantaine de CRS et de renforts de la brigade anticriminalité et du Raid, pour que les exactions cessent. Quatre personnes ont été interpellées au cours de la soirée. Des sources policières ont confié à l’AFP que les auteurs de ces violences voulaient défendre leur « territoire » contre les incursions répétées de membres de la communauté tchétchène, qui ont multiplié les raids au cours du week-end pour venger un jeune de 16 ans, agressé il y a quelques jours.

« Il faut plus de policiers dans nos villes »

« Puisque la justice passe trop tard et que la police n’a pas les moyens de son action, la communauté tchétchène est venue faire respecter elle-même son droit et faire entendre la loi du talion. On n’est plus en République quand ça se passe comme ça ! », s’est indigné sur BFMTV le maire socialiste de la ville, François Rebsamen, « sidéré » par les événements. Et l’élu, candidat à sa réélection le 28 juin prochain, de reprendre : « La police a fait tout ce qu’elle pouvait avec le peu de moyens [dont] elle dispose et je ne suis pas le seul maire de France à dire qu’il faut plus de policiers dans nos villes. »

Le secrétaire général du syndicat Alliance police nationale, Fabien Vanhemelryck, a également fait le déplacement ce mardi à Dijon pour rencontrer les effectifs mobilisés. « Comment expliquer qu’il n’y avait que 15 policiers pour tout Dijon vendredi soir ? Quinze policiers, de tous services confondus. Que pouvaient-ils faire ? Samedi soir, il a fallu faire venir des effectifs de Mâcon et de Besançon en renfort. Heureusement qu’il ne s’est rien passé au même moment dans ces deux villes ! », s’emporte le syndicaliste « A cause du manque d’effectif et de matériel, les policiers n’ont pas les moyens de répondre », ajoute le policier.

« C’était la seule stratégie praticable »

Le préfet de Bourgogne Franche-Comté, Bernard Schmeltz, a été contraint de justifier la passivité des forces de l’ordre tout au long du week-end. « Encadrer et encercler pour éviter les exactions : c’était la seule stratégie praticable », a-t-il assuré à l’AFP. Le représentant de l’Etat assure que « les populations n’ont en aucun cas été abandonnées » et que « les infractions seront sanctionnées à partir d’enquêtes », menées par la police judiciaire et la sûreté départementale. « Les collègues n’ont pas pu réaliser d’interpellations », complète Fabien Vanhemelryck. « S’ils étaient allés à l’affrontement, des coups de feu auraient été tirés des deux côtés et il y aurait probablement eu des morts. Alors il faut subir et, pour un policier, ce genre de situation n’est pas évidente à vivre. »

La polémique a également rebondi sur le plan politique. Le président des Républicains Christian Jacob a écrit ce mardi au Premier ministre pour lui demander de « prendre enfin des mesures fortes » face à l'« explosion de violences dans plusieurs quartiers », notamment à Dijon mais aussi à Nice. En déplacement à Dijon, Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, a dénoncé un « chaos sécuritaire ». Pour tenter d'éteindre les critiques politiques, la Place Beauvau a affiché sa fermeté et annoncé ce mardi soir l'examen systématique de l'expulsion des étrangers impliqués dans les violences à Dijon...